3 juillet 2010 6 03 /07 /juillet /2010 08:25

Le plaisir d’un projet fini.

Tu voulais parcourir chaque centimètre du cours de la Bidouze.

 la source de la bidouze-13

Quelle idée ? Hein ? Pas d’aventure. Une rivière asséchée par  les arrosages  des maïs et des kiwis, une rivière bordant les élevages de porcs, une rivière où tu ne pêcherais pas ! bon, c’est vrai les industries agricoles ou d’élevage sont pas trop copains avec les rivières, mais avec la mer non plus, les images ce matin à la télé sur les algues vertes à Douarnenez, ravivent ta tristesse et ton indignation de ce sabotage de la nature par les nitrates…

 

Pour la Bidouze tu passes outre. Qu’est-ce qui a changé dans ta tête pour que tout d’un coup cette petite rivière ait autant d’importance ? La nostalgie, le regret de n’avoir pas suivi la rivière en bas de chez toi, plutôt celle du village de tes parents ? C’était l’Ognon ou le Rognon ? Non l’Ognon passe à Lure, donc à ton village, c’était le Rognon. Tu y as pêché. T’étais pas très adroit, ton grand-père prenait deux truites avant que t’aies fini de démêler ton fil. C’est là avec ton chariot que tu venais creuser le sable du fond du lit pour les petites réparations de la vieille maison ou du poulailler. T’étais trop occupé, t’avais trop à faire, et ça n’a pas diminué avec ton travail et tes enfants. T’as pas eu la curiosité, la latence de découvrir les petits lieux minuscules de ton chez toi. Tu faisais ce qu’il y avait à faire, de temps en temps le vélo c’était la fuite, et pour te nettoyer la tête, il fallait pédaler vite et le plus loin possible. Tu ne regardais rien, simplement l’impression que le décor était là, que t’avais du temps, que tu le reverrais après. Alors, le Rognon, quelle importance ? Sur deux petits kilomètres tu le suivais sur le chemin de la Fontaine de l’Athée. Et puis tu ne serais jamais parti à vélo avec ton appareil photo. Un jour que tu promènes tes enfants, tu te rends compte que rien n’est comme avant. Ton souvenir te ramène des images défraichies, les travaux de captage ont modifié le paysage, l’exploitation des bois de la colline au-dessus a nécessité des chemins d’exploitation. Les tronçonneuses et des tracteurs monopolisent l’espace sonore, autant qu’ils retournent les chemins pour le dernier passage de la « coupe blanche ». T’es perdu. Comment peux-tu expliquer à tes enfants que ce chaos c’est chez toi, là où tu t’es promené petit ?

 

La Bidouze c’est devenu ton terrain où tu rattrapes ce que tu as perdu ailleurs. Ce coin ne sera jamais chez toi, mais tu veux t’imprégner de chaque lieu, les identifier. Bien sur la carte t’aide, à te repérer, pas à connaître. Encore moins à comprendre…C’est un ailleurs que tu défriches mot à mot, méandre par méandre. La rivière ne coule même pas au village où tu passes tes vacances. Au pied de la vieille  tour, il y a les lacs, et à deux kilomètres, le gave. Décidemment rien ne t’invite naturellement à t’intéresser à cette petite rivière. Longtemps tu n’en traverseras que le pont en bas de Came, route obligée vers Bayonne. Tu l’aperçois du coin de l’œil sortant d’un sous bois, mais le seul enjeu c’est l’étroitesse du pont. Au cours d’un repas tu expliques aux amis, tes errances sans but sur ton VTT : un jour ce bois, un autre cette petite route vers Sauveterre. T’as commencé à emmener ton appareil photo, mais tu n’as pas systématisé son utilisation. Bientôt il deviendra un bloc notes, support de ta mémoire, revitalisant tes émotions. Le voisin te dit : pourquoi tu ne te promènes pas le long de la Bidouze, tu la prends au pont de Came et tu la suis. Toutes les semaines de tes congés tu fais une fois au moins le long parcours des boucles méandreuses, tu reviendras à pied, cherchant les oiseaux, les cigognes. Puis tu t’es intéressé aux villages traversés.

