15 octobre 2008 3 15 /10 /octobre /2008 15:37

104 - Nouvelle unité de mesure du vide sidéral


Quand tu traverses le 104 ce lundi 13 octobre c'est vertigo ! L'appel du vide. Comment passer de la pression atmosphérique au vide parfait ? Traverse le 104, c'est moins cher qu'une pompe à vide.

Quand tu travaillais dans l'instrumentation, tu testais les composants. Tu  les mettais en immersion dans un grand récipient où une énorme machine Shadock pompait. Là, t'avais un objet plein de sens, destiné à faire des mesures physiques, s'il laissait échapper des bulles c'est qu'il était creux ou plein d'air, mais les bulles d'air qui s'échappaient le remplissaient-elles de vide, où altéraient-elles son sens ? Elles le détruisaient !

Pas de bulles qui s'échappent du 104. Il est bien plein de vide !


La preuve que la pompe à vide marche mieux que l'accélérateur du CERN, c'est que dimanche, la veille quand j'y passe, il est impossible dans la douce moiteur de ce soleil d'automne de traverser droit, tellement l'agitation brownienne des corps surchauffés dans un espace rempli d'individus qui se heurtent sur la vitre de la lumière noire  de l'inconnu, fait barrière. A quoi ça sert ! Qu'est-ce que c'est ! On n'y comprend rien ! Qui travaille là ! Où sont les artistes ? Qu'est-ce qu'ils montrent ? Chaque interrogation ionise l'espace et les hommes-électrons se choquent d'atelier en atelier rejetés / attirés par des forces contradictoires multipolaires.


Dans un tube à vide, comme ton vieil écran cathodique de télé, tu n'as qu'une cathode pour émettre les électrons. Là,  les hommes-électrons sont injectés de partout, et même de nulle part, se focalisent sur un panneau d'écrans lumineux, la seule chose compréhensible : l'atelier vidéo : Anode numéro 4. Elle pompe seule, l'artiste a disparu dernière la technologie et les automates.

Pour décharger l'électricité statique générée, il faillait une mise à la masse (comme  dit mon électricien auto), la prise de terre est constituée des stands d'accueil qui distribuent des ions positifs en prospectus et affiches qui annulent l'énergie hommes-électrons chargés d'incompréhension, ils ont de quoi lire, ils ont de quoi voir, ils sont stables et peuvent quitter l'espace.


Donc ce lundi quand t'y retournes, l'espace est à toi, ou plutôt le vide. T'as le vertige, et tu reviens au bord du vide ? T'es maboul ? D'abord tes impôts ont payé ça, comme au poker, tu payes, faut voir. Comprendre ?  L'hôtesse d'accueil prolonge le vide de son ennui, son regard a dépassé les limites de l'espace, elle est ailleurs, elle s'est construit son univers !

-         Bonjour, pouvez vous simplement me dire qu'est ce que c'est que le 104 ?

Brutal retour sur terre. Elle se lève de son bureau, vient vers toi, te sourit, joli visage rond, des yeux clairs :

-         Un lieu où des artistes peuvent travailler, et où vous pouvez les voir dans leur travail.

-         Heu ! Je n'ai rien vu, j'étais passé dimanche on ne pouvait rien voir, qu'est-ce qu'il y a à voir ?

-         Tout est la !

 Dans ce grand programme accordéon qu'elle déplie devant moi plein de dates et de noms parfaitement inconnus.

-         Je vois qu'il y a des ateliers où l'entrée nécessite un billet 7 ou 5 euro ? C'est quoi ?

-         Oui, c'est pour des dates précises. Qu'est-ce qui vous intéresse ?

-         La vidéo

-         Aller à l'atelier 4, c'est gratuit aujourd'hui, ça fonctionne. Après, je ne sais pas, c'est dans le programme...


T'es seul, sauf une autre hôtesse, son regard te coupe la méchanceté d'être plus direct pour questionner, risquer d'approfondir le vide. Tu prends le prospectus que tu ranges dans le sac à photo. Elle ne se rassoie pas, elle te regarde partir, les bras appuyés sur la tablette. Trop gentille cette fille !


L'atelier 4. C'est le vide vidéo. Dimanche tu ne pouvais y entrer. A cet instant, tu es seul dans une salle immense, huit écrans, une sono impeccable, pour un documentaire où tu regardes une histoire vide de sens, mais sous huit  angles différents... Est-ce la même histoire ?


A suivre : autour du 104

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27 septembre 2008 6 27 /09 /septembre /2008 21:09

Le village et le lac de la Punte

 

Tu n'avais jamais vécu là, à cette saison. Tu n'avais jamais eu la sensation d'être aussi seul en plein village. Un vingt-quatre septembre. Un vingt-deux septembre, Brassens aurait ajouté « je m'en fous ». Une date anonyme, à l'abandon de l'histoire. Tu attends ton frère, tu ne vas pas te lancer sur ton VTT, tu ne veux pas être crevé. Pourtant le matin est beau. Ton bol de café à la main, tu regardes la brume du matin envelopper le clocher. Le village l'a fait taire. C'est vrai que d'entendre sonner toutes les heures deux fois (sans parler des demies) ça t'occupe le jour et surtout la nuit ! Quand tu t'es payé quatre heures sur ton VTT, la cloche peut sonner, tu dors. Mais tout le monde n'a pas ta chance, et ceux que l'insomnie travaille ont protesté. Alors il s'arrête le soir au dixième coup de dix heures, pour ne reprendre que le matin à sept heures. Et là quelle revanche ! Si tu n'as jamais compris l'expression « te faire sonner les cloches », viens ici, après quelques coups d'échauffement, après avoir donner l'heure en sept coups comme au golf, la cloche te sonne trente trois coups ! Si t'avais la moindre velléité de grasse matinée, le dieu sonorisé par la voix des cloches te rappelle que la paresse est un des sept péchés capitaux.


