4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 16:52

L'apprentissage par la main.

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fusilCurieux, hein ? Dans ton HLM parisien, tu fais vivre ces deux outils d'un autre temps ! La pierre et le fusil, te viennent de tes deux grand-pères. Ils témoignent tous les jours, non du simple souvenir, mais de ce que leurs mains ont fait et t'ont chargé de reprendre et de transmettre.

En ce moment où s'expliquent les tenants et opposants des structures familiales traditionnelles, où les profs des écoles défendent leur pré carré contre l’intérêt des enfants, tu t’apprêtes à faire table rase, encore, de ces objets que tu chargeais de valeurs et de devoirs.

Mais des préjugés, il y en a partout. A la communale ou au lycée, ta classe faisait toujours plus de 38 élèves, et alors ? Qui se serait plaint ? Tu baissais la tête et tu bossais. Point barre ! Tu t'es vite rendu compte que les enseignants, en quittant la fac pour enseigner au lycée ou à la communale, ils n'avaient aucune vision de la vie réelle, celle qui tous les jours maltraite les familles, les femmes et les hommes harcelés dans des travaux précaires. Protéger par l'institution, non seulement les murs et les grilles qui séparent la société de ces privilégiés, interdisent toute expression des adultes, parents responsables vers ces post-ados ignorant le monde de l'usine. Ils sont aussi protégés des comptes à rendre sur leur insuffisance.

Bien sur t'exagères, t'en connais tellement de ces profs qui ont le social comme moteur, qui savent mettre en œuvre l'aide sociale, orienter les parents perdus, animer les structures d'aide, palier les catastrophes d'orientation. Ils s'y font, sans retenue, des retours quotidiens après minuit, des week-end à préparer des dossiers. Dans le temps, on les aurait appelé des militants, des femmes des hommes qui s'engagent pour déminer le parcours scolaire, construit pour éliminer les faibles et sélectionner les forts.

Quoi de plus minable, que la journée d'information sur l'orientation, où le prof lit, sans la comprendre, la circulaire décrivant les choix possibles. Ah ! L'orientation vers les métiers manuels ! T'as envie de faire rendre gorge à ce proviseur prétentieux, qui pensant rendre moins humiliante l'orientation forcée des piégés du parcours scolaire, annonce sans rien y connaître que la métallurgie, la plomberie, ce n'est plus comme avant, qu'on ne se salit plus les mains. Il représente bien l'institution, ses valeurs, celle de la connaissance mémorisée, seul processus d'acquisition valide, celle de la primauté du savoir intellectuel sur la capacité à produire les biens et les services sans lesquels aucun de nous ne pourrait vivre. La désindustrialisation, c'est l'institution scolaire qui en a véhiculé le sens, bien avant l'opportunisme des capitalistes. La reconnaissance de l'intelligence de la main, de sa capacité à transformer une matière brute et informe en un accessoire technique indispensable, la reconnaissance du service quand le moteur redémarre, que la fuite s'arrête, que ton toit est beau. Personne ne discute le prix d'une collection de la « Pléiade », chacun conteste le prix du technicien à domicile pour son lave linge qui disjoncte.

- Alors, cette pierre, ce fusil ?

Ils sont tes repères de ces gestes que tu as acquis enfant. La main doit comprendre la matière qui compose l'outil, le fusil te sert pour affuter les couteaux, surtout les grands couteaux à découper les rôtis, les volailles. Tu ne choisis pas n'importe lequel. T'as vu ton grand père, ton père répéter le geste. Donner le coup de fusil, pour préparer la lame, c'est aussi le signal de ce que le repas préparé va être partagé. La lame affutée est nécessaire à ton habileté à découper au bon endroit, sans geste brusque, elle montre le prix que tu attaches à ce que tu manges. Il n'y a pas de cérémonial grandiloquent, simplement ce bon repas a un coût, c'est le fruit de ton travail, et le travail mérite respect. Il n'y a pas besoin de mots, les gestes portent le sens. Quand ton fils veut faire un repas de fête, c'est son tour de montrer comment sa découpe est sure.

La pierre, alors ? Oui, c'est une pierre à faux. Un outil redoutable, la faux. Tu avais déjà ta hache, tu fendais des dizaines de stères de bois, que tu n'avais pas le droit de toucher à la faux. T'as regardé le grand père, sortir de sa corne remplie d'eau, cette pierre. Il essuyait de ses doigts les herbes humides collées sous la lame, puis la pierre caressait l'acier, tintant sur le fil cassé, tordu. Patiemment, la pierre s'attardait sur la blessure qu'il faudrait battre plus tard. L'herbe était de nouveau couchée par le lent balancier des bras. Quelle fierté quand un soir de fatigue le grand père te tend la faux et te dis « vas-y mon grand ». Le lendemain, il te montrera le subtile coup de marteau qui amincit le fil sur l'enclume.

  • ben dis donc ! Il est temps que tu fasses table rase de ta ringardise ! Tu râles parce que ton boulot voulait plus de toi, mais tes valeurs remontent à l'age de pierre. Quant à tes remarques sur les profs, ta pédagogie de la pierre à faux est loin du sujet !