 

L’année dernière, lassé de toujours descendre, tu t’interroges sur comment remonter le cours de la Bidouze. Même aller jusqu’à la source. Sur la carte, tu vois une vallée assez encaissée entre les pics d’Elsarre et de Zabozé. Tous les deux jours tu allais un peu plus loin dans tes promenades. Empruntant ici un chemin de st Jacques, là une petite route longeant les prés et les pâtures. La dernière partie dans la petite vallée le long de la colline d’Olhatzarré t’amène à un sentier forestier que ton VTT ne peut suivre. T’y retournes donc, cette fois ci avec tes chaussures de marche. T’as laissé ta voiture sur la petite aire de pique-nique après la dernière maison de St Juste-Ibarre. Petite marche matinale, protégé par l’ombre des arbres. A la passerelle tu changes  de rive et t’engages dans le sous bois, dans une petite montée: tu cherches un peu les marques. Il y a tellement d’arbres tombés, tous ne sont pas encore dégagés, que le démarrage est un peu confus. Puis le premier balisage te conforte. Sur internet tu avais vu qu’il y avait une grotte qui marquait la source. Mais tu n’as rien lu sur la ballade. Chacune des petites cascades dans la lumière scintillante du sous-bois est un petit régal. Tu hésites parfois quand tu traverses un éboulis, mais d’une certaine façon, il suffit de suivre l’eau. La vallée se fait plus étroite et tu débouches d’un coup sur une haute falaise blanche avec au pied une grotte d’où cascade la première eau de la Bidouze. Les mousses sont vertes ou rouges. Un vieux tronc éclaté fera banquette pour ton casse-croute.

Un petit bonheur tout simple, sans fioriture, tu voulais avoir suivi cette rivière de bout en bout, c’est fait. Il te reste encore deux trois photos à mettre sur ce blog ; tu feras ça tranquillement. Maintenant tu as le temps !

 

 

Lire aussi:  Source de la Bidouze. dernier parcours cyclable.

Partager cet article
Repost0
29 juin 2010 2 29 /06 /juin /2010 21:23

 

Sauveterre de béarn et les kayaks-32

 

Samedi t’as acheté Sud Ouest et l’Equipe. Un petit tour d’horizon sur les malheurs de certains politiques plus occupés à tirer le thune de pauvres pour leur retraite, qu’à chercher les planques des trop friqués. L’Equipe pas trop mieux… On va quitter le silence trop bruyant des vestiaires du foot, pour les nouvelles frasques de la « petite reine » : que vont-ils inventer cette année comme nouvelle triche pour nous dégouter un peu plus ? Mais tu me dis que c’est plus du sport, c’est un simple cirque où les clowns font la claque pour un hyper business, où l’acteur, le sportif, n’est là que pour la pompe à fric du super capital financier.

Alors, y a pu de rêve ?

Si, mais il faut retrouver les sources du sport, le plaisir de l’effort, du dépassement de soi, la compétition qui te chavire le cœur, t’emplit de bonheur, ou de la tristesse de chercher une bonne revanche, où, ce coup là, c’est toi qui réussira.

Dans ce Sud-Ouest, une annonce : compétition de kayak à Sauveterre de Béarn.

Le dimanche tu y es à onze heures le matin. Tu fais d’abord ton tour de village. Tu  ne connais aucun des clubs, aucun des participants. Même sur le kayak, tu n’y connais rien. T’as voulu une fois descendre l’Ardèche, et t’as compris ce qu’est un bouillon dans les rapides de la Toupine du Gournier.

Se promener à pieds dans le village, ça te casserait presque le moral. Dans ce qui était naguère la rue commerçante, où à l’occasion d’une ballade en vélo avec tes enfants, ceux des voisins tu faisais une halte, c’est mort. Hôtels, restaurants, bouchers, artisans fermés. Quelques vitrines grises de poussières et d’ennui affichent des événements ou des rendez-vous  périmés depuis des années. Même le local de la Croix Rouge est abandonné. Rien à sauver à Sauveterre….

Pourtant, ici et là de belles propriétés maintiennent l’esprit du lieu. Mais l’usine de salaisons a fermée il y a bien longtemps, et le terrain vague qui témoigne de son implantation reste une friche, comme le trou noir d’une dent perdue.

L’église dont le cœur est en réfection, caché derrière des bâches poussiéreuses, une sorte de décor funèbre sur un site sans vie, est vide. Sombre.  Pour un dimanche ?


Tous au Gave ? Pas tant que ça… L’organisation est pro, mais sans les sponsors et les subventions, il n’y aurait rien. T’as fais du sport toute ta vie, et des compètes pendant plus de trente ans. Tu ne réalisais pas qu’il fallait tant de thune…Peut-être aussi, c’était plus simple. Là, chronométrage électronique, arbitres de portes, surveillance des rapides, il faut du monde.