Pas besoin que le petit froid d'automne t'amène les brouillards matinaux. En t'explosant ton dernier rêve la cloche t'installe une brume cotonneuse dans ta pensée matinale.  Tu te passes la tête sous le robinet d'eau froide espérant te relancer dans le jour et la lumière du soleil, tu t'habilles rapidement. Tu prépares le café, et  constatant que le pain est sec tu te votes un budget croissants frais. A peine huit heures, la boulangère sans ciller t'annonce plus de croissants, de pains au chocolat, il reste une baguette ! Si tu veux encourager le client à stocker dans son congélo les croissants industriels du supermarché, tu t'y prendrais pas autrement. Le voisin qui me croise sur le retour martelé d'un pas rageur, me demande ironique : « vous avez eu quelque chose ? » C'est vrai que tu as plus de chance de pécher un poisson au lac que d'obtenir ce que tu as besoin du boulanger. La loi du marché des puissants de la finance, ici, a son modèle par « la régulation de l'offre ». Pendant la guère et même après,  les tickets géraient le rationnement (pour ceux qu'avaient pas la tune), ici c'est la pénurie dès huit heures...A la bolchévique !


Le café bu, la tartine avalée, le soleil te fait de l'œil derrière la brume. Pour tromper ton attente tu prends l'appareil et va faire quelques photos...Crois pas que je sois fâché  contre le boulanger, non, mais s'il faut réserver son pain et ses croissants vingt-quatre heures à l'avance, les discours sur les commerces de proximité qu'il faut encourager tombent à l'eau !


Au lac !


Quand j'arrive, il y a deux pêcheurs qui se taquinent en comparant leurs équipements. Impossible de faire le grand tour, la boue tient lieu de chemin. Le petit vent pousse le brouillard, mais d'un coup le bleu poussé par le petit soleil, t'attire. Tu remontes par la tour. Ce village a son histoire, sa tour, son château, mais plus de souvenirs que de vie. Pendant cette grande heure de déambulation tu n'auras croisé personne de connu, rue de derrière, rue de devant, juste l'image de deux VTT  laissés par deux gamins attirés par la télé du mercredi.



 

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4 septembre 2008 4 04 /09 /septembre /2008 16:20

Château Bijou

D'abord t'es un peu sceptique. Ils ont fait un livre sur le village.  Les anciens, les retraités se sont prêtés au jeu de la mémoire, et tranquillement ont tissé les souvenirs, pour leur donner forme.

J'ai pensé, ou plutôt espéré, en découvrant l'ouvrage à cette couverture navajo mise en scène par Tony Hillerman dans son roman : « Le chagrin entre les fils », une autre traduction du titre est « le chagrin tissé ». Cette œuvre, un peu comme la tapisserie de Bayeux, voulait rassembler dans la mémoire tissée ce que des êtres (le  peuple navajo) ont de plus précieux, qu'ils veulent sauver et transmettre. Trésor culturel que des générations vont rechercher pour s'en approprier les vertus.

Lisez Tony Hillerman. Je suis certain de ne pas avoir tout lu de ce qui a été publié en France, mais des livres comme « le vent sombre », « femme qui écoute », « les clowns sacrés » restent bien présents dans mon imaginaire. Comment fait-il pour évoquer des « ombres » et qu'elles s'incarnent en toi le lecteur ? Comment son immobilité dans la nuit noire des montagnes glacées du Colorado, anime-t-elle dans ton regard de centaines de personnages hauts en couleur qui transmettent l'essence de leur vie perdue ? Comment acceptes-tu les symboles, les valeurs et même la puissance des esprits, sinon parce que la densité de l'homme lui donne corps et sens ?


Le village nous fait revisiter l'histoire par la lorgnette béarno-basco-aquitaine, et quelques guerres de religion. L'histoire scolaire qui m'a tant ennuyé. Où sont les hommes qui ont fait ce pays ?

Une femme !

Le livre devient attachant dès qu'on aborde l'histoire de château Bijou et de sa créatrice Mme Combes. Je viens dans ce village depuis 37 ans, et je n'avais jamais mis les pieds dans cette immense propriété, sinon pour les cent premiers mètres de l'entrée principale, en y suivant quelques noces venues y faire des photos.

Dans la mémoire du village, il n'y a que peu de trace sur la personnalité profonde de cette femme, sur son projet de vie quand elle fait construire ce château avec tant de références culturelles, ce parc où des dizaines d'espèces rares de tout continents ont été implantées et se laissent encore admirer, ces serres où les jardiniers cultivaient potager et arbres fruitiers. Essentiellement ce sont les aspects « somptuaires » des réalisations qui ont imprégné les imaginations et marquent le souvenir. Mais qui était-elle réellement ? Ce château, ce parc ne relèvent pas simplement du caprice, même s'il fallait une immense fortune, mais bien du besoin vital, de se recréer un espace de vie, de rêve. Un refuge ?

Quand tu parcours les chemins encombrés de ronces et que ton œil est attiré par des centaines de détail, l'aboutissement de  la réflexion sur ce qui devait « être beau », tu comprends que rien n'était là par hasard; l'ensemble devait faire sens : lequel ?


Héritage impossible à porter ! Propriété impossible à entretenir quelle qu'en soit le propriétaire, un incendie a,  il y a quelques années, fait prendre au site son style « à l'abandon ». Des panneaux invitent les caravaniers. Du coup j'en ai fait le tour, découvert les trésors minuscules et les dégradations majuscules. Même si « le presbytère n'a rien perdu de son charme »...

 

 

Voir aussi: merci pour les chaises

 

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AUTOUR DE CHATEAU BIJOU

 

Merci pour les sièges.

Carte postale de remerciement de la famille propriétaire de Bijou,  à un chaisier de Labastide Villefranche. En 1923.

  chateau bijou - le parc

Château Bijou.

Longue promenade ensoleillée dans le parc du Chateau Bijou. Le charme de la végétation agit. Le temps a structuré l’espace.

bijou-terre-de-feu-10.jpg

Arboretum ou terre brulée.

Première ballade du coté des dégats subis par le château.

tempete-sur-chateau-bijou-01.jpg

Tempête sur château Bijou.

Anecdote de ta première vision du village avec l’arbre suspendu.

les-hauts-de-chateau-bijou-13.jpg

Les hauts de Château bijou.

Quelques photos prises depuis la tour Sarrasine. Les dégâts des incendie et de la tempête.

