carnets de voyages. randonnées pédestres ou VTT. les coups de cœurs devant les grands ou petits espaces. Islande - Pyrénées- Egypte - Ardèche - Paris -Argentine - Espagne - Vietnam - Cambodge.

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Le Bauma, le soir

C’est le meilleur moment du village, le soir.

le bauma le soir-09Les camions t’ont oublié, les tracteurs commencent à fatiguer. Tu peux exister tranquillement. T’as passé une semaine comme tu n’en rêvais plus. Tes deux enfants sont venus se ressourcer au village. Profiter de leurs parents, se faire coucouner. Retrouver des voisins qui ont plaisir à les retrouver grandis. Comment ces jeunes adultes peuvent-ils encore trouver du bonheur à se revitaliser dans le creuset de leur enfance ? Regrapiller un souvenir ici, une vieille blague là, se refaire le muscle sur le chemin de la friche ou à pédaler vers le vieux pont de Viellenave !

Enfermés chacun dans une tour à la Défense, n’avoir comme horizon que la cohue du RER, trouver l’évasion dans les voyages pressés ou l’abandon mou aux caprices de la WII, le village tout d’un coup redevient un point fixe. Même s’il change, les repères sont là.

Tu sais ce qu’il t’en a couté quand ton père a effaceé la maison de tes grands-parents en construisant dessus. Là, des années ont passé, et les mêmes murs, le même lit inconfortable, les meubles cironnés par le temps, la vieille vaisselle, tout ce passé venu de tes premiers instants de ta première conscience du lieu t’expliquent mieux que tout, d’où tu viens, que ton hyper-urgence quotidienne à faire, a son contrepoids d’abandon au temps qui passe sans ne rien faire. T’as revérifié qu’on t’attend, que t’es chez toi, t’as une base de replis contre le harcèlement des jours.

Tes parents ont rejoué les gestes rituels de l’accueil, de l’attention à ton petit être, du bonheur de te serrer dans leur bras, sur leur poitrine. Pendant quelques jours t’es redevenu le centre. Plus besoin de ces questions mal posées au téléphone pour savoir comment ça va, chercher dans une intonation si quelque chose cloche, trouver le chemin pour accoucher le souci qui t’encombre.


Le soir, donc, cette ballade tranquille vers le « chemin des escargots » où le bauma inscrit sa présence. Cette écorchure dans le paysage de tes souvenirs ne te fait pas réagir. Les galets du bauma ne s’échapperont pas sous les tuiles. Tu peux y  marcher sans l’écraser. Juste, tu ne l’as pas mis dans ton référentiel. Il ne te fait rien…


Il y  a trois fleurs  qui n’existeraient déjà plus sans l’arrosoir d’eau régulier. Les vaches au bout du chemin sont tout d’un coup ton seul interlocuteur circonspect. Le salut du flash de ton Nikon les gave un peu, la vigilance s’installe. Tu les laisses dans leurs activités du soir et redescends le chemin. Le gros frelon ! Dans la fin de lumière de cette première nuit d’été, l’avion te surprend. Il vole si bas. Ton Bauma ressemble tant à une cible avec ses anneaux concentriques, que tu redoutes un entrainement bien réel ? Mais non ! Après avoir fait le tour de Polonis à une centaine de mètres d’altitude, il revient et vole lourdement vers la pêne de Mû.

T’as mis du temps à ressortir l’appareil, t’étais déjà retourné dans tes rêves et au bonheur de tes enfants.

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