Il y a surtout les familles, les copains. Mais ça ne sature pas les parkings.


Le matin, c’est des tous jeunes, minimes, benjamins, garçons et filles. T’es époustouflé de voir leurs petits bras remonter le courant, contourner les portes, accélérer dans les rapides. T’as fait une vidéo, mais ton installation ne te permet pas de l’envoyer sur Daily-motion.

Donc les photos, faites l’après-midi. Des séniors et des séniors vétérans. C’est un vrai bonheur que de pouvoir se faire plaisir dans les tourbillons au milieu d’un tel décor. Parce que Sauveterre, reste un paysage enchanteur, à qui  l’animation de ces kayaks sous les remparts, donne une vie inespérée, et du sens à ces  vieilles pierres. Parce que surtout, le bonheur des compétiteurs, les encouragements des amis, la moue dépitée devant la porte ratée, la fierté de la descente réussie sont des récompenses pour tous les animateurs qui portent les vraies valeurs du sport. Toute une journée sous les encouragements, le soleil, le réconfort des déçus.


Pas d’injures…


Le vieux parigot regarde émerveillé ces jeunes si habiles dans les rapides. A dix ans, sa grande aventure, c’était de plonger de un mètre dans la piscine de la Jonquière…

Partager cet article
Repost0
26 juin 2010 6 26 /06 /juin /2010 13:32

C’est le meilleur moment du village, le soir.

le bauma le soir-09Les camions t’ont oublié, les tracteurs commencent à fatiguer. Tu peux exister tranquillement. T’as passé une semaine comme tu n’en rêvais plus. Tes deux enfants sont venus se ressourcer au village. Profiter de leurs parents, se faire coucouner. Retrouver des voisins qui ont plaisir à les retrouver grandis. Comment ces jeunes adultes peuvent-ils encore trouver du bonheur à se revitaliser dans le creuset de leur enfance ? Regrapiller un souvenir ici, une vieille blague là, se refaire le muscle sur le chemin de la friche ou à pédaler vers le vieux pont de Viellenave !

Enfermés chacun dans une tour à la Défense, n’avoir comme horizon que la cohue du RER, trouver l’évasion dans les voyages pressés ou l’abandon mou aux caprices de la WII, le village tout d’un coup redevient un point fixe. Même s’il change, les repères sont là.

Tu sais ce qu’il t’en a couté quand ton père a effaceé la maison de tes grands-parents en construisant dessus. Là, des années ont passé, et les mêmes murs, le même lit inconfortable, les meubles cironnés par le temps, la vieille vaisselle, tout ce passé venu de tes premiers instants de ta première conscience du lieu t’expliquent mieux que tout, d’où tu viens, que ton hyper-urgence quotidienne à faire, a son contrepoids d’abandon au temps qui passe sans ne rien faire. T’as revérifié qu’on t’attend, que t’es chez toi, t’as une base de replis contre le harcèlement des jours.

Tes parents ont rejoué les gestes rituels de l’accueil, de l’attention à ton petit être, du bonheur de te serrer dans leur bras, sur leur poitrine. Pendant quelques jours t’es redevenu le centre. Plus besoin de ces questions mal posées au téléphone pour savoir comment ça va, chercher dans une intonation si quelque chose cloche, trouver le chemin pour accoucher le souci qui t’encombre.


Le soir, donc, cette ballade tranquille vers le « chemin des escargots » où le bauma inscrit sa présence. Cette écorchure dans le paysage de tes souvenirs ne te fait pas réagir. Les galets du bauma ne s’échapperont pas sous les tuiles. Tu peux y  marcher sans l’écraser. Juste, tu ne l’as pas mis dans ton référentiel. Il ne te fait rien…


Il y  a trois fleurs  qui n’existeraient déjà plus sans l’arrosoir d’eau régulier. Les vaches au bout du chemin sont tout d’un coup ton seul interlocuteur circonspect. Le salut du flash de ton Nikon les gave un peu, la vigilance s’installe. Tu les laisses dans leurs activités du soir et redescends le chemin. Le gros frelon ! Dans la fin de lumière de cette première nuit d’été, l’avion te surprend. Il vole si bas. Ton Bauma ressemble tant à une cible avec ses anneaux concentriques, que tu redoutes un entrainement bien réel ? Mais non ! Après avoir fait le tour de Polonis à une centaine de mètres d’altitude, il revient et vole lourdement vers la pêne de Mû.