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31 août 2008 7 31 /08 /août /2008 20:39

La sieste au fond du jardin

 

Quelle chaleur ! Dans le garage bien fermé la bagnole affiche 34° ! Tu te sens un peu ralenti. Tu ne sais quoi faire, où te poser. Puis tu ouvres la porte donnant sur le petit jardin. La chaise longue est là, surement  ton épouse l'a installée. Tu te laisses aller et doucement tu parts. L'ombre du catalpa te calfeutre.

Tu n'es pas un farouche acteur de l'après midi couché, même si parfois quand tu bossais, le dimanche après-midi il t'arrivait de « te perdre » sur le canapé pendant parfois une heure. Mais là, tu es libre. Simplement tu as mal estimé ta ballade VTTiste, et du coup après le repas, tu es surpris par une sorte de torpeur qui en même temps exprime ta fatigue, mais aussi te maintient agité à la recherche d'un « quoi faire ? » qui ne se découvre pas. C'est ça aussi la retraite, t'es libre de faire quelque chose ou de ne rien faire.

T'as testé le canapé, mais sa proximité avec la rue et les plaques de fonte sur les nouveaux raccordements au réseau d'eau qui carillonnent au passage des bagnoles te lasse.

Tu optes pour la sieste sur la chaise longue sous le catalpa.

Il fait chaud. Les murs du jardin te revoient leur chaleur. La lumière est crue et l'ombre trop intense, presque envahissante. Tu fermes les yeux et tu lâches...


Tu repenses à ta ballade VTT. Pourquoi tu n'avais pas regardé les dénivelés des deux chemins forestiers du bois de Mixte ? Sur le retour ils t'ont cassé les cuisses et du coup trois quarts d'heure de selle dans la fatigue et la chaleur, t'es con !

Pas seulement. Le VTTiste a vieilli, et le plaisir d'une belle cote n'est plus le même. Ah ! Ces ballades depuis chez le pépé...Au retour tu ne prenais pas de douche, il n'y avait pas de salle de bain et juste une cabane au fond du jardin,  avec un seau pour les gros besoins. Des fois,  quand c'était trop chaud, comme aujourd'hui, t'enlevais ta chemise en arrivant près du lavoir, et tu  basculais tête la première jusqu'à la ceinture dans l'eau glacée des abreuvoirs. Pas malin, mais ça effaçait tout, d'un coup !


La sieste.

Les grands-parents par ces grosses chaleurs la faisaient complètement. Les volets des fenêtres n'étaient pas ouverts. L'intérieur de la petite maison n'était pas suffocant.. Sur la route le goudron fondait et collait aux roues. Pendant qu'ils se reposaient, tu déplaçais le banc vert en lattes de bois. Le plus souvent il était sous le tilleul, mais tu aimais mieux dans le verger sous le pommier. Une petite bataille d'ombres et de lumière se jouait entre les arbres. Le pommier, le cerisier et le prunier. Tu faisais attention avant de poser le banc où l'herbe avait été fauchée. L'herbe, c'était pour les lapins, et le soir vers sept heures quand le grand-père venait faucher de quoi remplir un petit panier, il ne fallait pas que l'herbe soit piétinée. Des fois, quand ton papa était là, il étalait une bâche sur l'herbe pour permettre aux petits de s'amuser et de tenter la sieste dehors. Tu n'aimais pas être couché dans cette herbe, trop d'insectes !

Sur le banc tu te sens protégé, inaccessible...


Le petit vent joue avec les feuillages, les feuilles agitées ont leur petit cri pointu que tu aimes tant. Tu clignes pour sentir les changements de la lumière, tu rêves de rien, tu penses à rien, juste s'il y avait une pomme de mure ? Tu connais le refrain, « les pommes, il faut prendre celles qui sont par terre ! » T'avais pas l'œil, des fois tu croquais, et tu recrachais aussitôt, sur, il devait y avoir un ver. Mémé dormait, alors tu sautais pour attirer une branche, attrapais la première pomme que ta main pouvait saisir et d'un petit tour de poignet tu la cueillais. Lentement, méthodiquement tu la frottais sur le devant de ta chemise. Elle brillait. Puis tu la sentais, le nez collé dessus. En même temps tu la tournais pour la regarder de partout : pas de ver. Les dents s'enfoncent, le bruit des craquements de la pomme t'emplit les oreilles. Elle est encore un peu verte, le jus ne vient pas tout de suite, mais au fur et à mesure que tu mâches l'acidité te remplit la bouche et ta salive suce chaque brisure comme un bonbon. Le parfum t'emplit le nez. T'es gourmand, tu enfonces toutes tes dents d'un coup, la peau de la pomme cisaille  tes gencives, et ta langue repousse tant bien que mal    le quartier pas encore détaché qui  te bloque la mâchoire et la respiration. Tu mords encore plus fort, ça se crispe derrière les oreilles, et tu décides qu'il faut l'arracher avec la main. Le craquement fait vibrer tes tympans. Mais tu ne peux mâcher, le morceau est trop gros, il te coince le palais. Tu vas quand même pas recracher ? Petit à petit tu en viendras à bout. Et le trognon ira loin dans le pré du voisin. La langue rappeuse, les dents « pointues ». Tu t'essuies le menton avec le gros mouchoir à carreaux mauve pris dans l'armoire.

A ce moment tu te rappelles ton parcours à  vélo, tu as gagné la minute que tu voulais, même plus ; mais il y a quelque chose qui frotte, il faudra regarder tout à l'heure, sans doute le porte bagage a encore tordu le garde boue quand tu as secoué le vélo pour monter en danseuse..



Aujourd'hui ton vélo est magique, tu peux rester un an juste avec un coup de jet d'eau et un coup de bombe d'huile siliconée. Mais tes parcours se rétrécissent et si tu calcules mal, la fin est pénible. Pourtant, tu sais que tu repars le lendemain !

Après quoi cours-tu ?

Après quelle nostalgie ?

Après quelle jeunesse ?

Après quel rêve ?

Tu sais justes que tu as besoin d'y aller. C'est profond, c'est dans tes gènes, c'est ton moteur !


