24 mai 2010 1 24 /05 /mai /2010 21:50

Paris mon Paname

Paris n’a plus  d’âme

Paris barricades

Pour des promenades

Paris de bonne heure

Pour les promeneursParis champs élysée - jardins-08

Paris ses barrières

Nous tous en arrière

 

Paris plein soleil

Brandit l’appareil

Paris les photos

L’art cru du prolo

Paris s’émerveille

Sont toutes pareilles

Paris tes chapeaux

Sont trop rigolos

 

Paysans de Paris

Ils sont tous partis

Fallait le métro

place  aux autos

Les petits poulbots

Mangent au mac do

Faut qu’un gavroche

dise ça cloche

 

Si ce n’est les Verts

Qui fait Paris vert

plus  de natureParis champs élysée - jardins-17

qu’agriculture

voila des millions

d’communication

Pour la culture

C’est la rupture

 

Les vieux parigots

Ignorent les veaux

Laissent aux anglais

L’art du porcelet

Guident les enfants

Décrivent les plants

ouvrent leur herbier

de feuilles fanées

 

Rames d’ haricots

Moquées  des badauds

Qui leur préfèrent

plus étrangères

la tige ombragée

d’un pied de caféier

l’olivier robuste

dominant l’arbuste

 

 

Paris resplendit

Le monde est ravi

De l’agricole

Paris raffole

Manger respirer

Mais Comment oublier

Le sentiment   de peur

La ronde des tracteurs

 

Heureuse vigne

Que les gens clignent

Ignorant les choux

Y en a partout

Sucre moutarde

Paris bavarde

Houblons en fleur

Pour les brasseurs

 

Bord des terrasses

Paris s’entasse

Le long des  allées

La foule pressée

Du Paris champs-zé

Tout Ensoleillé

Rentre reposer

Ses pieds fatigués

 

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11 mai 2010 2 11 /05 /mai /2010 15:35

Taos Amrouche et  Maura Michalon Lafare

 

taos amrouche 4Ado t’as mesuré la distorsion d’une onde, les bruits de fond. Tu t’es vite rendu compte qu’aucun oscilloscope ne t’exprimait mieux la distorsion que ton oreille. C’en est un peu maladif, aujourd’hui on dit facilement pathologique. Mais t’as passé un temps fou à comparer ce que tu vois et ce que tu entends. Tu sais quand les premiers micro-ordinateurs sont apparus, (dans les années 1980-81), j’ai acheté un ZX81. Le soir dans notre chambre une petite télé portable affichait les résultats de petits programmes que je tapotais sur le clavier de l’UC posée sur mes genoux.  je développais des harmoniques en série de Fourier. J’enregistrais les fichiers sur mon magnétophone à cassette acquis pour immortaliser les premiers mots des enfants. Vers une heure ou  deux du matin une violente tornade secouait le lit : « y en a  marre de tes conneries ! » C’est vrai que le « scrouuiitt » des signaux numérisés s’entendait bien !

Comment ta petite femme s’est-elle fait recruter par une chorale de Gospels? Il faudrait la soumettre à la « Question » comme un vulgaire inquisiteur moyenâgeux ! En tous cas elle rentre de cette après midi là en réclamant ses vieux vinyles. Scander le rythme, sentir la voix qui sort des profondeurs de sa gorge, retrouver les émotions des musiques partagées, c’est ça le chant. Juste ou faux, si l’émotion, le ressenti sont là, tout est bon.

Bien sur la vieille chaîne stéréo trône sur le meuble du salon. Mais à l’heure du CD ( chez nous on n’est encore pas MP3), mettre en route la platine pour lire les disques vinyles, apparaît vite comme agaçant parce que « ça ne marche pas tout seul »…

Fais-moi des CD !

 Du vieux placard sortent plus d’une centaine de disques qui s’étalent sur le parquet. D’une décantation inversée remontent à la surface quelques vieux disques oubliés depuis trente ou quarante ans. Tu  débranches ta platine de ta chaine et tu la transportes sur ton imprimante/ scanner au-dessus de ton PC. Premiers essais de capture, du bruit de fond impossible. Du 50HZ comme si t’enregistrais le secteur. De ton  tiroir technique tu sorts un fil et tu relies les masses du PC et de la platine. La musique est là. Les grattements, craquements aussi. T’as une palette de filtres, pas géniaux. Tu prends le disque et tu l’emmènes dans ta cuisine, eau tiède, liquide vaisselle, rinçage à la douchette, coup de torchon énergique, on recommence ! C’est pas un miracle, le son est là. Trois ou quatre passages pour affiner devant les vumètres le bon poids de la cellule et de l’antiskating, et ça roule. Ton mini labo de conversion de tes vinyles en CD est prêt. Tu dépiles dans l’ordre où ils sont posés.

Celui-là, c’est le cinquième. Ne crois pas que le transfert soit une industrie automatisable et rentable. Non, t’es qu’un géomètre qui à chaque instant remesure, faif le point, reporte ses paramètres. Ton casque sur les oreilles tu écoutes ce qui se joue. T’as beau lire un bon polar, le moindre crachouillis te fait sursauter pire qu’un chasseur aux aguets. C’est un vieux Taos Amrouche des années 70. Là t’es surpris par le silence et la voix qui doucement s’insinue, le remplit sans le combler. Tu te rappelles le film de Besson, «le  cinquième élément », ou la chanson de « Laetitia » dans les « Aventuriers » avec le vieux Lino et Delon. Quand l’espace devient chant, quand le vide devient voix, quand tous les désespoirs se nouent dans les cordes vocales de l’artiste, ton estomac se creuse, ton cœur change de rythme, ton esprit  n’est qu’un son. Il n’y a pas que le cristal qui peut exploser quand la voix te prend, ton émotion aussi.

