21 mai 2009 4 21 /05 /mai /2009 04:00

Ton papillon, il fait pas dans la soie! Il se vautre dans tes rhodos. ça t'enrage.


 

-         Oh ! La Roue ! C'est ta lasure qui attire les insectes ? En vingt cinq ans on n'a jamais vu autant de ces papillons qui vont te pondre des chenilles partout. Ça va urtiquer !

-         Tu t'en prends toujours à moi, l'AlblogRJ, t'es jaloux ! Depuis des semaines, t'es mis de coté, et moi je suis neuve !

-         Ça n'explique pas les bestioles. Des abeilles des guêpes, des araignées (hélas !), il y en a toujours eu. Deux trois fois des fourmis, elles avaient envahi le balcon dans un nuage. Mais ces gros bourrins de papillons jaunes, jamais vu ça.

-         C'est le coup de chaud brutal ! J'ai les barreaux tout gonflés ! Il a bien fait de nous bichonner le bois, car en rien de temps, en plein soleil, on s'explose.

-         Si l'AlbumRJ fait des photos des papillons dans les rhododendrons, c'est bon pour moi, la Roue. Tiens regarde, les abeilles se roulent dans le pollen, elles ont l'air saoule ! Les papillons n'arrêtent pas de pondre. Ils vont mal finir.

-         Même pas un coup d'insecticide ! Le grand-père il aurait sorti le « fly-tox », il ne serait rien resté, même les hirondelles, elles éternuaient sur le fils. A Paris, j'ai pas vu une seule hirondelle. Les corneilles, les merles, et cette palombe qui s'installe toujours sur le garde-corps ! Ou la pie sur l'antenne télé, celle là on ne la rate pas ! Mais des oiseaux rieurs aucun.

-         Avec ton chantier, la Roue, il y a beaucoup de désordre ici, il serait temps que tu lâches le patron, qu'il range ses outils et qu'il regarde les nouveaux designs des blogs. Moi aussi j'ai envie de neuf !

-         Maintenant que je vois les photos, je sais que l'AlbumRJ aime bien les rhododendrons et  a peur des insectes !

 

 

Voir aussi:

Le lumbago du chariot

 

 

 

 

 

 

 

La folle descente du Mont Brassier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La première roue du Chariot

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8 mai 2009 5 08 /05 /mai /2009 21:42

Le vingt deux février un carnaval à Paris ?

C'est des trucs que tu ne sais pas pourquoi tu en entends parler. Le web ? Une affichette collée ? Un journal de quartier ? Tu ne sais plus...Pourtant t'as dit à ta petite femme, je vais faire des photos du carnaval, il passe à Belleville vers seize heures, j'y vais à pied. Un carnaval à Paris ? t'es sur ? Ça semble très confidentiel ?

Tu approfondis tes recherches, et la toile te livre le message complet, que tu imprimes pour être plus sur : oui regarde, voilà le plan détaillé et les horaires, c'est la mairie du XXeme qui organise ! Bon, c'est encore quelque chose de rare, je t'accompagne...

Pendant la petite heure pour atteindre l'endroit du défilé que tu t'étais fixé, tu dois quand même expliquer pourquoi t'as choisi d'aller sur Belleville. Tu raisonnes d'abord sur la proximité, puis sur l'heure, enfin tu reconnais que c'est un quartier de Paris que tu ne connais pas assez, et que c'est une occasion.

Pas loin du métro sur le boulevard une fanfare occupe tout l'espace, physiquement sur le terre-plein et bruyamment en niveau des décibels. Sept ou huit rangs de badauds l'encerclent, sans cependant parvenir à l'étouffer. Combien ont-ils de grosse-caisses ? Pourquoi chacune rythme son tempo sans faire attention aux autres ? Et les cuivres ! Tu sais bien qu'il fait froid, mais depuis le temps qu'ils jouent l'embouchure devrait être chaude. Alors pourquoi la mélodie ressemble-t-elle tellement au crissement des roues d'un métro dans une courbe trop serrée ?

 T'es en avance sur l'horaire de passage attendu. Tu t'éloignes et t'essayes d'imaginer le bon endroit pour la photo. Cependant quand tu crois y être, que tu te fixes dix minutes, la bousculade t'emporte...Tout d'un coup des tambours sortent de partout, d'autres bras musclés ou petites mains fines s'échauffent en se saluant.  Tiens, penses-tu, peut-être des musiciens ?  Tu les entends se parler, échanger avec les parents les amis : les uniformes rouges et blancs s'annoncent comme une vraie formation d'inspiration brésilienne.

Mais la fanfare tumultueuse se déchaine, pire qu'un orage de grêle sur de la tôle ondulée, vacarme et stridulations qu'on n'oserait plus dans un film catastrophe. La banda brésilienne se concerte et celui que tu devines comme le responsable explique qu'il avait bien réservé sa place, mais que là, en face ils sont devenus sourds à force de tambouriner, qu'il a eu « l'organisation », qu'ils pourront jouer vers l'Hôtel de Ville. Donc pas de Bandas à Belleville.