Avant de plonger dans ta sieste, t'avais préparé ton tour. D'abord Orègue vers « ta bergerie basque », ta petite route en haut de la crête qui te laisse voir La Rhune et le pic d'Orhy. Mais au lieu de remonter par Bardos, tu veux revenir par les routes forestières du bois de Mixe. Sur la carte c'est tout vert, et tu ne fais pas attention aux côtes...

Avant neuf heures l'air est frais. Tu n'hésites plus sur les routes, les braquets : tu es passé tellement de fois ! T'as l'appareil photo en bandoulière, il cogne un coup contre le guidon, un coup contre ton bide, tu raccourcis la courroie. La montagne au loin est dans une légère brume matinale, quand tu tourneras la tête à ton retour, ce sera une grosse brume de chaleur.

T'as déjà fait des centaines de photos du coin, alors tu te jettes dans quelques chemins, s'il y a quelque chose à voir. Là, ce sera le chemin pavé de glands murs. Ici une grande prairie verte te fait t'arrêter. Tu cadres et un énorme tracteur réclame le passage. Derrière, il traine sa tonne de fumier.

Un peu avant le sommet de la crête, la route devient un billard en bitume. La première fois où tu y étais passé, il n'y avait qu'un chemin de cailloux concassés. Tu redescendais secoué  et les mains crispées sur les freins. La pente est si raide que tu sais que tu ne peux la remonter. Là tu te laisse aller, ton GPS te dit plus de 80 km heures, et sans un coup de pédale. Un virage pointu en bas et tu peux virer vers la route des bois. Le petit pont te saisit par sa lumière filtrée qui par la réflexion dans l'eau fait comme un halo. Le temps d'une photo, d'un biscuit et d'un bidon d'eau. Ça te rappelle, le pont de la Pichotte quand tu descendais les bois de Lyoffans, laissant ton grand-père à la sieste. Tu ne faisais pas de photos à ce moment là, tu ne pensais qu'à filer ! Le coin a été saccagé par les routes à quatre voies, il n'y a que ton souvenir qui en reconnaisse la lumière.

Sur le retour vers Arraute, les engins de terrassement sont là. Bien des grosses maisons sont à l'abandon, des lotissements sortent un peu partout. L'espace du VTTiste se rétrécit, pas seulement à cause de ses  muscles..

 

Rappel: la bergerie basque



 

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8 août 2008 5 08 /08 /août /2008 09:01

Concarneau sans la fête des filets bleus

 

Que te dire sur Concarneau que tu n'aies pas lu ? Rien, je n'ai même pas le « Michelin »...

Quatre heures à passer. Mon regard avide voulait voir tout. J'avais une vieille soif de cette découverte.

 

Je t'ai déjà dit tout le bonheur que j'ai encore à me souvenir de ces colos de patro, à l'ancienne, où, en dehors de deux trois grandes règles comme : Se laver les mains avant les repas, y être à l'heure, et hop! Au lit quand il fait nuit. Pour le reste chaque jour était une aventure, on trottait d'un bon pas, petite casquette et gros sac à dos. Des voitures presque pas, et chaque fois l'occasion de faire du stop et de gagner cinq kilomètres. Où était le mono ? bah ! on se retrouverait bien...

C'est en nageant le long des plages de Douarnenez que j'entendis parler pour la première fois de Concarneau, de son caractère, de sa fête. Une histoire de bus fait qu'on n'ira pas.

Août 68, t'as envie de te ressourcer, la France profonde, et c'est l'occasion de retourner camper sur les terres de ton adolescence. Et bien sur, le projet de voir enfin cette fête des filets bleus.

Douarnenez Concarneau, c'est pas si loin, même pour une deux deuche. Arrivant aux portes de la ville (elles étaient bien ouvertes), est-ce les dernières vapeurs de « lacrymo » qui masquaient le STOP, mais l'équation « pare-brise + arcade = hostau » s'est vérifiée. Je t'assure, quand la ceinture a été inventée, je l'ai utilisée. Donc ! Concarneau c'était encore raté !

 

En 2006, une journée est prévue à Fouesnant, à l'occasion d'un mariage. Quelques heures à réserver pour Concarneau. Les filets bleus sont la semaine suivante, d'où une ville pas encore encombrée. Pas rassasié l'homme curieux !

J'ai fait des photos de deux goélettes,  « L'Etoile et la Belle Poule ». L'étoile je l'ai retrouvée à Anarstapi en Islande, je te mets ici le lien sur le sujet.

Je te mets aussi celui sur la « boudeuse » qui était au pont de Bercy cet automne. Si t'aimes voyager en photo.

Quant à la Fête, j'ai du temps pour revenir.

 

 

 

 

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10 juin 2008 2 10 /06 /juin /2008 22:54

Voies d'eau - le bout du tunnel ou la tour de Babel?

 

Non je ne vais pas te faire passer sous les tunnels du canal de la Villette, bien que ...faudra que j'y retourne ! Mais les photos, c'est comme dans le métro un jour de panne EDF : « noir c'est noir ! Il te reste l'espoir ! »

Je te rappelle une fois encore, que ça fait vingt quatre ans que j'ai de l'eau chez moi. C'est tellement de notoriété publique que mon séjour est une piscine, qu'une voisine m'appelle ce matin : «  J'ai fait venir un expert ; j'ai des infiltrations dans ma chambre à coucher, est-ce que ça ne viendrait pas de votre séjour qui déborde ? » T'imagines, mon séjour au 10éme qui se déverse dans la chambre de la brave dame du deuxième étage. Bonjour la cataracte ! Tu vois, à force de te plaindre et d'essayer d'expliquer, t'en as juste rajouté à  ta mauvaise réputation !


Je t'ai parlé de ces deux ouvriers portugais, qui avaient sonné à ma porte pour l'étanchéité de la façade.(Sur les toits de Paris). En une journée ils abattent un boulot monstre. L'ancien crépi est arraché, offrant le triste spectacle des cicatrices d'un mur qui en a trop  vu, nourri dès son plus jeune âge au ciment 0%, son vieux squelette de fer à béton, jaillit comme un moignon après un carnage. Le crépi de façade tenait tout. Dès lors qu'il perd sa peau tu penses qu'il ne restera que du sable !