C’est pas moi qui vais te faire l’article pour Taos Amrouche, tu la connais surement mieux que moi. Mais en redécouvrant ces « chants de la meule », et les « chants du berceau », le chant n’est pas l’envoutement de la sirène, mais la lumière rassurante d’un phare, le doux murmure d’une voix proche dans ta première peur de l’obscurité. Toutes tes craintes s’estompent. Le dos se relâche…

Le problème de ces voix magiques, c’est le silence qui les accompagne, et les craquements et soupirs de la surface du vieux disque usé. Comment filtrer le bruit sans altérer l’authenticité de la voix ?

J’avais reçu de Maura un courriel pour son prochain stage de chant. Tous les renseignements sont sur « la page de Maura » de ce blog. Comment pouvais-je réunir ces deux émotions ? Celle de cette voix pure mais moins simple qu’il n’y paraît, et celle de Maura si enthousiaste dans la conduite de ces chorales ?

 La nuit.

Le  dernier concert  à l’espace Daviel débutait par « un noir » d’où montait  doucement la voix lumineuse de Maura. Dommage   la réverbération incorrigible de la salle. Dommage le piano-enclume. Même les petits bruits des enfants si présents auraient été un meilleur accompagnement.

Deux cultures, deux époques, deux voix, un même chant universel.

 

 

P.S :Dans le petit montage vidéo, la première partie chantée est « Berceuse de l’Oncle Mahmoud »

Quelques vers recopiés de la pochette du disque:

 

Qui voudrait m’accompagner au pays où se trouvent les âmes ?

 

Nous irions à leur recherche en nous mêlant aux oiseaux

 

Nous nous élèverions en plein ciel vers mes enfants bien-aimés.

 

( poème Kabyle de Fadhma Aith Mansour)

 

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28 avril 2010 3 28 /04 /avril /2010 15:48

Manège au cirque d’hiver ou 1er mai sur la place Rouge ?

 

tracteurs à paris le 27-04-10-23Quand tu entends que l’aristocratie agricole, les céréaliers de Beauce et de Brie vient faire son  carrousel de tracteurs à Paris, t’es sur le cul ! De combien a augmenté le pain dans les années 2007-2008 ? Tu sais plus ?  Pourtant c’était la meilleure saison des céréaliers…tous records battus !

Les hommes qui se prêtent à l’interview ont la même expression désespérée que tous ceux que tu avais vus auparavant : les « Contis », les «  Moulinex » et dans les années 80 les métallurgistes lorrains. « Qu’est-ce qu’on va devenir ? On a des traites, on  ne peut plus rembourser ! Vingt ans, (trente ans) qu’on travaille des cinquante heures et plus ! On n’a plus rien à perdre, on se battra jusqu’au désespoir ! »

Les mines, les tissages, les hauts fourneaux, bientôt les chaines de construction de  bagnoles, tout doit disparaître ! L’hydre financière prospère sur la dette. T’as travaillé dans une boite rachetée deux fois de suite en leasing. Les machines commercialisées étaient produites en France. Où est-elle la production maintenant ? Sur que s’il y avait des machines virtuelles accessibles par internet, il n’y aurait plus de production du tout ! T’es juste salarié que peux-tu faire ? T’adapter tant que tu peux au changement, ensuite la mise au rebut comme une vieille machine usée…


Les jeunes aujourd’hui, à peine sortis de leur école, d’abord un an de stage, puis on leur demande de se mettre en statut « auto-entrepreneur » pour pouvoir les employer. T’as un contrat de deux mille ou trois mille euro. Dans deux mois il faut trouver un autre contrat… Te voilà  seul actionnaire de ta petite entreprise, seul manager, seul producteur, seul commercial. Encore faudra que tu sois assez bon pour livrer ta commande… Tu te débrouilles seul pour bosser, l’URSSAF et les impôts.


Ah ! Les impôts ! C’est par la « menace » de devoir payer des impôts que l’hydre financière se branche. Par courrier, téléphone et maintenant emails, tu es sollicité. Ton banquier n’est pas le dernier ! « Ah bon ! Vous avez payé des impôts ? Comment vous y êtes vous pris ? Il faut investir dans les placements défiscalisés, les crédits d’impôts etc… » Tu l’envoies bouler. Plus tard, dans le journal, à la radio, tu  lis, entends,  ces gens  bien informés qui investissent dans du « Scellier » ou aux Antilles. Pas de locataires ! Les  mensualités de remboursements  remontent  par l’aspirateur métronomique de la banque. Les autres questions des journalistes :

 « Combien ça vous coûte par rapport aux impôts ? »

«  Trois fois plus… »

« Et en prime, vous n’en profitez pas ! 


T’imagines les comptables et autres banquiers, les belles phrases fleuries qu’ils ont étalées devant les exploitants agricoles quand la récolte était bien payée. La grosse multiplication par la croissance si tu réinvestis et empruntes.