Pendant que tu tournaillais au milieu de la Bandas, tu t'es fait chourer ton coin photo. T'es repoussé par des petites attentions successives au milieu de la rue où tu ne peux rester. Le cortège s'avance.

Quand tu revois les photos en préparant ton sujet, tu te dis que les vivants, ceux qui expriment dans leurs attitudes, leur regard une vraie présence, une vraie envie, un vrai plaisir, ce sont eux, les déguisés qui défilent. Leurs yeux savourent l'instant. Le regard des gens derrières est inexpressif. C'est vrai que t'as souvent regardé par l'œil noir de ton Nikon, cependant t'es bien obligé de reconnaître que t'as pas été sollicité  - au contraire- pour entrer dans  cette fête, le flux carnavalesque est passé agitant à peine la berge expectative des spectateurs sans âme. Heureusement quelques enfants ont ri ou eu un peu peur, mais pas beaucoup peur.

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17 avril 2009 5 17 /04 /avril /2009 21:31

Le lumbago du chariot.

- Dis, la Roue, le chantier est arrêté ?

- Non ! ça avance, mais le madrier qui relie les trains roulants s'est cassé, et l'AlbumRJ, s'est fait un lumbago...

-         Elle est bonne celle là ! Tu veux dire qu'ils sont cassés tous les deux ? J'y crois pas ! Toi et ton travail bien fait, tu remplis les hostos et les déchèteries !

-         T'exagère toujours ! Ce madrier il était complètement cironné, et avec les perçages pour passer les boulons il était bien fatigué. Si le bois est mort, je te promets que les cirons sont vivants ! Quand il l'a sorti de la bâche, il y avait de la sciure sur toute la longueur.

-         C'est ça qui lui a pété le dos ?

-         Non, c'est en préparant sa caisse pour aller chercher un madrier neuf, je ne sais ce qu'il avait dans son coffre, mais c'était trop lourd. Le bonhomme, il est plus jeune que le chariot, mais la colonne s'use aussi. Sans les cirons...

-         Ciron, cirose, il picole ton patron ?

-         Arrête. Non on avait bien avancé. Les consoles étaient comme neuves. Tu as vu les clavettes en bois qui servaient à verrouiller les chevilles qui bloquent l'échelle ? Quand tu décrasses et tu ponces, les formes révèlent leur secret. C'est passionnant de comprendre la courbe de l'anse et de t'apercevoir que l'appui du montant de l'échelle est juste calibré.

-         Les chevilles sont toutes pétées ! C'est du beau travail ?

-         Tu râles toujours ! T'est jaloux d'être jeune l'AlblogRJ, es-tu sur de vieillir comme le chariot et d'être repassé de main en main ? Aujourd'hui, tes gadgets électroniques, dès qu'ils pannent, on les jette, pour un neuf. Ils n'ont pas de valeur hors leur usage. Nous les vieux outils, les vieux objets, on traverse le temps car on est une mémoire. Tu vois des vieilles boutiques qui exposent des très vieux appareils photos mécaniques, de vieux postes de radio à lampe. Tu sais pourquoi ils sont là ? Parce que l'homme, son propriétaire, avait le temps de se l'approprier, de polir son usage, d'en faire admirer le produit de son travail. Il fallait du temps pour bien s'en servir, ce temps c'était ta vie, ton intelligence, ta satisfaction de savoir, ta compétence à montrer.

-         On n'a plus le temps la roue ! Ce blog, si l'AlbumRJ n'y met rien il meurt. Aujourd'hui tout est dans la communication, à la vitesse de la lumière. Ce que tu ne sais pas se trouve sur la toile, t'as pas le temps d'observer, de réfléchir, d'inventer, d'essayer, de construire. Tu dois tout savoir instantanément, rendre compte à la seconde, et produire dans la minute. Qui saurait inventer la roue aujourd'hui ? Il faudrait trop de temps ! Comment expliquer son utilité ? Il faut avoir eu besoin de porter une charge pour comprendre. Mais maintenant qui ça intéresse la fabrication d'une boite de vitesse ? Ça râle : comment c'est pas automatique ? Sur ma WII tout est sans effort !

-         C'est parce qu'il faut un effort que le chariot porte du sens Combien de jeunes aujourd'hui, voient leur intelligence aliénée par la technologie informatique ou numérique. Ils ne savent produire du sens que dans et par l'outil, ils n'ont pas de recul, pas de réflexion propre, pas d'expression indépendante. L'effort est dématérialisé, il est cérébral, psychique, mental, mais le corps est oublié; c'est la part la plus électrique de l'être vivant qui interagit avec la machine. La fatigue n'est plus dans la courbature des muscles -et encore, gare aux réactions - mais dans une sorte de vide intérieur ou les neurones entrainés par leur inertie agitent des images et des ombres qu'il n'y a qu'un écran de substitution pour freiner. Sans télé, sans WII, sans PlayStation les vampires neuronaux te vident. La vie devient une succession d'écrans, de clavier, de clics. Où est le sens ? Le bon sens ?