Tu fais le point le soir, c'était un vendredi : « on revient lundi pas de problème, retirez l'échelle pour le week-end, et remettez-la lundi. »


Il y avait plus d'un mois que tu avais fait déposer tes volets, pour qu'ils puissent refaire la façade. T'avais négocié çà difficilement, avec l'entreprise qui te les avait vendus et installés : « nous, on n'y est pour rien, notre travail est bien fait, si on dépose les volets on n'est pas sur de pouvoir les remonter, on n'est pas responsable, signez une décharge, voilà notre devis. » Presque le prix du neuf ! Donc au mois d'avril on appelle, le technicien envoyé est tout jeune, il te dira plus tard qu'il à 25 ans. Effaçant son épaule, il fait glisser la courroie d'une énorme sacoche qu'il porte en bandoulière, quand elle heurte le parquet  tu sursautes, moins par le bruit que par les vibrations projetées. Là tu te dis qu'il y a un trou sous l'impact et que ça risque de vidanger tes fuites d'un coup. T'es près à crier « timber » pour te dédouaner, s'il y a un noyé.

 Le gars est costaud, plus d'un mètre quatre vingt, « des biceps plein les manches ».  Il manie le cutter comme un Samouraï son sabre.  Et là, c'est la mise à mort ! Un combat impitoyable ! Les joints de silicone tombent un à un sur le rebord des fenêtres, comme des spaghettis trop cuits. Il frappe de haut en bas, de bas en haut, de gauche à droite, il casse les lames, change les lames, serre les lames, et abat tous les joints. D'un simple coup de pouce la lame se rentre et le couteau est dans la poche. Tu te dis que c'est le moment : « voulez-vous un café ?  - Non ! Pas le temps ! » Il plonge  dans la sacoche et sort son six coups : énorme visseuse - dévisseuse sur batterie. Les premières vis ne résistent pas et tombent au fur et à mesure de la bataille. Mais la vieille garde toute rouillée ne se rend pas, et les têtes tombent sous les coups rageurs de la dévisseuse aveugle. Alors il agite les coulisses, dégage les corps des vis guillotinées et les massacre à coup de burin. Puis il fait basculer tranquillement le volet suspendu au bout des coulisses et le dépose sur le balcon. D'un geste sec il dégage les coulisse, comme un laborantin sectionne les cuisses d'une grenouille, les allonge près du corps du volet et recouvre le tout, d'un linceul en sac à gravas. Dix minutes pour finir et il est parti, sa  besace de 50 kg en bandoulière qui voltige d'une cloison à l'autre, balancée par sa course de repli. Il n'a rien d'un St Nicolas, pressé dans ses visites, non  c'est le dernier cri des menuisiers polonais, façon « terminator »,  exécuteur des petits et grands services. Quand il reviendra reposer les volets, il boira un verre d'eau.


Conforté par toutes ces bonnes volontés, tu te dis que ta maison va sécher, et qu'il est temps de refaire les peintures intérieures, murs et plafond. Jusque là, c'est toi qui as toujours fait. Pas toujours de façon irréprochable, mais c'était propre, sans trop de dégâts collatéraux. Là, vu les crevasses en haut et les boursouflures en bas, tu te dis, que si c'est toi qui redresses la surface, les montres molles de Dali paraitront vertigineusement rectilignes. Tu fais une enquête de voisinage : « connaissez-vous un peintre, soigneux, efficace, de confiance ? » Le bouche à oreille te ramène un nom, un téléphone. Tu n'es pas sur ? Mais si voyons ! C'est lui qui a refait la cage d'escalier. T'appelles, il vient un dimanche. T'es honteux d'avoir dérangé un gars pendant son repos dominical, tu lui dis ce que tu as besoin. Il ne prend pas de notes, regarde tes murs, ton plafond. Il ne dit rien, sinon « oui...oui ».

-         « Vous pouvez le faire ?

-          Oui ! Oui.

-          C'est que je ne voudrais pas avoir besoin de vider et démonter tous les meubles, j'ai plus de place !

-         Oui ! Ça va aller. Je mettrai des protections.. Qui a fait ça ?

-         C'est moi ! Il y très longtemps ; au début c'était juste pour faire propre rapidement, puis c'est resté, maintenant on veut refaire.

-         C'est raté et c'est pas beau, on ne fait pas comme ça, il y a des techniques !

-         D'accord ! Pouvez vous m'adresser un devis ?

-         Vous l'aurez lundi. »


Lundi, mardi, mercredi passent. Pas de nouvelles. T'oses pas déranger ce seigneur des pinceaux, mais quand même, devant les boites aux lettres, tu en parles à ce voisin qui te l'a recommandé.

-         Ah ! Ben il est chez moi !

-         C'est samedi ?

-         Il fait des « extras » !

-         Je peux monter ?

-          

-         Bonjour, vous m'avez oublié ?

-         Non ! C'est le fils, il est jeune, quand je rentre, il joue avec le téléphone, il a effacé tous les numéros.

-          ?

-         Mais, le devis, le planning ?

-         Tout va bien, j'en ai pour trois quatre jours, redonne-moi ton téléphone.


Le lendemain dimanche tu reçois le devis et début des travaux le mercredi 21. Tout baigne. Tu auras un peintre marocain.


Ca baigne tellement qu'il pleut comme jamais. Sans volets, sans étanchéité, les bourrasques te font relever la nuit, t'as pas besoin de baguette de sourcier, l'eau est là, tu la sens partout sous tes pieds et même dans l'air que tu respires. Au petit matin tu cherches à joindre tes jeunes artistes portugais. T'avais enregistré un numéro, mais tu ne sais pas... Tous les jours pendant une semaine tu mets l'échelle le matin et tu l'enlèves le soir. Que faire ? T'as plein de choses qui s'impatientent, mais s'ils viennent et que tu n'es pas là ? Tu renvoies des messages sur répondeur à la société, et un jour cet appel :

-         Il pleut! on ne peut pas travailler

-         Oui, mais il pleut, et je n'ai plus d'étanchéité

-         Si on travaille, on va tout abimer, car c'est des produits à l'eau !


Tu mets la main sur les murs humides  et tu angoisses que  le peintre puisse lâcher.  Bon c'est demain.

Rien !

Téléphone : rien de rien...

Encore une journée gâchée par la pluie et cette attente...