Sauf qu’une économie durable ne peut se construire derrière les prix subventionnés et autres protections.


tracteurs à paris le 27-04-10-16Tu manges trois cent grammes de pain par semaine, deux steaks et tranches de jambon par mois. Mais des carottes, des choux, des poireaux et autres légumes plusieurs tous les jours. Sur que le poireau à 3 € le kg, tu trouves exagéré, mais t’as pas le choix. Ce qui t ‘étonne c’est que des petits pois ou des haricots cultivés en France, t’en trouves pas au marché. L’an dernier t’étais à Paris tout l’été : que des haricots du Maroc ou du Kenya ! Gamin,  t’as cueillis des haricots verts  tous les étés pendant une dizaine d’années, tu sais comme ça produit, que c’est pas compliqué à garder. Mais voilà « on » n’en produit plus…


Ce ballet de mastodontes mécaniques entre la Bastille et République te renvoie à cette contradiction : Ils produisent des céréales en excédent, donc les prix baissent, et ce qui nous est indispensable pour vivre, pour se nourrir: les légumes basiques, les fruits simples, il faut les faire venir de deux ou dix mille kilomètres, et c’est hors de prix.


Comme tu évalues la consommation des engins pour cette journée, tu avises des spectateurs souriants agitant des drapeaux  blancs et bleus d’un syndicat agricole.

« Bonjour, ça consomme beaucoup un tracteur comme ça ? »

«  Ça dépend, autour de 15 / 20 litres à l’heure. »

« Mais, c’est du gazole détaxé ? »

« Non ! C’est du gazole normal à zéro cinquante le litre. »


Tu viens de faire le plein à un euro vingt ; tu réalises qu’il y a un autre monde, une autre réalité.


La détresse est réelle, des petits exploitants mise en avant. Quand la presse a publié que la Reine d’Angleterre  est une des premières bénéficiaires de la PAC, t’as compris que pour les petites exploitations, il ne devait pas rester grand chose.


T’es impressionné par l’organisation. Devant le cirque tu te rappelles les ballets de chevaux de la Piste aux Etoiles, la révérence du percheron gris sous la caresse de  la voltigeuse, avant de disparaître derrière le rideau. Pas de fanfare, de sono (tout a été dit à la télé), seulement le grondement sourd des moteurs. Quant à  l’alignement impeccable  des engins tu l’as ressenti comme la répétition d’un défilé du 1er mai sur la place Rouge ?

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14 avril 2010 3 14 /04 /avril /2010 08:00

Dompter le jet c'est comme dompter un cheval. la nature en moins!

 

ste maxime rodéo sur mer-19C’est ton dernier jour de vacances dans la région. T’as loué un gîte, mais il faut partir de bonheur. Tu te retrouves à Ste Maxime où tu avais envie de refaire des photos, le premier jour le temps était mauvais, t’avais déjà oublié la course de dériveurs qui s’était déroulée dans la baie de st Tropez. D’ailleurs en dehors de quelques initiés, c’était le calme plat !  Ce n’est jamais simple de stationner dans ces villes touristiques, mais là, une place se libère devant une pizzéria, tout bon !

Quand t’ouvres la portière, ta radio s’arrête et tu laisses entrer le bruit d’alentour, fait de jacassements de haut-parleurs et de hennissements mécaniques. La mer est à moins de cinquante mètres, mais tu ne la voies pas, tu ne l’entends pas, et ton pif renifle les gaz de bagnoles. Tu entends quand même « reprise à treize heures trente pour les juniors. »

T’es séparé de la mer par un village de toiles et des manèges. Derrière les écuries mécaniques. Pas de paille ni de foin, des monstres à ventre plat aux couleurs « flashies » ou simplement d’un noir angoissant. Le guidon te fait penser à une innocente trottinette. Mais le brillant des laques révèle la mécanique lustrée, le scooter des mers, l’abominable parasite des mers issu  d’un croisement du gaspillage d’énergie et du redoutable ennui des trop friqués.

Quand tu faisais du vélo autour de Longchamp, ta conversation avec tes voisins de peloton, revenait régulièrement sur les chevaux. Les longs vans qui les apportaient nous barraient la route régulièrement et quelque fois si brutalement qu’il y avait des chutes. Un panneau indiquait « piste cyclable interdite les jours de course » que personne ne voulait lire. La colère contre les bourrins fusait d’un coup. Puis ensuite, le mauvais fric etc…Pourtant quand tu repliais le vélo dans ton coffre de voiture, le départ de la première course te faisait tourner la tête et le passage rapide du galop, t’imprégnait du bruit des sabots et des respirations puissantes. L’image des muscles sculptés par l’effort te saisissait.

La course des juniors ne mettait pas en jeu des muscles puissants. Quelques épaules juste dessinées ne semblaient pas tenir si vigoureusement le guidon que tu l’estimes nécessaire. Des accélérations bien vigoureuses en ont déporté plus d’un loin des bouées du parcours. Les ralentissements brusques dans les remous générés en ont fait plonger pas mal aussi. Les jets de sécurités accourent, drapeau jaune à la main. Le naufragé de l’instant repart avec un demi-tour de retard.

Même s’il y avait un vrai vent ce jour là, la mer était plus agitée par les courses que par son souffle. Tu restes là un bon moment. Dans quelques heures retour à Paris, alors tu te laisses aller à photographier les jeux de couleurs, la rage de la course, les éclaboussures lancées au ciel. Le fond du décor, Ste Maxime. On y reviendra.