T’as mis du temps à ressortir l’appareil, t’étais déjà retourné dans tes rêves et au bonheur de tes enfants.

Partager cet article
Repost0
10 juin 2010 4 10 /06 /juin /2010 13:03

Sare, premier passage en 1989.

 

sare et la rhune-24Il n’y avait que trois ans que tu avais racheté un vélo. Ton précédant acheté en 74, un super Mercier pour faire le tour de France, t’a été volé dans ta cave. T’en n’avais pas assez profité. Tu t’étais fait vraiment plaisir en achetant une bécane de cette qualité, mais en moins de deux ans tu ne l'auras pas usée. Il y a comme ça des gens aux aguets…

T’étais redevenu footing, tu t’étais inscrit dans un club de foot, et le samedi le ballon rond et les coups dans les tibias te suffisaient. Un peu de rando l’été, coté Pic du midi d’Ossau, laissant la garde des enfants à leurs grands parents. Plus de vélo pendant longtemps. Et puis les vacances sont si courtes que tu préférais rester en famille. Quand les enfants commencent à grandir c’est la bonne occasion pour renouer avec ce qui est une part indissociable de ta personnalité : le vélo.

Cette année là, la base de vacance c’est Socoa. T’as invité tes parents et les a installés dans un petit studio au bord de l’Unxin. La plage est facile, les enfants peuvent se débrouiller. Un petit traiteur au pied de l’immeuble simplifie les problèmes d’intendance. T’en profites pour renouer tes rêves cyclistes. Une ou deux fois un parcours court mais musclé, monter à Ibardin. Puis tu te lances dans "la grande aventure " : Urugne, Ascain, Sare, st Pée et retour par St Jean de Luz. C’est un tour classique pour tous les amoureux de la petite reine. Mais pour toi qui n’avait que quelques centaines de km dans les jambes cette année là, un vrai débutant, quoi ! Ça a  été rude ! Les deniers km étaient interminables.

C’est comme ça que tu es passé à Sare la première fois. Coup de foudre ! T’y reviens régulièrement. Un jour t’as même craqué pour un tableau à la sanguine qui représente une maison et le mur du cimetière. J’ai mis une photo d’à peu près le sujet. T’y ramèneras ton vieux père dix ans après, arque bouté sur sa cane qui n’attendait qu’une chose que tu le ramènes pour qu’il s’allonge. Mais  t’avais tellement de plaisir à lui montrer que tu ne sentais pas sa difficulté…

 

C’est devenu à la mode et très fréquenté. Ce mois de juin, il n’y a pas trop de monde. Les touristes s’informent sur la meilleure façon de monter à la Rhune. Certains opteront pour le petit train. D’autres se donnent rendez-vous pour le GR.

 

Dans le vieux bureau où je suis, je retrouve un vieux guide vert des années 50. pas de photos, que des gravures. Ce petit texte de deux lignes pour Sare :

 

« Joli village que Pierre Loti a décrit dans Ramuntcho. En octobre Sare est un centre de chasse à la palombe. »

 

C’est pas le genre de description qui t'engage à un détour ! Rien sur le village, l’église, les maisons basques typiques. Bien sur elles ont été restaurées depuis la publication du guide…

 

Partager cet article
Repost0
8 juin 2010 2 08 /06 /juin /2010 21:37

Un jour de fête à St Pée sur Nivelle, un jour de boue au bord de la Bidouze.

 

Tour du lac d st Pée sur Nivelle-05Hier c’était jour de fête. Petite fête privée, et un retour sur les bons coins d’hier. Tu te rappelles bien ce qui a déclenché ce bonheur des ballades dans le pays basque. Un matin ta fille te demande de l’amener chez une amie dont les parents ont une petite location en haut de Ciboure. St Jean de Luz, Ciboure, tu ne connaissais pas. C’est la fin des années 80. Tu venais dans la région depuis longtemps : une seule visite « familiale » à st Jean de Luz, en vingt ans de passage, tu n’étais jamais allé en centre ville, sur le port, sur la plage. Ce jour là t’en prends plein la tronche. Que c’est beau ! Bien sur, tu n’auras de cesse d’essayer d’y retourner, mais tu comprends vite que c’est pas dans tes moyens. Tu trouveras à t’arranger pas trop loin et à profiter un peu du site

C’est en cherchant un gîte que tu passeras ta première journée à St Pée sur Nivelle. Là non plus, en période de vacances scolaires, faut rien espérer ! C’est le gîte OU les vacances. T’abandonnes. Tu repasseras quand même pour un pique-nique familial  au bord du lac. Une vraiment bonne journée.