T'as usé ton forfait à courir après les fantômes, tu sors, et bingo, qui fume sa cloppe à l'entrée de l'immeuble ? Ton peintre marocain !

-         Mais je vous attends depuis deux jours ! Je cherche à vous joindre ! Impossible !

-         Attends, je travaille la semaine, je fais des extras en fin de semaines. Donc je suis chez toi samedi. Aujourd'hui je refais un mur de l'escalier A,  à cause de la fuite chez madame M.

-         Mais je vous ai appelé dix fois, mis trois SMS, pourquoi vous ne m'avez pas répondu ?

-         On m'a volé mon téléphone...


Puis tout d'un coup en une semaine tout va se bousculer, les maçons portugais refont la façade en une matinée. Ton mur est repeint à neuf par ton peintre marocain et un gars de son village. Et quand le terminator polonais vient pour te réinstaller les volets tu frémis: dans le même mouvement il ballade sa besace de 50 kg et une immense poubelle noire qui lui sert de caisse à outils pour les trucs encombrants.  Ça vole partout : ta façade neuve, tes murs neufs ça craint...

Tout baigne. Sauf la peinture qui cloque déjà...

Combien de jours de serpillères et combiens de filtres d'aspirateurs ? On ne compte plus !


Là, tu comprends pourquoi on a foiré la tour de Babel, chacun travaille dans son coin et avec ses règles. Qu'est ce qu'un Dieu aurait pu faire de plus que moi ?




 

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24 mai 2008 6 24 /05 /mai /2008 23:05
Sur les toits de Paris.

Fait pas beau... Hier ils sont venus, sonnant à ma porte sans préavis ! On vient boucher les trous ! Vingt quatre ans qu'il pleut ! Non, c'est pas le déluge ! Non ! Ça fait vingt quatre ans que je me plains de l'eau qui rentre chez moi, par le plafond, par les murs...Une dernière prise de bec avec le syndic, puis tu fais un courrier. Sans intention particulière, sinon laisser sécher tes parapluies d'intérieur. Dernière bataille tant que tu te sens la force de la mener. A l'assemblée générale, les voisins t'expliquent que cet appart, ils l'avaient visité pendant les nombreuses années où il était inoccupé, mais que non ! décidemment, ils ne pourraient rien en faire, il y avait trop d'eau ! Quand ils t'entendent te plaindre, une année de plus, ça les énerve. « Mais vous le saviez que c'était mouillé, alors ne venez pas nous embêter avec ça ». Surpris, tu expliques que tu en es à un dégât des eaux par an, et que les assurances se lassent !

« D'où elle vient cette eau ?
- Ben, du plafond...
- Où ça ?
- Ben, sous le vase d'expansion..
- Quoi, vous nous enquiquinez avec ça ? Vos prédécesseurs avaient simplement installé un bac à fleurs sous la fuite. Vous êtes vraiment, compliqué, vous faites des histoires pour rien. Si vous n'aimez pas l'eau, faut pas vous installer au dernier étage !!! »
Depuis des mois, les visites, les experts, les devis, puis un courrier qui te dit : « untel a été retenu, téléphone---, voir avec lui »
Premier appel, répondeur, puis un vendredi soir vers vingt et une heures, un appel. » Je suis mandaté par la société « untel », il paraît que vous avez de l'eau, je viens demain à huit heures »
Ce samedi matin tu accueilles, cet homme. Il a un quart d'heure, une feuille de travaux, mais non, il n'aime pas la lire, il préfère comprendre par lui-même. Pourquoi on a besoin de lui? Tu penses expliquer...Ah ! Mais les fenêtres sont neuves ! Oh ! la ! La ! Mais ils n'ont pas mis de goutte d'eau ! Et le joint plié sous la fenêtre c'était bien le modèle « machin » ?
- Monsieur, ça coule du plafond, ça suinte des murs depuis 24 ans, j'ai mis les fenêtres par désespoir, pour faire quelque chose, pour espérer que ça soit propre, enfin !
- Oh ! La ! La ! Vous n'auriez jamais du, ça complique tout ! Nous, on va venir avec un gros karcher pour décaper, alors vos fenêtres, hein ! Et puis nous, on refait les appuis, mais l'étanchéité ils n'auraient pas du la faire avant qu'on passe ! Nous, on décape, on repeint, mais l'étanchéité, il faudra qu'ils reviennent, c'est pas nous !
- Mais en quoi l'étanchéité des fenêtres ça complique les choses ?
- Vous vous rendez pas compte, c'est tout neuf et nous faut qu'on arrache tout, pour passer dessous !

Ton dos s'avachit d'un coup, tu regardes ton épouse, complètement désorienté, que dire ? « Quand commencez-vous ? »
« Oh ! La ! La ! Avec les ponts, les entreprises sont fermées, elles prennent pas les commandes, elles livrent pas ! »
« D'abord faut que je vérifie tout ! Où est mon cahier ? Zut mon crayon n'a plus de mine - tenez en voilà un - c'est pas simple ! Décidemment, non, ça peut pas se faire comme ça, nous, on ira jamais là! Faut que je prenne des photos ! Zut ! J'ai laissé l'appareil dans la voiture ! Pourvu que je l'ai fermée à clé, parce que dans votre quartier ça craint ! »

Fin de l'acte et de la pièce ! Il reviendra fera des gesticulations, des photos, des mesures, puis disparaitra. Il devient d'un coup un zombie au téléphone : tu laisses un message pour savoir quand les travaux débutent, tu renouvelles l'appel, toujours sur messagerie : ai-je le bon numéro ? Tu appelles la société nommée sur l'ordre des travaux: oui, c'est nous, mais c'est M. A qui s'en occupe. Non ! On ne peut pas le joindre, il est sur un chantier. - Mais son portable ? - Avec des gens comme, vous il est bien obligé de le couper !

Donc, vendredi matin, un peu avant huit heures, je prends mon pain au boulanger. Deux jeunes, je dirais probablement portugais sont là, ils font provision de viennoiseries, hésitent entre les choix. J'attends. Mon café est chaud, mon pain est frais, téléphone puis interphone, c'est nous, on est envoyé par Mr A...Quand tu ouvres, c'est les jeunes vus chez le boulanger.