-         Dis la Roue, c'est toi qui célèbre la valeur « travail » ! Alors ces jeunes -comme tu dis- ils bossent. Quand tu les vois au repos ils sont crevés, toujours vidés. Pourtant ils avancent dans leur vie, dans la vie. Ils s'inventent leur imaginaire, leurs compensations. Toi avec ton madrier fossile, t'as lâché prise. La vie file, c'est pas les souvenirs qui te remettent dans la pente !

 

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11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 21:25

La sublimation de Tati !


T'as une vraie divergence avec un grand news du jeudi qui parle à propos du 104 de « vide abyssal » ; dans ton premier sujet tu parlais de vide sidéral. Qui a raison ?

Sur le vide nous sommes d'accord, historiquement cela désigne un espace inoccupé, vacant. J'y suis passé deux fois cette semaine, tu as une impression de deux fois plus vide ! Alors abyssal ou sidéral ?

Dans abysses, il y a profondeur. Pour toi, les profondeurs abyssales sont celles des océans, des eaux froides noires et secrètes ou tu rêves que quelques espèces rares vivent cachées, peut être même un monstre. Mais ce que tu vois en surface du 104 ne laisse pas d'espoir d'une profondeur quelconque, d'une découverte miraculeuse. Mais abysse nous fait penser à fosse, les fosses abyssales au fond desquelles a plongé sans remonter l'imagination des puissances culturelles...

Sidéral a rapport aux astres, aux étoiles, et le vide sidéral exprime l'espace sans vie ou sans matière entre les étoiles. Sans vie sans rien, même une idée mettrait plusieurs milliards d'années à parcourir cet espace. Les galactiques sont sur un terrain de foot, et leurs idées circulent à la vitesse du ballon. Peut-être primaires, mais accessibles et vivantes. Souvent une simple trajectoire, parfois un minuscule mouvement du corps déclenchent des élans d'admiration. Pour toi, ce qui rend ce vide sidéral, c'est la relation aux sommets des tours des Orgues de Flandres visibles au travers les verrières.

Pauvre Tati ! Non que son génie soit en péril. Non ! Pauvre Tati veut surtout dire célébration de Tati sans moyens. Un décor de contre-plaqué quelques accessoires : chapeau, parapluie, Chevrolet, vélo Solex et la maison des temps modernes. Pendant que je prenais des photos de ce lieu symbolique,  trois caméras filmaient. Sans doute une responsable de l'expo expliquait devant l'une d'elle, le besoin de faire découvrir aux enfants le monde imaginaire de Tati. Sublime. La sublimation étant le passage d'un corps solide à l'état gazeux. Voilà une idée fumeuse !

Tu sorts de là atterré, tu n'y comprends rien ! Tati c'est ses films, dans chaque école, dans chaque collège ! Autrement...

Ce quartier au coin de la rue Curial et de la rue de Crimée, met à la une des journaux quotidiens les rixes entre bandes de toutes sortes, et tu croies que le 104 va faire flipper les gamins à la découverte de Tati ? Le rêve, l'imaginaire, le bon sens et l'absurde sont introuvables sur zone !


Le lendemain, ce vendredi, tu repasses en fin de soirée en rentrant du ciné (le luxe bourgeois), il n'y a que les gardiens : ils te saluent, tu réponds, tu fais le tour du l'expo, ils te suivent. Devant un écran télé passe la vidéo de la construction de ce décor de cinéma, les équipes que t'as photographiées la veille. Tout le monde sourit ! Des accélérés te montrent les étapes de l'installation. Le petit soin pour le ratissage des graviers d'opérettes ! Toi, tu te rappelles tout le bazar   pour installer une fontaine modèle « nature et truc » qu'un « bobo » met une heure à installer dans un recoin de sa cuisine (à cause des fuites). Ils y seront jusqu'à six !


T'arrives devant chez toi un quart d'heures plus tard, le trottoir est jonché des poubelles éventrées. Ça te choque une fois de plus ! Tu le sais pourtant, pour voir le scénar tous les soirs ! Quand les poubelles sont sorties, une demi-heure avant le passage des bennes, les déshérités surgissent de nulle part, comme dans « la nuit des morts vivants », certains équipés de pinces, d'autres à main nues, et les poubelles sont vidées, les sacs éventrés, et  un  sac plus solide que d'autres, reçoit un à un les prélèvements de nos déchets.

Toute la largeur du trottoir sur plusieurs mètres te donne ce délicieux avant gout du bidon ville...Bien sur la « benne » ne peut ramasser tout ce qui n'est plus dans les conteneurs et les sacs qui tiennent encore. Alors le lendemain comme par gravitation, pleins d'autres gravats et ordures s'agglutinent sur les bases des premières déjections.


Tu repenses à  la patience méticuleuse des ouvriers municipaux qui ont reconstruit l'imaginaire de Tati au 104, retirant un à un les cailloux blancs égarés dans l'aire des graviers noirs ou consolidant le "poisson fontaine".


Est-ce que le premier degré de la culture dans nos quartiers pauvres ne passe pas par le droit à manger, puis à vivre propre et digne.  Quel film aurait pu faire Tati d'un monde absurde où vingt personnes construisent un temple factice, dans un espace désert et inutile,  quand tant d'autres se nourrissent dans les poubelles ?