Pendant les années qui suivent, tu laisses tes enfants à la plage, et toi tu pédales, Sare, Ibardin, Ainhoa, Hendaye. Souvent tu roulais presque toute la journée…

Tu revisites le coin.  Hier donc.

De st Pée, je ne garde que les photos des canards et des oies du lac. Nous n’étions pas dix à profiter du site. Mais le parking est devenu payant ! C’est juste 50% du prix des Champs-zé.

Ça te fait la photo de l’oie au même prix que les petits chiffons de chez Givenchy.


Ce matin le vieux VTTiste se remet en selle. Déjà quatre bonnes ballades depuis l’arrivée au village,  il opte pour un tour rapide sur les berges de la Bidouze entre Bergouey et Came. Tu ne prends pas tes cartes, t’as déjà fait la balade plusieurs fois. Le ciel est mitigé, la confiance revient quand tu croises ou te fait dépasser par de nombreux cyclistes. Pas que des retraités. La route de Bergouey est classique, tu te laisses aller dans la descente vers le vieux pont et juste avant le moulin tu prends la route qui deviendra un chemin longeant la Bidouze. La partie empierrée passe vite, tu retrouves la terre et les ornières. T’en passes deux sans poser le pied, mais la troisième tu t’enfonces et ta pédale butte. Pas grave, c’est pas là qu’est l’enjeu. C’est la dernière montée vers Came. Cependant,  au bout d’un long chemin boueux enserré des hautes herbes et de ronces, tu ne retrouveras pas le passage. Ce début juin tu réalises que le décor a encore changé. Là où tu avais vu cet hiver, des chaumes de maïs à l’abandon, un homme et un jeune enfant (9 ou 10 ans) tendent des fils de fer au-dessus de piquets ouvragés comme des madriers. Dessous des plants de Kiwi tout jeunes. T’es surpris de voir ce gamin à califourchon sur une échelle à plus de deux mètres de haut, en train de tirer sur le fil. Tu réalises qu’on est mardi et qu’il devrait être à l’école, plutôt que jouer les funambules. Tu referas le dernier km deux fois.  Repasseras par quelques pâtures, mais non! Le chemin que tu avais pris, il y a trois ou quatre ans n’est plus visible. Tu rentreras tranquillement te promettant de revenir avec la carte et le GPS. Il faudra pourtant que tu repatauges un peu, et que tu te colles cette cote abrupte du chemin forestier pour te poser sur le bitume. Finalement, est-ce que tu ne t’es pas paumé pour écourter un peu la ballade ? 

Partager cet article
Repost0
6 juin 2010 7 06 /06 /juin /2010 21:06

Quelques images des souvenirs vendus, vieux wagons, images nostalgiques

 les wagons et le train de la ferté st aubin-26

Tu lis dans le journal ce matin que les wagons exposés dans le parc du château de la Ferté st Aubin ont été vendus aux enchères. T’imagines bien qu’une propriété comme celle là, les chambres d’hôte et la vente des confitures maison ne doivent pas suffire pour le compte d’exploitation. C’est fini le temps des aristos qu’on envoyait à la lanterne. Les personnes qui t’ont loué cette chambre et permis de te promener dans le parc, d ‘avoir le frisson de monter dans ces vieux wagons, c’est des entrepreneurs qui bossent. Mais c’est une usine ce parc, ce château, il y a du monde, il faut de la thune.

Comme tu t’es bien amusé de revivre l’ambiance de vieux films, en parcourant les couloirs des wagons, en rejouant la « bête humaine » devant les cadrans de la loco, ce n'est pas sans une petite émotion que tu apprends que plusieurs de ces wagons viennent d’être vendus.

Il y a un an, c’était le plaisir de la découverte. Aujourd’hui c’est un peu comme si dans ton souvenir, un joli jouet s’était cassé…

 

Voir aussi: La Ferté St Aubin, Chateau et promenade

Partager cet article
Repost0
5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 21:19

Un marché que tu aimes !