Le syndic t'avait donné la clé, tu donnes l'accès à la terrasse, et c'est toujours un émerveillement que de se retrouver sur le toit de Paris

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21 janvier 2008 1 21 /01 /janvier /2008 21:58
Volets clos, rue sans âme.

 

undefined Je  vous poste ce sujet du  plus  profond de la France sous la pluie.  Il a plu cinq jours. Cinq jours de vent.  L'eau entre partout, sous la porte, sous les fenêtres. Seule solution, fermer les volets.  Et nous accentuons la sensation  de tristesse qui nous étreint lorsque nous arrivons et que tout est fermé.  Dix heures de route sous la pluie, tu arrives au village,  tu décharges l'essentiel et tu veux dire merci à la voisine qui a ouvert la maison et mis le chauffage.  Il n'est pas très  tard et pourtant  quand tu frappes à la porte  ou  tu cognes aux volets, personne ne répond, les voix se taisent.

Le lendemain c'est pareil, tu regardes la rue, tout est fermé:  celle là est décédée, il y a quatre an, l'autre trois ans, ici la semaine dernière; Donc les volets ne s'ouvrent pas ou plus. Là c'est la voisine accompagnant son mari à l'hôpital,  et ici  la nouvelle retraitée qui ne s'installe pas tout de suite car c'est mal chauffé.  Bref! Personne...

Tu quittes ton Paris bruyant pour quelques jours, te recycler, et personne. Tu croises un vague cousin de ton épouse à la caisse du champion.  T'expliques: qui n'est plus là?  Pourquoi tout le monde s'enferme? Avant c'était ouvert partout? Oh! Tu verras, t'y viendras, tu fermeras!
T'Interroge: y a-t-il une menace, quelque chose à craindre? Tu verras bien!

La pluie entre partout, la chaussée défoncée par les travaux projette ses gravillons au hasard du passage des camions, la nuit est là; seul les réverbères neufs brillent et te rappellent qu'il y a une vie derrière certains trous noirs.

Au bout de trois jours, t'espères l'éclaircie, tu t'emmitoufles et te lances sur ton vélo. Il y a toujours quelques kilomètres à  faire sur les routes fréquentées pour rejoindre le petit parcours où tu aimes pédaler. La pluie chasse la boue de tes yeux centrifugée  par tes pneus, le casque dégouline sur tes lunettes, et l'eau rentre par le cou. Tu t'étais dit deux heures, tiendras-tu?
undefined
Au soir du cinquième jour, tu te projettes dehors; la pluie semble s'être arrêtée. Tu fais un petit tour à pied.  Tu commences par des photos froides dans une lumière d'hiver, puis un rayon de soleil,  les nuages se lèvent et ce quart d'heure de lumière visite ton espace. Bien sur tu as fait ces photos cent fois, mais là, tu as besoin de re-déclencher, de re-découvrir, d'être neuf devant le ciel, ce vol d'aigrettes qui te prend une nouvelle fois au dépourvu. 

Le volet s'ouvre, le vieil instituteur, jeune veuf.
Venez dîner lundi!

Il arrive donc ce midi, canne et béret.  Chemise fraîche et polaire. Depuis deux semaines il est seul. A peine un petit porto et les trois phrases échangées le branchent; lui ai-je demandé s'il connaissait Paris? Bien sur! Il y avait fait un court séjour (quelques mois fin 1943) avant d'être attrapé par le STO; (Que les plus jeunes m'excusent, le Service du Travail Obligatoire envoyait tous les jeunes et d'autres ayant des compétences travailler en Allemagne).  Lui se retrouve fin 43 en Autriche, près de la frontière tchèque. Les travailleurs tchèques étaient avantagés explique-t-il, ils pouvaient rentrer chez eux en fin de semaine, ils n'avaient pas beaucoup de chemin à faire!
 

-C’était dur ?
Non ! Du moment qu’on faisait notre travail, ils nous laissaient tranquille. Les journées étaient longues. On commençait à six heures, il y avait une pause vers dix heures, les Allemands faisaient un petit casse-croûte, mais nous on n’avait rien. Juste notre gamelle à midi. Je me rappelle une fois, on avait transporté les pièces fabriquées, et là j’ai un besoin pressant. Je fais le tour d’un petit mur. Puis j’appelle le copain. Derrière ce mur des centaines d’escargots. On en ramasse tant qu’on peut. Arrivés au cantonnement, on s’arrange avec les Tchèques : du lard, du beurre, et on les prépare ; Il faut quand même trois heures pour les cuire.

 

Le surveillant des STO, c’était un allemand qui avait fait l’autre guerre. Son fils, soldat avait été tué par un officier français au moment de l’Armistice. En rendant son arme, l’officier avait tiré sur le jeune soldat allemand. C’était un meurtre et plus tard il a été jugé par un tribunal militaire français et condamné à perpétuité. Je ne sais pas ce qu’il est devenu. Et il avait une fille. Belle. Mais on ne lui faisait pas la cour, pas besoin d’histoires. Je parlais trois mots d’allemand mais plein de choses m’échappaient. Avec mon copain on a surpris une engueulade entre le père et la fille, et on a compris qu’elle couchait avec un Tchèque…On a gardé ça pour nous.

 

Enfin, ce midi là, j’avais mes escargots préparés dans ma gamelle. Je commence à manger, c’était bon, je te jure ! Elle arrive et me demande ce que c’est ? J’ai du mal à expliquer, je ne connaissais pas le mot. Après j’ai su que ça se disait « Schnecke ». Je finis par lui dire de goutter. Elle mange et trouve ça bon. Mais elle ne sait pas ce que c’est, elle n’a pas compris. Son père lui a expliqué, et les autres allemands ont commencé à trouver ces français bizarres !

 

Tu sais, on recevait des colis, par je ne sais plus quelle association d’anciens combattants ou d'aide aux prisonniers. Et il y avait des conserves. Des boites bleues, « du singe » ! Tu sais ce que c’était ? De la viande de bœuf en conserve. Et c’était bon. Moi, je savais me la préparer, et je te jure que c’était quelque chose. Alors ce midi là, quand je commence à ouvrir ma gamelle, elle sent tout de suite le parfum gourmand. J’avais décidé de m’amuser, je la laisse goutter et quand elle demande ce que c’est, je lui dis « Affe », du singe en allemand. Elle me regarde horrifiée et courre vers les autres allemands qui commencent à me regarder de travers. J’ai senti que ça tournait mal, j’ai expliqué que c’était du bœuf.