 

voir aussi: 104 nouvel unité de mesure du vide sidéral

Autour du 104 - le crachat

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9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 12:12

La tonte. Mêmes gestes à Aramits

ou à L'Estancia Harberton.

 

C'est un petit message qui déclenche ma réflexion sur ces vieux métiers et le tourisme du troisième âge. Regarde l'homme pensif appuyé sur son makila, comme il regarde le travail du tondeur. Probablement il a tondu lui-même des centaines de moutons, et le geste vivant lui fait remonter et revivre les émotions d'alors, lui plus jeune, un autre temps, une certaine nostalgie. Les bergers et les tondeurs qui font là une démonstration de leur habileté, témoignent par les gestes répétés, synchrones, reçus des anciens et qu'ils espèrent transmettre à leur tour, de l'universalité d'un savoir.

La foule - une vraie  foule- qui est là autour d'eux apprécie la démonstration, pas comme un exercice de foire, mais comme des connaisseurs, des anciens pratiquants. Sur les bancs du stade, à contempler le spectacle, grand-pères et  grand-mères ont amené les petits enfants. Pour eux c'est la découverte. Tu savais le faire papy ? Bien sur ! La roue a tourné.

Lorsque l'année dernière notre voyage argentin nous fit découvrir la Estancia Harberton au bord du canal de Beagle, près d'Ushuaïa, nous visitons les vestiges des installations qui servaient à parquer les moutons dans l'attente de les tondre, des tondeuses (les plus anciennes actionnées mécaniquement par une machine à vapeur), les tonneaux pour serrer les peaux et faire les balles de laine. Des photos aux murs rappellent tous les hommes rassemblés pour le travail, tous les gestes identiques répétés d'un bout à l'autre des enclos. Les mêmes gestes qu'à Aramits.

 


 Qu'est-ce qui a fait disparaître le travail de tous ces hommes ? Ce n'est pas le tourisme, il y en a si peu...Je me pose cette question suite au petit message reçu cette semaine qui exprimait la révolte de jeunes devant le tourisme du troisième âge dans des lieux abandonnés par l'économie moderne. L'argent  y a détruit l'économie de subsistance et  ces grands espaces où tant d'hommes se côtoyaient  sont maintenant désertés par la vie.

Pourquoi serais-je plus gêné du plaisir du spectacle de la démonstration des tondeurs, un jour de fête que de déambuler dans les hangars vides du « bout du monde » ?  Les valeurs portées sont les mêmes. As-tu regardé la sureté, la fermeté tranquille dans  la façon de prendre le mouton, l'immobiliser, le retourner et le tondre, sans que l'animal ne se raidisse, se défende, ou crie. Pas un bêlement, seul le murmure admiratif des regards experts.

Les hommes qui sont là sont fiers de montrer leur métier, d'exister par ce savoir-faire. Combien d'entre-nous ont connu le sentiment de vide quand leur métier les a fuit ? Devoir reconstruire ses gestes, reconstruire sa pensée, reconstruire son regard aux autres.

Alors le tourisme du troisième âge peut prendre des relais : permettre à des êtres de se ressourcer à la mémoire des autres peuples, la confronter à sa propre perception, relire sa propre histoire. Devant les ravages des économies dites libérales,  transmettre les réflexes de défense, et aider les plus jeunes à se construire sur des valeurs vraies.

Car décidément il est plus important de se rendre sur place, même en bus climatisé, que de contempler l'image de la vie à la télé. Le voyage nourrit tous les âges de la vie ! Sans forcément aller très loin...


Voir aussi: Ushuaïa - Terre de feu


 

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31 mars 2009 2 31 /03 /mars /2009 21:40

Comment peindre un oiseau dans sa cage?

 La cage est toujours ouverte au Pré Besson.

Je ne me rappelle plus du poème de Prévert, je me rappelle bien du comédien qui disait si bien le poème, c'était Jean Marc Tennberg. La dernière fois que j'ai assisté à un de ses récitals, c'était à la Mutu dans les années 70-71. Quand il eut fini son  spectacle, une centaine de gus était restée là, à l'applaudir, alors il rajoutait un poème, le silence se faisait d'un coup, les images nous imprégnaient, quand son œil se relevait légèrement moqueur ou rêveur, que l'arrondit de sa bouche se tordait doucement vers les cintres, le poème était fini. La lumière restait, le temps qu'on sorte de notre mélancolie, qu'on réagisse à nouveau, il redevenait présent au milieu de nous. On applaudissait vivement, mais sans tapage. Nos visages rayonnaient, tendus vers le conteur.

Il en retrouvait  un, des fois quatre vers sans plus, et au premier mot on avait décollé, pour le rejoindre dans son rêve passionné. Quel régal !