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25 mars 2010 4 25 /03 /mars /2010 16:25

T’as déjà pris des cours de théâtre ?

 

facom platOui, t’as  pris divers cours de théâtre. T’y croyais un peu. Fallait que tu te changes de décor. Te confronter à d’autres personnes, à d’autres références, à d’autres points de vue. T’as testé quatre ou cinq profs, pas forcément des comédiens qui jouent. Pourquoi tu tombes sur une assos, un groupe qui se constitue ? Tu ne sais pas. Tu sais juste que tu cherchais. Ce jour là tu te rends à  la mairie pour un pb de carte d’identité, tu ramasses deux prospectus; le soir tu téléphones puis tu passes voir. T’as découvert des quartiers où tu ne serais jamais passé. Une petite rue derrière la place des Abbesses, un hangar, sorte de vieux garage désaffecté, à Saint-Ouen,  une demi-cave entre squat et ruines dans le XX ème,  une maison d’artiste à saint Denis : appartement à l’étage et grande pièce en rez de chaussée devant une baie vitrée occultée. Même une fois un vrai Théâtre, dans le XVIII ème…

Les premières rencontres sont curieuses. Là, jusqu’à trente personnes se pressent et peuvent à peine entrer. Ailleurs deux ou trois assis sur des chaises éloignées attendent l’arrivée du « maitre » en se demandant chacun ce que l’autre peut espérer là.

La présentation du « prof » est toujours un moment. Qu’est-ce qu’il nous raconte ? C’est quoi ces exercices structuraux ? Il parle de Raymond Queneau, de Yoga,  de Stanislavski, et d’une technique de travail des émotions.

Certains sont profs pour la première fois ! Comment se sont-ils déclarés compétents ? Pourquoi décident-ils de faire ce travail ? T’as eu l’impression que parfois, c’était par opportunité, le bon filon, trop de mecs pas bien dans leur tête qui veulent s’aérer. T’as aussi croisé un esthète, qui écrit sa pièce depuis des années, qui ne peut plus jouer tant qu’il n’aura pas fini, mais qui a un projet pédagogique: c’est d’ailleurs le moteur de la pièce, chaque objet est une création, chaque geste est une création, une histoire se nourrit de gestes, d’objets, de leur présence normale, décalée, répétée, de la capacité de l’acteur à les suggérer, les faire vivre.


Depuis dix jours je joue deux rôles, le tournevis et le rouleau de peinture. La mémoire c’est le mur ou le plafond, des rôles alternatifs, pourtant très proches. L’affrontement entre l’action du tournevis et du rouleau à peindre  et la mémoire des murs et du plafond est déclenché par un événement brutal. Le printemps ne trouve plus sa place dans la pièce, pourtant on n’est qu’au premier acte. Le voilà occulté par des rideaux ombrageux. Tu sais comme sont cabotins les rideaux de théâtre, comme ils se tirent les ficèles en révérence quand résonnent les trois coups. Là, quand la rampe solaire fit jaillir son arc de lumière blanche, le lever de rideau projeta un sombre nuage de poussière. Une tempête de particules qui décomposa la lumière, lui fit rater son entrée en scène par la fenêtre.


Ce combat inexorable du temps aurait pu simplement se circonscrire, par une action plus sage sur les cordes lisses qui cheminent sous les cintres, ou l’apport d’autres subterfuges de mise en scène comme l’action de l’aspirateur. Mais l’auteur est formel, l’arrivée du printemps doit se faire dans un éclat de lumière cristalline traversant le vitrage de la fenêtre. Le metteur en scène décide que les rideaux sont trop vieux, trop lourds, qu’ils emprisonnent l’espace et empêchent le soleil de réchauffer les spectateurs. Ils sont remerciés, priés de passer par  la compta en profits et pertes : place aux jeunes, hauts en couleurs, à la vire-volte gracieuse et lègère.

En attendant l’arrivée des remplaçants l’action dramatique doit se poursuivre. Le tournevis entre en scène. Il en a vu d’autres. Ça n’est pas sa première pièce, et les divers directeurs de ce théâtre domestique  ne l’ont jamais complètement remplacé. C’est un vieux « Facom » de 1959, au manche jaune à la longue lame qui se termine en plat. Ses premiers rôles il les a tenus dans le démontage des moteurs triphasés, l’action tournait rapidement au rythme des oppositions de phase entre stator et rotor. Deux acteurs dont le manège magnétique les attirait puis les repoussait. Ce vieux « Facom » ne s’est jamais émoussé, l’âme est tranchante et droite. Son corps ferme et souple est trempé au vanadium. Il a fait tourner plus d’une tête de vis. A l’endroit à l’envers, des têtes plates ou des rondes ! Sa pointe acérée tenait serrée sa place entre leurs hémisphères.

Mais les rôles de tournevis plats ont presque disparus dans la remise en cause de la société en mai 68. Le vieux tournevis a du jouer  à contre-emploi les agitateurs de peinture et parfois même de pied de biche. Il a accepté cette remise en cause, il n’avait d’ailleurs pas à rougir de ses prestations comparées à la nouvelle vague des tournevis cruciformes, des pozidrive, des étoilés et autres  torx.