le marché de peyehorade-17Curieux ce besoin, dès que tu arrives au village, de guetter le mercredi pour aller au marché de Peyrehorade. A Paris, ton marché est présent tous les jours, tu sorts du métro, tu le traverses ou tu t’y arrêtes, pour deux pommes, une tranche de jambon, un camembert au lai cru. Au village, t’avais pris les habitudes de faire tes courses au supermarché. Tu ne peux imaginer la déception des salades défraichies tant par le frigo que par tous ceux qui les avaient retournées puis reposées, les fruits pas murs et « frigorifiés ». Tu ne t’y faisais pas. Quand as-tu entendu parler du marché de Peyrehorade ? Tu ne sais plus, mais ce que tu sais, c’est que le mercredi, il n’y a pas vélo, il y a marché. T’as testé les marchés environnant, Salies, St Palais, même Anglet. Sur la plupart tu retrouves les mêmes commerçant. C’est la diversité, leur nombre, et cette ambiance si particulière qui rendent celui de Peyrehorade le plus attrayant. Par contre n’y cherche pas un boucher ! Du porc, du canard, il y en a partout. Un boucher pour un steak ou une épaule d’agneau, faut recourir à la boutique traditionnelle. Mais bon, tu trouves toujours ton compte et parfois plus que tu ne pensais acheter : la tentation par l’offre profuse, les couleurs, et la façon si typée de t’encourager pour te laisser aller.

Depuis quelques temps, le marché s’est enrichi des vendeurs d’épices et olives, des plats cuisinés chinois ou indiens. Le confit c’est bon, mais un biriani ou un riz cantonnais aussi.

Je ne sais plus si j’ai mis des photos de Peyrehorade sur ce blog. C’était un de mes points de passage réguliers quand il y a longtemps, mes ballades à vélo étaient guidées par le compteur de vitesse. Une boucle rapide en une heure ou une heure et demi. Juste pédaler, le dos rond, les mains crispées sur le guidon. Maintenant le VTT te fait passer hors des routes rapides, et te suggères des moments détendus, l’occasion d’une photo. Des fois ça t’encombre, mais quand tu fais ton plan pour un coin où tu n’es jamais passé, il est indispensable.

Et puis avant le numérique, la photo, c’était la famille, les voyages. Maintenant c’est ta collection de souvenirs. A un moment, c’est tout ce qu’il te reste.

Donc le marché de Peyrehorade est une excellente opportunité de respirer les marchés de ton enfance, celle où tu découvrais les couleurs des fruits, les parfums des légumes, les qualités de chacun répétés aux dix clients patientant dans la fille et qui demandaient comment ils sont ? Depuis que ton primeur est chinois, tu as compris à ses réponses évasives qu’il n’a pas gouté ce qu’il vend, il est parfois décontenancé par la question  d’une jeune femme en veine de faire un petit menu "surprise" à son chéri, qui l’interroge sur la façon de le cuire,  à qui il répond qu’il ne sait pas comment ce légume se prépare ou se mange…

 

Si c’était le site magnifique des bords du gave qui te rendait le marché de Peyrehorade si magique ?

Partager cet article
Repost0
2 juin 2010 3 02 /06 /juin /2010 22:00

Le bauma

le bauma 1

Au début il y avait une friche.

Enfin, pas le début du début.

Le début de la retraite de ton beau-père.

Parce qu’avant ce début là, c’était une fin.

Une enclave entre maïs et pâture, qui servait de repoussoir.

On y repoussait les cailloux ;

On y repoussait les branches tombées, les arbres cassés.

N’y poussait que les ronces, les fougères et au milieu quelques fraises des bois.

Pour y semer des escargots sous quelques vieilles tuiles, il a fallu enlever les cailloux, les branches pourries, les troncs tordus, les ronces  griffues et les fougères denses.

Mais les fraises des bois ont aussitôt disparu.

Quelques années plus tard, les escargots aussi.

Restait une friche.

Mais une friche fauchée, ratissée, retaillée. Clean quoi ! Propre sur elle.

Pas à l’abandon.

Et visitée.

Sur deux plots de béton, une vieille planche longtemps fut  le seul banc.

Sous un noisetier.

Il y avait un chêne aussi.

Un arbre qui s’était planté là, à la croisée des chemins.

Un arbre sans prétention.

On n’y fait pas attention.

Sauf les maïs qui ne supportent pas.

Trop d’ombre

Trop de gène pour les machines

Comment fut-il sauvé ? Su-t-il jamais qu’il était condamné ?

Mais il est là.

La menace l’a rendu visible.

Il veille sur le bauma.

Le bauma ? Qu’est-ce que c’est que ça ?

C’est un espace délimité où chacun peut s’arrêter.

Un espace rond où tu es protégé.

Un espace ouvert d’où tu peux contempler le réel.

Un espace de pierres qui te rassure.

Tu peux fermer les yeux et rentrer en toi-même.

Une autre profondeur sans vertige ni pression.