Alors je n'aurais pas la prétention de t'illustrer le poème de Prévert, mais dans ce petit bourg pas loin de Champagney, il y a cette cage, il y a ces oiseaux qui entrent ou sortent, mais qui chantent. L'oiseau est là si bien qu'il fait lui-même le tableau. Rappelle-toi la fin du poème, « si l'oiseau ne chante pas, c'est mauvais signe », Ton vieux reflex ne les dérange pas, ils vivent. Cette étrange cage perchée sur ce tronc noué est leur salon. Pourtant j'ai vu le chat sauter pour rappeler aux étourneaux que le prédateur, c'est lui. Mais la magie du poème, comme dans le dessin animé de « titi et gros minet » le chat en sautant fait juste tomber la cage, les oiseaux s'en sortent toujours. Le patron remet la cage en place et aussitôt, mésanges, rouge gorges, moineaux, bouviers reprennent leur conversation et babillage, réinvestissent la cage.

Deux gros sapins et un tilleul tout près servent de base arrière, de repli quand le photographe intrus dérange la communauté. Il y a des boules de graisses gonflées aux céréales qui pendent dans les branches. Ils sont chez eux..


Dans le poème, il dit « observer un profond silence, attendre que l'oiseau entre dans la cage », « fermer doucement la porte avec un pinceau, puis effacer tous les barreaux »...


Me dis pas qu'il y a que le hasard ! Non ce poème raisonnait en moi quand j'ai fait les photos !!

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25 février 2009 3 25 /02 /février /2009 08:50

Boulez dirige Schoenberg

- Alors, Boulez, c'était comment ?

- J'ai été surpris, je venais voir, et surtout écouter un mythe, figures toi que sa renommée   m'accompagne depuis mes seize - dix-huit ans; là de le voir diriger des œuvres qui m'apparaissent si complexes avec une telle distance, et provoquer pourtant tant d'enthousiasme,  j'en avais oublié son âge : quatre-vingt quatre ans ! Quel naturel !

-         Tu l'avais déjà écouté auparavant ?

-         Des disques oui ! Mais lui, en concert, jamais !

Je ne retourne écouter les concerts que depuis que je suis à la retraite. J'entends à la radio : P. Boulez dirige la « nuit transfigurée » le 20 à Pleyel, je vais sur le PC, pianote, il reste des places. Coup d'œil sur l'agenda, je fonce.

-         Tu connaissais Schoenberg, enfin sa musique ?

-         Même pas. Je fais confiance à l'homme. S'il dirige Schoenberg, c'est qu'il y a quelque chose qui relie l'intelligence des deux hommes !

-         T'y connais quelque chose, toi à la dodécaphonie, à la musique sérielle ?

-         Rien ! Pourquoi ? Tu construis ton panthéon quand t'es jeune avec ce qui te bouge, te fais vibrer, t'entraine dans des sensations neuves. Je t'ai déjà raconté, il y a  quelques temps, comment je m'entrainais à écouter « le son », je veux dire à distinguer autant que je le pouvais ce qui en constituait la matière. Pas seulement l'instrument, mais tous ses petits riens imperceptibles qui rendent deux attaques d'archets si différentes.  Je ne peux expliquer le geste, mais je sens bien que ce n'est pas pareil.

-         C'était quoi  le programme ?

-         D 'abord « La Nuit Transfigurée », puis un concerto pour piano et orchestre, enfin des  « variations pour orchestre ».

C'est sur que « la nuit transfigurée » est immédiatement accessible. Dans la version orchestrale, il n'y a que des « cordes » comme dans le sextuor, mais un nombre impressionnant ! Ça crée   un climat, une ambiance, des couleurs uniquement par des ententes des oppositions de  jeux entre diverses masses orchestrales. Ton attention est toujours sollicitée par des variations rythmiques, des phases légères, des ruptures, des décollages...C'est prenant.

-         Et le concerto, qui était au piano ?

-         Ah ! Pour moi une découverte : Misuko Uchida !  Elle doit être japonaise, mais je n'en sais rien. Une tenue très japonaise en tout cas, superbe. Ce qui m'a subjugué, c'est sa capacité d'alterner un relâchement physique,  même rapide entre ses  interventions, et sa concentration tendue quand elle joue. La partition exige d'elle des accords brefs et secs qui mobilisent tout son corps. On est au millième de seconde ! Une telle précision intense, je n'avais vu ça que dans les tournois de ping-pong. Elle doit jouer en apnée, sinon elle ne serait plus dans  l'instant précis. Et puis, les regards qui s'accordent, avec P. Boulez, synchronisent de façon transparente l'orchestre et sa partition. Du grand art. Bouleversé. Même si l'œuvre m'a heurté ! Ah ! C'est pas le concerto N°5 de Beethoven, avec les doigts nerveux et agiles qui brodent  la mélodie. Je ne peux pas fredonner l'air...

-         C'est quoi tes disques là ?

-         Le premier, j'ai du l'acheter en 64 ou 65, c'est « le Sacre du Printemps » dirigé par Pierre Boulez en 1963. Un de mes tous premiers disques aussi. T'imagines pas le choc dans les chaumières ! Mais pas plus que Brassens, Ferré, et Johny. Autrement ! Les voisins m'en parlaient souvent ! J'ai lu dans un bouquin que P Boulez  n'était pas satisfait de cet enregistrement là.  Qu'importe ! J'ai depuis un CD récent, toujours par P Boulez. Il ne peut pas comprendre lui, l'enthousiasme du gamin ! Comment  il recherche encore avec ce vieux vinyle qui gratte l'émotion de la première découverte, celle qui te bouleverse pour  toujours. Le CD, le son est pur. L'œuvre est  déliée, claire, presque décomposée comme dans un ralenti, je continue de préférer l'émotion de ma jeunesse.