Avec l’arrivée de l’électronique moderne, le travail d’acteur du tournevis a évolué. Moins forts, moins plats, plus fins plus travaillés de la pointe. Ils devinrent d’ailleurs méconnaissables, et se trompaient de rôle. Bien que nombreux et pour d'avantage d’actions, rarement à leur place, ils se prenaient les uns pour les autres. On sait que le théâtre domestique n’a aucune pudeur à mettre en scène des actions dramatiques,  le massacre des têtes de vis pozidrive par un tournevis Phillips inadapté a brisé bien des ménages. Robots ménagers, sèche-cheveux, électrophones ont perdu leur place au théâtre de la vie, le corps brisé par les attaques cruelles de tournevis tournant fous.


L’action du vieux tournevis est efficace et rapide, il libère les cintres des rails et autres barres. Le plafond est libre, l’acte II peut commencer. Parce que la lumière du printemps doit tomber du plafond et qu’un plafond gris ternit l’action du soleil, la lumière meurt où il faut qu’elle vive. Le rouleau à peindre se présente donc. Il a besoin d’espace, il lui faut prendre un peu de hauteur. C’est un rôle qui doit se renouveler à chaque mise en scène. L’action tire un peu en longueur ; elle doit rester dynamique pour ne pas manquer son effet, mais sans brusquerie pour éviter d’exploser le décor. Le rouleau entre deux monologues replonge  en coulisses, il revient  dans un balancement métronomique accomplir sa tache blanche.  L’ombre du soir sert de tomber de rideau, chacun rejoint sa loge, caisse à outil ou bac. Tournevis et rouleau laqueur se congratulent un instant, c’était une bonne pièce, on l’a bien jouée.


C’est mal connaître l’auteur. Le temps qui vieillit tout n’est jamais en peine d’un ressort dramatique qui déstabilise le spectateur. Quand il croit l’action terminée avec cette accolade des acteurs au sortir de la scène, un éclair jaillit qui fait sursauter sa conscience endormie. L’orage installe sont décor en fond de scène, la vitre est fouettée par l’averse, la fenêtre bombe ses vantaux et tranquillement une petite source jaillit qui éclabousse les pieds des premiers spectateurs.

 Le tournevis et le rouleau reviennent en courant, regardent la flaque s’agrandir, se retournent vers le metteur en scène,  protestent que la pièce est finie, qu’ils ont tenu leur rôle et qu’aucune didascalie ne prévoit de l’eau d’infiltration ; Si la pièce change, alors il faudra trouver de nouveaux acteurs. A eux  de se mettre sur la brèche !



 

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17 mars 2010 3 17 /03 /mars /2010 17:39

Du Technicentre à l’auto-entrepreneur.

tehnicentre canal ourcq 2010 03 15 1411T’es abonné à « Et voilà le travail », association culturelle de Pantin qui te permet de visiter des entreprises. Tu aimes plonger dans les souvenirs vivants ou passés des ambiances d’usines. Rechercher les traces du travail solidaire, du travail qui donne du sens à l’individu. Opportunité de visiter le « Technicentre est Européen », là où se fait la maintenance des TGV qui circulent à partir de la Gare de l’Est, et de quelques « Corail ». Tu connais bien le coin. Tu y es passé des centaines de fois sur ton VTT en suivant la piste du canal de l’Ourcq. C’est entre Pantin et Bobigny. T’avais « surveillé » les travaux de dimanche en dimanche (à l’époque tu bossais »). D’abord la destruction d’anciens bâtiments des ateliers de l’Ourcq, l’arrachage des vieux rails. Il y avait encore des  wagons rouillés qui servaient de vestiaires, de locaux divers. Des deuxièmes classes "déclassés" verts pouilleux.  Puis ce fut le nivellement en même temps que le béton arraché était concassé et allait servir de  remblais. Ensuite d’immenses poutres métalliques ont été agencées. Tu voyais que c’était du lourd. Enfin les murs occultèrent ton champ de vision.

Plus d’un an avant que le bâtiment affiche son titre « Technicentre ». L’année dernière ils ont fait un parking devant la grille d’entrée qui dévie la piste cyclable.

Sur qu’il y a du y avoir un docu à la télé, mais t’es pas trop télé, surtout docu. T’avais rencontré un type (lire : « les entrepôts du canal de l'Ourcq ») qui avait déjà visité et vu l’atelier où une rame TGV est soulevée d’un seul tenant pour permettre les gros travaux tels que l’échange d’un bogie. Quand tu reçois ta convocation, tu vibres, tu renifles déjà la vieille odeur de cambouis. Ce lundi devant la grille secondaire nous ne sommes pas une dizaine. Un seul ancien mécano SNCF, la moitié de jeunes femmes et hommes qui prendront des notes sur l’organisation logistique, questionneront sur des trucs auxquels tu n’aurais pas pensé, tel le sable soufflé devant les roues pour le freinage.

Première déception, photos interdites : pas d’image d’un train suspendu.

