carnets de voyages. randonnées pédestres ou VTT. les coups de cœurs devant les grands ou petits espaces. Islande - Pyrénées- Egypte - Ardèche - Paris -Argentine - Espagne - Vietnam - Cambodge.

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Le lumbago du chariot

Le lumbago du chariot.

- Dis, la Roue, le chantier est arrêté ?

- Non ! ça avance, mais le madrier qui relie les trains roulants s'est cassé, et l'AlbumRJ, s'est fait un lumbago...

-         Elle est bonne celle là ! Tu veux dire qu'ils sont cassés tous les deux ? J'y crois pas ! Toi et ton travail bien fait, tu remplis les hostos et les déchèteries !

-         T'exagère toujours ! Ce madrier il était complètement cironné, et avec les perçages pour passer les boulons il était bien fatigué. Si le bois est mort, je te promets que les cirons sont vivants ! Quand il l'a sorti de la bâche, il y avait de la sciure sur toute la longueur.

-         C'est ça qui lui a pété le dos ?

-         Non, c'est en préparant sa caisse pour aller chercher un madrier neuf, je ne sais ce qu'il avait dans son coffre, mais c'était trop lourd. Le bonhomme, il est plus jeune que le chariot, mais la colonne s'use aussi. Sans les cirons...

-         Ciron, cirose, il picole ton patron ?

-         Arrête. Non on avait bien avancé. Les consoles étaient comme neuves. Tu as vu les clavettes en bois qui servaient à verrouiller les chevilles qui bloquent l'échelle ? Quand tu décrasses et tu ponces, les formes révèlent leur secret. C'est passionnant de comprendre la courbe de l'anse et de t'apercevoir que l'appui du montant de l'échelle est juste calibré.

-         Les chevilles sont toutes pétées ! C'est du beau travail ?

-         Tu râles toujours ! T'est jaloux d'être jeune l'AlblogRJ, es-tu sur de vieillir comme le chariot et d'être repassé de main en main ? Aujourd'hui, tes gadgets électroniques, dès qu'ils pannent, on les jette, pour un neuf. Ils n'ont pas de valeur hors leur usage. Nous les vieux outils, les vieux objets, on traverse le temps car on est une mémoire. Tu vois des vieilles boutiques qui exposent des très vieux appareils photos mécaniques, de vieux postes de radio à lampe. Tu sais pourquoi ils sont là ? Parce que l'homme, son propriétaire, avait le temps de se l'approprier, de polir son usage, d'en faire admirer le produit de son travail. Il fallait du temps pour bien s'en servir, ce temps c'était ta vie, ton intelligence, ta satisfaction de savoir, ta compétence à montrer.

-         On n'a plus le temps la roue ! Ce blog, si l'AlbumRJ n'y met rien il meurt. Aujourd'hui tout est dans la communication, à la vitesse de la lumière. Ce que tu ne sais pas se trouve sur la toile, t'as pas le temps d'observer, de réfléchir, d'inventer, d'essayer, de construire. Tu dois tout savoir instantanément, rendre compte à la seconde, et produire dans la minute. Qui saurait inventer la roue aujourd'hui ? Il faudrait trop de temps ! Comment expliquer son utilité ? Il faut avoir eu besoin de porter une charge pour comprendre. Mais maintenant qui ça intéresse la fabrication d'une boite de vitesse ? Ça râle : comment c'est pas automatique ? Sur ma WII tout est sans effort !

-         C'est parce qu'il faut un effort que le chariot porte du sens Combien de jeunes aujourd'hui, voient leur intelligence aliénée par la technologie informatique ou numérique. Ils ne savent produire du sens que dans et par l'outil, ils n'ont pas de recul, pas de réflexion propre, pas d'expression indépendante. L'effort est dématérialisé, il est cérébral, psychique, mental, mais le corps est oublié; c'est la part la plus électrique de l'être vivant qui interagit avec la machine. La fatigue n'est plus dans la courbature des muscles -et encore, gare aux réactions - mais dans une sorte de vide intérieur ou les neurones entrainés par leur inertie agitent des images et des ombres qu'il n'y a qu'un écran de substitution pour freiner. Sans télé, sans WII, sans PlayStation les vampires neuronaux te vident. La vie devient une succession d'écrans, de clavier, de clics. Où est le sens ? Le bon sens ?

-         Dis la Roue, c'est toi qui célèbre la valeur « travail » ! Alors ces jeunes -comme tu dis- ils bossent. Quand tu les vois au repos ils sont crevés, toujours vidés. Pourtant ils avancent dans leur vie, dans la vie. Ils s'inventent leur imaginaire, leurs compensations. Toi avec ton madrier fossile, t'as lâché prise. La vie file, c'est pas les souvenirs qui te remettent dans la pente !

 

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