L'autre, c'est « Les Noces », même époque, même direction. Là c'est la partie « vocale » qui me surprend, après tu  n'écoutes plus les voix de la même façon. Après c'est Pierre Henri, les « Ballets du vingtième siècle », un autre temps qui nous paraissait neuf, et aujourd'hui presque dépassé. Alors ce concert te réconcilie avec ton histoire : cet homme te fait toujours rêver, l'âge n'a pas de prise sur lui, son art te régénère.

 


Précédent : Le roi David

voir aussi : Stage de chant avec Maura Michalon-Lafare



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14 février 2009 6 14 /02 /février /2009 23:21

-Le roi David-


T'écoutes la radio et t'entends concert salle Pleyel, le roi David de Honegger. T'as un vieux vinyle, depuis combien de temps tu ne l'as pas entendu ? Faudra le chercher...N'empêche, tu te jettes sur internet, et tu prends la première place libre. T'es pas un fan de la musique « sacrée », même si tu aimes Bach et Messiaen. Pour toi, l'histoire des religions n'est qu'une accumulation d'intolérances, d'oppressions, de barbaries, de haines ancestrales, qui se ressourcent sans cesse. Non ! Mais ce disque est un des tout premiers que tu as acheté. Ce matin, en préparant ce sujet, tu en retrouves la date d'enregistrement : 1962.


C'est vrai que tu avais aimé cette œuvre, qui bien que complexe, était présentée comme un modèle de théâtre populaire. Le TNP était encore bien vivant, tu y allais cinq ou six fois par an par l'organisation du lycée. T'étais abonné à la guilde du disque. Tu lisais le catalogue avec passion, et dans les revues du son, tu glanais, les anecdotes sur les enregistrements, comme d'autres aujourd'hui pour le tournage d'un film. Ou simplement des évènements people.

L'arrivée du poste de radio à transistors avait poussé le vieux pick-up dans la chambre des garçons. Un meuble des années 53-54. Un jour tes parents étaient allés se promener, tu penses vers les puces à Clignancourt. Ils étaient revenus radieux ! « C'est une folie, mais vous verrez bien ! »  « Radiomonde ». La boutique existait encore il y a une quinzaine d'années, la dernière fois où tu y sois   passé. C'était un bahut, quatre portes et la partie centrale était constituée d'un poste de radio à lampes équipé d'un haut-parleur de 27 cm, alimenté par un transfo HF. Au-dessus, un abatant, quand tu le tirais, la platine tourne disque se dégageait. Du 78 tours au 33. C'était un superbe meuble de marquèterie. Il devait pousser un  ou deux  watts sans trop de distorsion, quatre à pleins tubes - c'est le cas de le dire-. Presque pas de graves, ou si faibles, un médium riche et des aigus qui se perdent. Pourtant c'est couché par terre, qu'on écoutait les retransmissions de l'Olympia ou de Bobino, à hauteur du HP. C'est grâce à lui qu'en rentrant de l'école ou du lycée, on écoutait « signé Furax », puis « Astérix » raconté par Goscinny.

Il y avait quatre gammes d'ondes, dont la FM. C'est là qu'au retour d'un salon sur la Haute Fidélité et du Son, tu finis par trouver pour la première fois France Musique, et  devins vite un accro de la « critique des musiques de disques » de Bernard Gavoty. C'était un bavard, mais il y avait une vraie chaleur, et pas de condescendance concernant les collections pas chères. Y figuraient en bonne place les productions de la « guilde ».


T'essaies de te rappeler l'histoire de David. Rien. Bien sur Goliath, mais le reste rien ! Tu te souviens juste des statues à Florence, la fronde qui ceint le torse d'un homme sur de sa beauté. Celle de Donatello est encore plus explicite, presque une provocation par le charme. Le pauvre Polnareff avait du s'exiler en en dévoilant bien moins sur lui. Mais c'était une affiche, pas une statue signée d'un maitre établi par les siècles.


Bon ! Faut que tu retrouves ce disque. Ta façon de ranger est parfois couteuse...


Ce disque...

T'avais bossé au tri postal pendant tes dernières vacances, et de temps en temps, tu commandais un disque. Pas de carnet de chèques (il fallait 21 ans), pas de carte bleue (ça n'existait pas), il fallait passer par ton père pour commander. Tu lui donnais le bon de commande, et l'enveloppe avec l'argent de l'achat. Le plus souvent il te la rendait, pas toujours le soir même, il en discutait avant, avec ta mère.

Alors, ce roi David, c'est un des dix ou vingt premiers disques que t'avais fait venir. Tu ressens encore cette émotion. Même peu puissante, la musique était envahissante. Tout le monde en profitait. C'était simple, prévu pour être interprété par des amateurs...