 
Comment ça c’est fini ?
 

C’était fin 44 ou plutôt début 45, on entendait un peu ce qui se passait, et je sentais bien que ça allait finir. Une nuit on est parti et on a été attrapé par les Russes. Un soldat nous arrête, il avait une lampe électrique, il parle et je finis par comprendre qu’il veut nos papiers. J’avais gardé ma carte d’identité. Il la regarde et nous fait signe de passer. Au camp un lieutenant russe parle français et nous explique que le soldat savait bien lire le Russe, mais est incapable de déchiffrer ce qui est écrit en français, probablement comme nous le russe. Il se contente de regarder le tampon, comme sur la carte d’indentité, il n’y avait pas l'aigle, il a compris qu’on n’était pas allemand.

 

Le vieil instituteur parle encore une heure, on se donne un autre rendez-vous, et il rentre attendre sa livraison de fuel.

 
Il y a trop de volets clos.
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31 décembre 2007 1 31 /12 /décembre /2007 21:00
bonne-ann--e-2008.jpg
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15 novembre 2007 4 15 /11 /novembre /2007 23:10
Les plans et maquettes de Léonard de Vinci
Exposition du Château de Camou

Le petit garçon a repéré la boite sous le sapin de la salle à manger. On l’appelle « le grand », alors il ne doit pas se précipiter. Bientôt, c’est la ruée, ceux qui ne savent pas lire crient c’est pour moi ! Non, c’est à ton frère ! Et moi ? Et moi ?

16-treuil-r--versible-3-vitesses.jpgQuand il empoigne la boite, il n’est pas sur d’à quoi s’attendre ? Il la secoue un peu, là, il commence à y croire. Que ce mois de décembre avait été long et dur ! Quand il rentrait de l’école, il faisait nuit, et souvent froid. Il fallait qu’il aille vite, car les culottes courtes lui coupaient le sang. Pourtant sa maman lui avait tricoté de super chaussettes qui montaient sous le genou, mais en courant le long de la rue, elles descendaient doucement. Il les tirait d’une main, sans s’arrêter, en sautillant.

D’habitude il rentre avec Jacques, ils font de grandes parties de billes ou de calots. La rue Laugier lui a toujours fait peur. Il ne sait pas pourquoi, mais il a peur. Il est peut être simplement impressionné par les immeubles austères, les vitrines sans éclat sauf celle où il y a les grosses voitures ; il ne sait pas que ce sont des « américaines ».

L’autre dimanche ils ont joué tous les deux chez Jacques, il avait son train électrique dans sa chambre. Et quand sa maman disait « à table » ! Il le poussait doucement sous son lit. Lui, disait au revoir, embrassait la maman, courrait jusque chez lui, où la table était mise.

Vers le début décembre, le boulevard changeait. Il y avait des lumières. A côté du marchand de jouets, il y avait des disques de musique. Il y rentrerait un jour, presque dix ans plus tard, puis le magasin disparaîtrait en même temps que la Fnac de l’avenue de Wagram ouvrirait.

Son papa avait deux disques. Un de Franck Pourcel avec des violons, un d’Alexander avec l’accordéon. On les mettait parfois quand il y avait de la visite, surtout la tante de Boulogne.

La vitrine qui le fascinait, c’était celle du marchand de jouets. Il y avait un grand espace avec de fausses collines, des tunnels, une gare et un passage à niveau. Deux petits trains miniatures circulaient, se croisaient, s’arrêtaient à la gare. Le passage à niveau se baissait et un feu rouge s’allumait. Des fois sur l’aiguillage, il pensait bien que les trains allaient se tamponner. Mais non la locomotive BB s’arrêtait et la machine à vapeur passait. C’était toujours comme ça. Il ne comprendrait jamais comment c’était possible. Il n’aura jamais de train électrique. Il y avait déja renoncé.

Il avait regardé longtemps la grande grue mécano. Avec son moteur électrique. Elle montait inlassablement son tas de blocs, puis les redescendait. De temps en temps elle tournait sur elle-même. Il ne s’y attendait pas. Il restait là un bon quart d’heure, le front collé contre la vitrine, le nez écrasé soufflant sa buée sur le carreau. Quand il rentrait sa maman lui disait : « tu as été long, tu as traîné où ? On était avec Jacques… »

Il n’était pas rentré dans la boutique des jouets. Il avait peur. Que dire ? Il n’avait pas de sous. Peut-être qu’on l’aurait pris pour un voleur ? Il y avait derrière une boite marquée numéro huit. Elle était grande, et il y avait la photo de la grue.

Quand il déchire le papier il reconnaît sa boite ! C’est compliqué, il n’y a que lui qui saurait la monter, il montrerait à Jacques, il était fort…

Voilà, c’est un peu avec ces souvenirs confits que le vieux bonhomme cinquante cinq ans après regarderait les maquettes qu’il découvre au château de Camou. L’homme qui les présente explique qu’elles sont inspirées par ce qu’il a vu ou lu des dessins de Léonard de Vinci. En arrière, sa femme et une amie commencent à se barber sérieusement, alors que lui continue de questionner l’homme et de s’extasier devant les réductions en bois de crémaillères, pignons, roues dentées, arbres à came et j’en passe. Ah ! comment convertir un mouvement de rotation en mouvement alternatif ? et puis le treuil à trois vitesses et puis et puis…

 

Ben oui, mon mécano numéro huit a laissé des traces. J’ai encore une boite en fer blanc de vieux cachets (des calmine), où il y a les petits écrous en laiton jaune et la chaîne qui reliait le moteur au treuil de ma grue.

Je ne te mets pas toutes les images, d’abord parce que je ne suis pas sur que notre guide serait content de se voir, et aussi pour ne pas te lasser.

Mais voilà une heure qui m’a fait du bien, en visitant les maquettes du château de Camou.

Lire aussi: rue Laugier - la giffle de Monsieur D.



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