Deuxième déception : la stagiaire assistante communication, ne connaît du « Technicentre » que ce qui est écrit dans sa double page. Les trois cents hectares du site, les 600 hommes employés en trois huit. Le rythme des visites : des quotidiennes une heure, aux grandes révisions tous les x millions de km. Aucune anecdote croustillante te racontant le train  cabossé, arrivé là on ne sait comment et reparti quelques jours après sur l’aventure des rails. Pas de légende d’ouvriers héroïques qui te démontent les essieux clés d’une main, pied bloquant un frein imaginaire, la casquette noire essuyant la  graisse coulant du bogie blessé, le mouchoir à carreaux sur le nez. Tout est clean comme un labo d’électronique…

Troisième déception : aujourd’hui c’est lundi, c’est jour de pointe pour le trafic TGV, les hangars sont presque vides.


On entre quand même. Début par la logistique. Le petit papier de notre assistante devait être bien écrit, c’est là quelle nous donnera le plus de détails: sur le robot de stockage des pièces de rechange, commandé par un ordinateur. Plus de dix mètres de haut et partout des affiches «  ne pas toucher la sécurité d’urgence sous peine de panne ». Ouf ! Retour dans le réel, le mode panne » est encore un état fréquent des automates…

Nous visitons les deux hangars, le « six voies » avec les ponts pour les visites quotidiennes ou simples.  Une équipe de techniciens est dans la fosse, peu de graisse, beaucoup de bancs de tests électroniques. Ici ou là une tôle est dévissée, la lumière d’une baladeuse furette les cavités. Enfin le petit atelier ou l’on refait les patins des pantographes : cuivre et carbone.  Le « trois voies » avec les pylônes équipés de vérins pour hisser la rame. Mais tout est vide…

tehnicentre canal ourcq 2010 03 15 1422

Moins d’une heure, on est déjà dehors, trois photos des espaces techniques. Quelques paroles rassurantes : tous les techniciens sont formés ici. Ils appartiennent à la SNCF. Ils ont sur le site les locaux  habituels avec le CE, le restaurant et la médecine du travail.


Cinq kilomètres tranquilles à pied pour rentrer chez toi. Il fait beau soleil le long du canal, c’est agréable. C’est lundi, bientôt midi, devant la BNP installée aux Grands Moulins de Pantin des joggers s’élancent, le lycée éparpille sa jeunesse, t’appelles ton fils pour prendre des nouvelles. Oui, il a bossé tout le week-end. Encore « une livraison importante !» -« ça a marché ? – oui ça tourne ! Il y a toujours un truc qui pète, mais c’était rien ! Ça roule. – tu récupères tes week-end ? – Papa, depuis les trente-cinq heures, tu sais bien qu’il n’y a plus d’horaire, plus de récupération, juste les RTT à condition que tu sois joignable. Un seul critère, tes objectifs ! »

Tu repenses au bouquin de Françoise Aubenas. Même les « techniciens de surface » ils sont à "l’objectif", indépendamment du temps nécessaire, pire que le salaire aux pièces des années soixante. Jamais dire « non », accepter toutes les contraintes. Dans le journal tu lis encore des articles sur les suicides à France Télécom. Une entreprise traditionnelle, ça produit encore de l’écho… Mais de tous ceux dont Aubenas dit qu’ils ne reviennent pas, qu’on n’a plus jamais de nouvelles, qui s’enquiert de ce qu’ils sont devenus? Si eux aussi dans leur misère et leur solitude ne se sont pas suicidés ?

Ton fils a encore du po. Une grande boite. Ça a été dur d’y entrer. Maintenant il subit les contraintes qui parfois lui pourrissent la vie, avec résignation : pas le choix. Mais il a encore des moments de satisfactions. Comment vont s’en sortir les jeunes à qui maintenant, pour deux mois de boulot, on demande un statut d’auto-entrepreneur ? Même pas un CDD, ni intérim ! Tu vas sur le site des auto-entrepreneurs, tu vois que la protection sociale est encore plus fragile. Deux chapitres sur la retraite, les impôts. Mais rien sur le chômage (ou je n'ai pas trouvé), les congés payés, les mutuelles de santé… A la radio à midi un reportage sur les auto-entrepreneurs dans la restauration : métier  « faire la plonge ». Comme ça le patron du restau n’est pas responsable si l’auto entrepreneur utilise un personnel sans papier ! Fallait le trouver ça ! Hein !

Avec ce truc là, bientôt plus de chômeurs, que des auto-entrepreneurs en rupture de charge et qui abandonnent…

Finalement cette visite « aseptisé » du Technicentre t’a rendu évidente cette dichotomie entre les métiers « protégés » avec des statuts ad-hoc, et les vrais prolétaires aux deux extrêmes de la chaine : les précaires de chez précaires où trouver du travail se fait au jour le jour, et les pressurisés en col blanc qui n’ont plus le temps de vivre.

Plus de force, de révolte, plus de vote !

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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 15:37

Le village entre soleil et pluie? Tu préfères le soleil !

 

17 lac de la punte Labastide VillefrancheUne semaine que t’es rentré. Bouffé par des contraintes administratives et d’autres rendez-vous. Le blog s’en ressent. T’avais même ramené le petit journal du canton. Pas eu le temps de bien le lire. T’as juste pointé cette histoire abracadabrantesque de vouloir faire des fouilles autour des lacs. Entre la vase et les rejets de la station d’épuration t’imagines les fossiles qu’ils vont trouver. Dans un village ou tout ce qui vit est en sursit d’être écharpé par un camion pressé ou un engin bien large, il vaut mieux gaspiller la tune collectée par les impôts à déterrer les os vieux de 2000 ans, que de rendre le village pratique aux vivants.