Voilà. Avec sa jolie couverture.


Avant de jouer le disque tu lis les poèmes de René Morax. Plus de quarante ans après tu te demandes ce que tu lis :


La guerre avec les Philistins. C'est qui les Philistins aujourd'hui ?

Saül tua ses milles et David ses dix milles. Le record est encore à battre ?

Les relations Jonathan David sont-elles si fraternelles ?

David voit au bain Bethsabée, la convoite, tue le mari !

Le frère a violé la sœur, et le frère a tué le frère. Dans le poème, il n'y a pas les noms, donc ça ne dénonce personne.

C'est Salomon fils adultérin qui hérite du royaume


Pire que Dallas.


T'écoutes pas ton disque, et tu te dis que ça va être dur ce soir à Pleyel. T'as payé ! Hein !

La salle n'est pas pleine, mais il y du monde qui s'installe. La première demi-heure est insipide. Ça commence à s'animer avec l'incantation de la pythonisse.  A partir des lamentations des femmes d'Israël au mont Guilboa, l'œuvre prend un vrai élan dramatique, l'alternance des chœurs, du récitant et  de la soprano transcende l'anecdote sordide en histoire universelle. L'émotion de la musique donne aux mots une autre valeur. J'ai tellement aimé, qu'en rentrant j'ai réécouté la fin de mon vieux disque. La qualité du récitant est essentielle pour enlever le pathos et redonner l'histoire crue que la musique révèle.  Ton disque a vieilli. Il gratte.


Ton émotion est intacte.


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9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 16:26

La statuette et les fleurs d'anniversaire.


Tu ne sais pas comment prendre cette journée. Tu ne sais pas qu'il va neiger. Tu ne sais pas que ta roue est crevée. T'as oublié le rendez-vous du soir, tu penses faire des courses de Noël. Et puis tout part de travers.

Deux semaines sans vélo. T'annonces : tant qu'il ne pleut pas je vais faire une heure de vélo. Tu te prépares. A la cave le pneu est à plat, tu cries qu'il y en a un qui t'en veut. T'avais réparé ta roue crevée pour ta dernière sortie, tu t'y es mal pris... Et zut ! Pas envie de faire ça maintenant.

Dans le courrier, la lettre qui t'énerve, tu vas encore manger deux plombes à répondre et pour quel résultat !

Quand tu relèves la tête, il neige. Tu penses : « Pas une belle neige » en regardant  les toits de ta fenêtre. Trop molle,  elle mouille. Tu sors juste pour le repas du midi, le froid humide te saisit de suite. Pas le temps de plaisanter avec les commerçants qui tirent le col de leur polaire et assurent la fixation des bâches autour de leur présentoir. Plus de commerçants que de clients.

Partout des pas pressés, des têtes baissées, on ne connaît plus personne.

Les enfants qui quittent l'école filent en courant, pas un cri. C'est pas une bonne neige, celle qui fait rêver dans une petite lumière d'hiver, qui brille brusquement quand le ciel se lève. Non, elle mouille juste dans le cou et te fait couler un frisson entre les épaules.


-         « On va faire les courses ? »

-          «  Pas tout de suite, t'as la liste ? Il faut qu'on rentre de bonne heure, on est invité ce soir, t'as pas oublié ? »

Bien sur que t'as oublié. Bon, ça peut attendre.

C'est là que tu prends l'appareil, tu extrais les photos de ce dimanche, et tu te ballades avec. Tu vises. Il y a les fleurs. Les anniversaires, c'est les fleurs ! Un ou deux flashes et tu regardes. Tiens pourquoi pas. Et puis la statuette là ! Valérie Fanchini, le sculpteur. J'ai mis le lien sur le blog. Comment la statuette dialogue-elle avec les fleurs ? Allongé sur l'étagère ce corps de femme ne voit que la plante et le ciel nuageux. Qui y fait encore attention ? Elle est là depuis si longtemps. Tu passes sans la voir. Ou sans te rendre compte que tu la regardes. La plante, elle te dit « de l'eau ! » Tu la regardes changer, faire ses pousses, fleurir, sécher. L'arrosage t'oblige à te concentrer sur elle. Mais la statue que lui dis-tu ?

Alors tu la déplaces et lui offre une représentation exceptionnelle de poses sous divers angles. Là, tu la vois mieux, tu sens que quelque chose peut passer. Il te manque le regard. Tu ne l'as pas choisie, elle s'est invitée chez toi, et depuis, tu n'as pas cherché à la comprendre, à établir le début d'un échange. Mais les yeux sont trop enfouis dans la matière, comment te sollicite-elle ?

Les bras croisés sur ce coussin de pierre, cette tête haute te regarde avec suffisance, elle n'a pas besoin de toi, elle ne te cherche pas, pourtant elle t'observe. Juge-t-elle ?

Tu l'as fait tourner et son premier profil te révèle la force de son appui. Tranquille mais en même temps musclée, sans tension, déterminée.

Le dos est relâché, l'épaule soutient la courbe du cou dans une inclinaison douce et accueillante. Ce dos qui ne se montre jamais révèle d'un coup  toute sa sensualité.