Un cercle pour calculer les racines carrées.

Le rayon du cercle, le centre du cercle, l’arc de cercle, la circonférence de pierres

C’est ton centre, espace fermé, avec cette ouverture

Tu te projettes,

Tu te recentres,

Tu t’assois 

Tu contemples

A qui penses-tu ? Ou à quoi ?

Tu peux parler, à peine dire, retenir un mot, lâcher un soupir,

Espérer.

Espérer quoi ?

Tout !

Même si tu n’y as pas pensé.

Espérer tout !

Tout, ce n’est pas n’importe quoi quand on y pense.

Penser à rien !

Juste être.

Ne pas être rien, exister.

Partager cet article
Repost0
31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 07:36

Château – Parc – Petite gare et musée du train

 

La ferté st Aubin-20Il y a un an, un regroupement familial, nous faisait nous installer deux jours dans un bâtiment annexe du château, des chambres d’hôte pleines de charme. Pouvoir s’éveiller et profiter dès le matin de l’ombre du parc. Entendre les chevaux, les oies, voilà qui te donne un coté faussement campagne, un peu kitch et bien  agréable. Tu peux te promener dans le parc assez grand, et entre les pièces d’eau découvrir la vieille gare reconstituée du début du XX ème siècle avec quelques wagons désaffectés et une loco vapeur où tu prends la place du chauffeur. Retour en enfance garanti.

Accentué encore si tu visites les combles, où sous les charpentes admirables, un petit fourre-tout de vieilleries te reconstruit ici ta classe des années 50 et là rassemble les vieux outils des charpentiers.

 

Partager cet article
Repost0
28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 09:19

T’étais à la manif hier à Paris, le 27 mai 2010, entre Denfert et la Bastille, par le boulevard st Jacques et le pont d'Austerlitz.

 

manif retraites 27 mai 10 --19C'est vrai, il n'y avait pas le frémissemnt de la grande manif de 1995, la dernière à laquelle tu avais participé. C'est vrai que place Denfert-Rochereau, il n'y avait pas dans l'heure précédant le départ la bousculade des grands jours. Le décor était bien planté, mais les petits groupes étaient chacun dans leur coin. Les leaders de la manif étaient rassemblés depuis longtemps boulevard st Jacques, sous leurs drapeaux, devant les caméras et micros de toutes sortes. La pluie et la fraicheur n'entammaient pas l'enthousiasme de la volonté exprimée. Quand toute la manif s'étirera boulevard de l'Hôpital, tu ne penses pas qu'il y ait plus de monde qu'à une sortie de match au Stade de France...Est-ce les parapluies?


 Aujourd’hui tu n’es plus affilié à aucun syndicat. T’avais démissionné en 82 quand Mauroy avait lancé les « 39h00 ». A l’époque déjà, la question était de pouvoir ne faire que quarante heures, pas d’être harceler par des objectifs intenables qui te pourrissaient tes soirées, ton week-end.. Pour la retraite à soixante ans tu n’as pas varié, et aujourd’hui où tu en bénéficies, t’imagines le calvaire que ça risque d’être pour ceux qui ne pourront pas en profiter. Tu penses à tes gosses, pour qui les trente-cinq heures c’est ce qu’ils ont fini le mercredi soir, et il reste deux jours à tirer…

manif retraites 27 mai 10 --34Notre génération est née avec la Sécu. Les réacs ont toujours été contre, dès sa naissance, les régimes spéciaux, et pas que dans le train, font flores. Chacun sa « caisse de retraite ».  Jusqu’à ce qu’en 1975, ils rentrent pour la plupart dans le giron mère de la Sécu. Bien sur c’est le régime général, nous,  les salariés, qui compense les pertes de ces régimes déficitaires, qui  ne cotisaient pas suffisamment et dont la population active a diminué rapidement. En 1976, les retraites ont augmenté, ce qui n’était que justice, mais c’est sur tes cotisations que ça a fait mal.