Pourtant ce petit village est agréable, dès que tu VTTistes ou que tu marches, le paysage se renouvelle toujours : montagnes au loin parfois visibles, végétation qui se colorie avec le soleil ou s’assombrit avec la pluie.

C’était les vacances scolaires. T’avais pas choisi vraiment, juste profiter d’un trou dans l’agenda pour faire un petit saut. T’es surpris par le peu d’enfants que tu vois. C’est vrai qu’il n’y a pas d’espace pour des activités sportives. Pas de  terrain de foot, ni de rugby. Les tennis de Château Bijou n’ont été utilisés que par quelques rares résidents, ils sont à l’abandon. Seul le fronton tient un peu. Trois quatre gosses quand l’aire de jeu n’est pas transformée en parking, tapent quelques balles jusqu’à ce qu’une frappe manquée fasse disparaître la pelote dans les hautes herbes qui descendent au lac ou entre les planches pourries de la vieille bascule. De longues minutes de fouille, et l’abandon de lassitude. Pas vraiment d’espace pour les mômes.19 Labastide Villefranche - ses trotoirs chaotiques

Quand tu fais le tour du lac, des hommes sont là, descendus de voiture, parfois le moteur tourne, ils te regardent sans vraiment te voir. Tu dis « bonjour », la conversation s’arrête, l’un rappelle le chien qui se jetait vers toi, le regard se détourne. Tu renouvelles le « bonjour ». Tu entends « on y va », et les voitures repartent… Ce tour, tu le fais dix fois par an, pas nombreux ceux qui disent bonjour…

L’hiver le village est triste. Les maisons inhabitées aux volets fermées transforment les rues en corridors offerts à la boulimie de bitume des camions desservant les carrières. Le fracas des bennes projetées par les chaos de la rue défoncée sonne  l’alerte ! L’homme solitaire doit prendre mille précautions pour aller cherche son pain ; surtout s’il marche difficilement ou n’entend pas bien !

Nul doute que de fouiller la vase des lacs redonnera vie en envie au lieu. On y retrouvera peut-être un vieux pavement gallo-romain pour refaire les trottoirs, ou l’enregistrement d’une conversation d’il y a  quelques siècles quand les hommes se disaient « bonjour »…

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5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 12:54

Prendre les vagues à Biarritz.

 

prendre les vagues à Biarritz-14


correction du 6 mars 2010, erreur sur le lien qui ne renvoyait pas de la photo vers l'Album.

maintenant la photo te renvoit sur l'abum des vagues de Biarritz.



Quelques jours de vacances en cette fin d’hiver. Le village où tu as ton gîte est souvent triste dans le temps gris . Surtout en cette période de vacances scolaires. Personne dans les rues. Elles sont abandonnées aux camions fous. Dans ton quartier à Paris, le seul moyen de freiner la course des j-m-en-foustistes de la route a été le sacrifice d’un enfant qui sortait de l’école. Rien n’avait pu ralentir la vitesse des voitures, aucune pétition, aucune action des parents d’élève. Mais la mort de ce gosse a provoqué un sursaut des autorités qui ont installé feux rouges et passages protégés. Tout porte à craindre que dans le village, pour faire respecter la limitation à trente que le panneau de signalisation impose - en principe - devant l’école, il faudra ici aussi une victime. Les volets de la maison ont déjà été arrachés par des engins pressés. Les chaos de la route ont envoyé le haut des remorques  arracher le crépi au raz du toit. C’est pas le Dakar, mais il finira par passer là, tellement la « grand rue » est si pleine d’embuches qu’aucun « road book » ne pourra les lister.

Donc ce matin là tu files à Biarritz, presque te mettre à l’abri. Dans le journal t’avais vu qu’il y avait des vents prévus, jusqu’à 80 km/h. Tu pensais faire des photos de vagues jouant avec les rochers. C’était  trois jour avant la tempête Xynthia. Les vagues pour toi, n’étaient que fascination. La télé t’en montre la désolation. Puis quatre jours plus tard, les travaux de reconstitution des plages. Car la magie des vagues, le plaisir de la mer, le besoin vital de vacances, feront mettre les images du drame dans un petit coin de ta mémoire. Juste pour l’adrénaline quand le rouleau te fera plonger.

Ce jour là à Biarritz, mer creusée et vent de terre mènent le bal. La danse patiente ou explosive des surfeurs vaut par l’agitation de l’océan où ils se débattent, et ce brouillard d’écume que le vent pousse derrière les vagues. T’as déjà vu çà cent fois ? Bien sur ! Je ne suis pas sur d’avoir fait bien plus de cent visites à la mer dans toute ma vie, aussi je reçois le spectacle comme il m’est donné. Avec bonheur.

 

 

 

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27 février 2010 6 27 /02 /février /2010 15:09

Le vol de l'oiseau dans les vents de Biarritz.

 

oiseau moqueur dans le vent de biarritz-19T’as retrouvé le plaisir du VTT dans les chemins boueux le long des berges de la Bidouze. C’est le seul endroit où il y a un peu de vie. Les maisons closes du village l’enferment plus que naguère  les fortifs de Paris. C’était presque un terrain de jeu, aujourd’hui on dirait un terrain d’aventure. Les voisins à qui ta femme avait annoncé notre passage, avaient fait du feu, mis des œufs et de la piperade au milieu de la table dans la cuisine. Tradition de l’accueil. Pourtant huit jours après tu ne les auras pas vus. Juste entendus un peu le soir tard de retour des soins de leurs élevages.