Quand tu regardes les photos sur le PC, tu vois d'abord la poussière, neige grisâtre des intérieurs...



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18 octobre 2008 6 18 /10 /octobre /2008 10:04

Autour du 104 - le Crachat.

Ce miroir parabolique qui te renvoit l'éclair du flash sur le mur aveugle du 104, c'est la contradiction de notre système, de notre monde. Ce mur n'est aveugle que d'un coté, il ne veut pas voir la réalité du monde. L'œil schizophrène ignore dans la foule béate de ce dimanche d'inauguration, le quartier abandonné qu'il a du traverser. Ils ne comprennent rien, ils ne voient rien, mais ils sont là, les camions de télé et leurs paraboles aussi. Comment peux-tu marcher un œil dans la lumière des flashes et l'autre à surveiller tes pas sur les trottoirs étroits de la rue Riquet, dans les crachats ?

Car la bouche du Métro Marx Dormoy en a craché des célébrités ou des gens simples comme moi venu découvrir le nouvel étalon du vide sidéral. A mettre au pavillon de Breteuil comme on disait avant pour le mètre étalon en platine iridié. (T'as vu, j'ai encore le niveau certif...).

La longue cohorte des curieux hésitait, regardait son plan, et s'engageait dans la rue Riquet. Enfin, heureusement qu'il y avait du monde, car la rue Riquet n'est pas des plus engageantes. Faut avoir besoin ! Quoi ! Mais en ce dimanche ensoleillé, poussé les uns par les autres, on parle fort et on y va, on avance. Dur de marcher à deux de front c'est tellement étroit et envahi de partout, c'est pas les Champs-zé. Même le dimanche, il y a encore des commerces ouverts, des rideaux gris cachent la tristesse des cafés et sous les stores noircis qui tombent en lambeaux de moisissure, quelques éventaires pour ceux qui ne peuvent aller au marché de l'Olive. Puis tout de suite le pont désert au dessus des rails menant gare de l'Est. Pour le touriste « venant de Paris », le risque n'est pas dans la promiscuité de ce quartier pauvre, même plus dans les crottes de chiens qui ont depuis longtemps été piétinées, mais dans le mollard, le crachat, qui colle aux semelles comme la misère...

La Chapelle est une enclave. Le quartier de la Chapelle entre les rails de la gare du Nord, ceux de la Gare de L'Est, coincé au Nord par le périph et au Sud par la ligne N° 2, est un désert vivant.  Mes enfants ont fait toutes leurs études en respectant les principes de la carte scolaire, mais ils étaient habitués : dès la maternelle rue de Torcy il y avait huit langues...Aujourd'hui la vie moderne y concentre beaucoup des  déshérités. Et ceux qui craignent fuient les écoles de la République pour les privées cathos...

La respiration du quartier se fait donc par la rue Riquet vers le 19eme, le quartier Curial et les Orgues de Flandre, et par la rue Ordener vers la mairie à Jules Joffrin. Pourquoi ce quartier est-il abandonné ? Là, je suis incompétent !  Je peux juste te dire mon émotion après plus de trente six ans que j'y suis, à voir s'y dégrader la vie, la rue, les espaces publics. Alors quand je visite ce 104, quand j'essaye de comprendre ce qu'il peut nous apporter, les bras m'en tombent comme quand je te décrivais la rénovation de la piste cyclable le long du canal de l'Ourcq. Il y a des images, celles que je photographie, qui se veulent belles et agréables, mais l'objectif ne saisit que ce que je lui montre. Autour du « Cent Quatre » la vie n'est pas faite de lumière et de poésie, mais du roulement des trains, de la lumière crue des projecteurs sur les zônes industrielles les entrepots, des pleurs et des cris sur les trottoirs devant les portes cochères  tard dans la nuit. De cette longue file silencieuse chaque matin devant le secours catholique...

Le canal de la Villette juste après les Orgues de Flandre, s'affiche comme une nouvelle base de loisir. Même des gros bateaux de plaisance viennent y prendre un anneau. Ils côtoient les péniches relookées en bar, salon de music ou atelier théâtre... Mais les entrepôts Pajol depuis 20 ans attendent qu'on leur trouve une destination. Chaque élection fait naitre un nouveau projet que l'élu avorte.

Le quartier devient sale. Pas seulement parce que la population y est plus dense qu'ailleurs, plus diversifiée mais parce qu'on l'abandonne. Il vaut mieux dix nettoyeuses de chewingum  autoportées  sur les Champs-zé qu'un balayeur sur la Chapelle. Le touriste est roi, le citoyen n'est que cloporte. Aucune chance d'une vie sociale, juste la rue brute. Faute d'y trouver de la vie tu craches sur ton mauvais sort. La rue est sale, la vie est sale, et ma tête ?


Le vieux Leo  chantait le « crachat » à la « Mutu » - j'étais jeune - « Je suis la conscience du monde !»

Autour du 104 et du canal de l'ourcq
Vidéo envoyée par albumrj

ballade aussi dans les mots du vieux Léo



Précédant : 104 unité de mesure du vide sidéral

Voir aussi: mon beau canal
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