T’étais jeune, t’avais confiance en toi, ton salaire avait doublé sur les cinq dernières années ( mais l’inflation en 74-76 était autour de 10%.) Fin 73 ton père est mis à la retraite d’office, une vieille blessure le handicape.  Il doit quitter Paris et s’en retourner dans la maison qui l’a vu naitre en Franche-Comté. Il a encore quatre enfants à charge. Les trois plus jeunes intégreront le village, celui de vingt ans reste à Paris pour finir ses études. Seulement c’est pas avec sa retraite qu’il peut payer les traites de la maison, les charges scolaires, la chambre de bonne pour le « parisien ». Il faut retravailler. N’oublie pas que les boulots d’avant la guerre étaient plus ou moins déclarés aux « assurances sociales ». Journalier à 14 ans, t’avais même pas de bulletin de paye ! Notre mère avec ses huit enfants avait de quoi s’occuper. Mais jusqu’à la fin des années 40, elle avait travaillé comme « employée de maison » (bonne) chez divers particuliers. Quand mon père décèdera, sans la réversion de sa pension, c’est pas sa retraite sur les années 35/50 qui allait la nourrir !

 Commencent donc, deux années terribles et épuisantes pour ton père. Préparer la gamelle le soir, le quart de vin, la thermo de café. A quatre heures, chaque matin, par tous les temps, une heure de bagnole pour arriver juste à temps à la pointeuse. Il s’était installé un thermomètre extérieur qui sonnait quand il gelait dehors. Il se levait, vérifiait les risques de verglas, et avançait en conséquence son heure de réveil.

Alors quand les retraites sont revalorisées, il peut s’arrêter définitivement. Soulagement. Une deuxième vie commençait. Peut-être sa meilleure part ?


Tu comprends  ma reconnaissance pour « notre Sécu », même si les cotisations faut les sortir !

Ils ont beau dire que l’espérance de vie augmente, mais on se l’est gagné cette espérance de vie. C’est aussi nos cotisations à l’assurance maladie. Je t’ai déjà dit ma fierté de cotiser à la CMU. Par contre,  la solidarité ne peut porter uniquement sur les salaires, puisque la part des salaires dans le revenu national baisse au profit des financiers qui ne produisent aucun bien ni service.

T’as qu’une crainte : que les intérêts particuliers ou corporatistes, les financiers ne viennent à bout de cette formidable organisation qui nous relie. Je t’ai déjà dit comment les « statuts » de quelques-uns contribuent à la précarité des autres. Faudrait pas que ça dégénère en ressentiment sourd. Que trop d’entre nous s’imagine perdants, exclus. Alors le chacun pour soi va favoriser la pire pieuvre financière : les fonds de pension. Là t’es mort. Après avoir détruit le tissu industriel de notre  pays, transférer nos savoir-faire en Chine ou en Inde, y avoir mis tes économies supposées ; t’imagines que les Chinois et les autres peuples que les investissements enrichissent, vont laisser les fonds de pension rapatrier les royalties pour ta petite retraite dans vingt ou trente ans ? Fais pas le pari ! Bas toi pour ta retraite ici et maintenant.

Partager cet article
Repost0

En balade sur L'AlblogRJ

Tags et Graffitis

 

Rechercher

esaai module

Esaai de texte libre dans le module

 

Autres Articles Du Thème

  • Le cœur de Paris depuis le Sacré Cœur.
    Le cœur de Paris depuis le Sacré Cœur. T'as maintenu ton blog en activé pour quelques semaines et voilà qu'on te propose de le mettre à jour dans la nouvelle version. Tu ne sais pas trop ce que ça va te couter en réparation. Mais banco, tu verras bien,...
  • Du 104 a la tour de Romainville.
    Images vues de la Tour du sacré cœur à Montmartre. Il y a deux mois je dis que je ferme le blog, et puis ce matin un nouveau sujet. Non, ce ne sont pas des mémoires d'outre tombe, mais pas loin. Donc, j'ai remis un peu de thune dans mon abonnement. On...
  • Tour Eiffel depuis le Sacré Coeur
    Bonne annné 2014. Tu ne pensais pas mettre un post pour le passage à l'année 2014. Ton blog va finir, tu n'en renouvelleras pas l'abonnement. Il faut dire que tu n'as plus l'esprit à la légèreté d'une bonne ballade en VTT. Depuis le Roussillon, où il...
  • Canal de l'Ourcq tranquille.
    C'était un beau dimanche tranquille. Tu étais sorti de bonne heure. Quand tu arrives au bassin de la Villette, les joggers toniques y vont de leurs foulées allongées. Il y en a même en short et bras nus. Quelle température ? Pas plus de 6 ou 7°. Les conditions...
  • Montmartre – Paysage d'automne.
    Le Sacré Cœur tour d'observation. Tu venais de passer une semaine difficile, il fallait te bouger pour retrouver un peu de dynamisme. Ta balade favorite te conduit naturellement, à pied, vers le canal de la Villette et le canal de l'Ourcq. T'as usé presque...