Des ouvriers s’activent dans les rues, en haut d’un toit, mais les vacances scolaires ont fait taire l’école. Un homme plutôt âgé emmitouflé dans son cabas, la caquette serrée sur la tête, passe devant ta porte, petit signe de la pointe du menton, il essaye de suivre le chien qui l’entraine de ses pas raccourcis par le temps.

oiseau moqueur dans le vent de biarritz-02T’annonces, demain on bouge, j’irai bien à Biarritz. Ce n’est pas la ville qui t’attire, seulement son décor mis en scène par l’océan. Surtout de la pointe St Martin à la plage des Basques, le golfe de Biscaye renouvelle ses effets de vagues, ses couleurs. Ce n’est pas concours de plage, il fait frais, même si je vent du sud est particulièrement chaud. Les rouleaux de la marée montante affutent les surfeurs. La force du vent de terre installe un plumet d’écume derrière chaque vague qui déferle. Les rochers, tu es passé dix fois devant, ils te fascinent toujours par leur apparente mobilité, ils s’habillent d’écume moussante, disparaissent dans les profondeurs d’un rouleau, ressurgissent mastiquant la mer comme une mâchoire de crocodile.

C’est là que l’oiseau te prend. Saisissant l’énorme bourrasque à pleines rémiges, il danse comme un cerf-volant devant toi. Il n’était pas sur que c’était toi qu’il voulait séduire. Il plonge, vire, remonte, maintenant il sait. Les enfants retenus par le garde corps, agitent les bras sans pouvoir le saisir. Le vent les fait crier, ils ne s’entendent pas. L’oiseau sait, silencieux il se laisse porter devant toi. Il reconnaît le trou noir de l’objectif, accepte que tu captures son image, son vol est libre et pour lui seul. Il n’a rien à chasser dans ces rochers, les croutons de pain rassis ne l’intéressent  pas ; son œil plonge  dans la vague. Le vent si chaud le rend fou de caresses, le cou tendu les ailes déployées, il joue. Il joue des courants, il joue des grondements de l’eau dans les pierres caverneuses, il joue des piaillements agités des enfants, il joue de ton regard prisonnier du viseur, il se moque de tes efforts à rester immobile et crispé, lui si fluide et détendu.

Quand il pense t’avoir rassasié, il plonge vers les projecteurs du rocher de la vierge, se moque de leur aveuglement, refait un tour puis choisit sa place sur l’arrête du rocher. Trois battements d’ailes : quand il les plie contre son corps, il est déjà posé, immobile. Il tourne la tête, te regarde longuement, puis coupe le lien qui trois minutes, nous a fait vibrer ensemble.

 

Quand tu retrouves les enfants du centre aéré, ils te demandent si tu l’as eu ? Tu montres les images au dos de l’appareil : « on n’y voit rien ! »

A toi de voir…

 

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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 17:24

Il tourne le moulin de Bergouey.

 

07 Moulin de Bergouey - le pont sur la BidouzePlus de trente ans que tu te promènes dans le coin. Le pont de Viellenave sur la Bidouze et le vieux moulin de Bergouey, t’ont vu passer en bagnole, à pied, en vélo plusieurs fois chaque année. Tu regardais les dégradations du pont provoquées par les engins agricoles, l’eau souvent marron, parfois mousseuse, quelque fois transparente.

En 2001 et 2007 tu étais passé là au moment de deux supers crues. Chaque fois tu te demandais comment le moulin tenait.

Depuis près de huit ans, un nouveau passionné retape le moulin. Le 01/092009, un voisin qui connaît ma fascination pour le lieu, ouvre la porte et me crie : « viens vite, il va moudre du grain au moulin de Bergouey. »

Depuis le temps que t’en rêvais. Ce jour là, c’est la vraie première. L’homme affairé aux manœuvres laisse entrer voisins et connaissances. Appareils photos, caméscope, tu t’insinues dans les espaces, grimpes les quatre marches et sans qu’on se soit dit bonjour, ni même présenté, l’événement réunit autour de lui et de sa passion les six invités dans son secret.

Plus de sept ans de travail pour remonter la ruine et remettre en route la meule. Tout y est fait pour te dépayser. Pas seulement tous les accessoires de meunerie réunis là pour transmettre l’histoire. Mail la lumière qui monte des reflets de la Bidouze, le bruit sourd des machineries, l’eau sous tes pieds, les grandes pièces ouvertes sur les perspectives liquides. Il va en faire un gîte.

J’ai dormi une fois dans un moulin sur le Tarn. T’as pas besoin de télé…

 

Quelques photos. Bien sur les personnes présentes n’y sont pas, je les leurs réserves.

Quelques images vidéo, dont certaines de la crue de 2001 avant la réhabilitation du moulin.

 


moulin bergouey
envoyé par albumrj

Si tu aimes le coin, sur ce blog, tu trouveras une dizaine de sujets qui traitent du Pont de Viellenave, de la Bidouze, de Bergouey.







la Bidouze en 2001

 

 

 

Voir aussi le site des amis des moulins du Béarn et du Pays Basque : www.ardatzaarroudet.asso.fr

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