  • Moins que tu crois ! Ce qui compte c'est le chemin de la découverte, de l’appréhension d'un savoir faire. Dans un prochain sujet, je te parlerai d'un autre objet. Je ne m'en suis servi que pendant ma scolarité. J'en ai fait table rase dès mon premier job ! Là aussi, la main a prédéterminé la compréhension de la théorie. Et c'est le prof, jugé par ses pairs le plus minable, le prof de technologie, qui t'ouvre à son savoir faire. Les profs ne sont pas mauvais quand tu as une relation presque personnelle avec eux, ils sont même attentifs, curieux de ton évolution. Mais c'est le système qui s'est rigidifié autour de statuts obsolètes qui tourne le dos à la réalité. T'avais vingt-cinq ans quand avec tes collègues, tu montes un syndicat dans ta boite. Tu bosses dans une technologie en pleine accélération, tu vois tes collègues, dix ou quinze ans de plus que toi qui rament, pourtant ils gagnent deux fois ta thune. T'as première revendication c'est le plan de formation. Être capable de faire face à ce qui change. Remettre en cause les méthodes qui n'avaient pas cinq ans. Se remuer. L'époque était à « l'autogestion » et l'animation syndicale c'était d'abord la formation, ensuite le plan de carrière. Le moteur c'était le changement, l’innovation à prendre en compte. L'école, même professionnelle est toujours à la ramasse. D'abord consolider l'institution dans ce qu'elle a de plus monolithique, avant de prendre en compte la société qui tous les jours se bat pour s'adapter à un environnement en évolution constante et des conditions de vie de plus en plus difficiles.

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22 janvier 2013 2 22 /01 /janvier /2013 17:09

Profiter des journées du patrimoine pour revoir des lieux perdus de vue.

 

Partimoine Ste Odile - 02T'as du arriver dans le quartier de Champerret à l'automne 1951. Probablement en novembre, l'année scolaire était débutée. Ton point de départ pour l'école était le bd Gouvion St Cyr. et tu voyais ce haut clocher rouge brique vers ta gauche. C'était une curiosité.

C'est bien plus tard, t'avais huit ou neuf ans que tu découvris, fermement conduit par ta mère, l'église et son caté. Le jeudi, fini de trainer dans la cour, ton plan était matin caté, aprèm' basket avec le patro. Et bien entendu, la messe du dimanche, où après avoir fait la grande toilette dans une bassine à la cuisine, t'avais ta tenue propre, slip, tee-shirt et chemise pour la semaine.

Il y avait des messes de 8 heures à 13 heures, dans la grande nef de l'église, et des petites messes plus rapides dans la crypte. Dans les années 53-58, le flux croisé des sortants et des entrants débordait sur le boulevard de la Somme. Il y avait des gens chicos, qui allaient récupérer la DS19 noire stationnée sur le trottoir. De l'autre coté du boulevard, c'était des baraquements, des hangars ou ateliers. Ici et là un bout de terrain informel.

C'est là que se trouvait le Patro (le patronage), de la terre dure et boueuse, trois arbres le long de la palissade qui bordait le passage d'Iéna, et une baraque en bois comme tu en vois dans les films sur les prisonniers de guerre. Il y avait deux tables de ping pong et un cheval d'arçons avec des tapis en crin. Été comme hiver, soleil ou froid, ton équipe jouait le championnat. Ton bonheur c'était de jouer l'ASDB, il y avait une vraie salle avec un parquet et du chauffage. Autrement la petite équipe se prenait les bus de banlieue, alors, sur la plate-forme balayée par le vent, elle s'exerçait à fumer les P4.

Le patro c'était du social, du vrai de l'époque ! La contrepartie, l'heure pour la messe ou pour le caté, ce n'était pas cher payé pour une grande journée hors du contrôle des adultes. L'abbé ne sera jamais une aide pour tes devoirs de latin, mais il te fera voyager, découvrir la mer. Il organisait des colos, comme il commençait à y en avoir trop qui trainaient pour payer, un jour le voilà muté à Montrouge, la banlieue rouge ! Changement de programme !Partimoine Ste Odile - 23

 

Faut dire quand même, qu'en ces années là, la messe était plutôt l'occasion d'affirmer ses convictions contre les communistes qu'autre chose. Mais il y avait du monde, et de la thune. De part et d'autre du portail de l'église, deux grandes affiches, présentaient l'image de deux thermomètres gradués où étaient peintes en rouge, les sommes déjà remboursées pour la construction de l'église, et restaient en blanc les emprunts colossaux qui attendaient la contribution des paroissiens. Lors de la visite, j'ai compris que les travaux de restauration, n'étaient pas tous payés.

Il est vrai que maintenant l'église est vide...

En chaire le curé était persuasif, des sous pour l'église, des sous pour ses œuvres, mais faite attention en sortant, seules les sœurs peuvent recevoir vos dons, prenez garde aux mendiants. En sortant de ma courte visite, je repère la tente igloo, au pied des marches, les gars qui y cantinent et t'interpellent sans te regarder...

 

N'empêche que quand tu vois tout cet espace disponible, tu te dis qu'il devrait y avoir moyen d'y loger utilement quelques familles. Par exemple, en installant deux lignes d'algéco, un ou deux étages, et ça fait vite cent ou deux cents gus au chaud. Une dizaine de sanisettes dans une chapelle, une dizaine de douches dans l'autre, et retour au social !

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6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 15:42

 

Premier voyage avec le tram parisien.

 La Chapelle - Pantin en T3 b - 19

Ce coup-là, t'as pas d'excuses, le tram passe si près, que tu serais stupide de ne pas découvrir ce qu'il peut t'apporter. Sûr qu'avec ton vélo, t'irais plus vite, mais c'est du passé, tu dois refaire ton apprentissage de la rue, et surtout des boulevards.

Ce dimanche là, tu remontes la rue de la Chapelle dans le froid. L'appareil photo te tape sur le ventre. Tu ne sais comment le fixer. Le tram, pour toi, c'est pas encore un moyen de transport, tout juste une curiosité. D'abord, pour aller où ? Jusqu'au terminus...

 

Tu vas attendre pendant 10 minutes dans le vent et le froid, sur le quai du boulevard Ney, que la rame dont tu vois les feux, sous le pont de la rue des Poissonniers, s'approche et ouvre ses portes. Il y a bien une cinquantaine de personnes qui s'engouffre dès les portes ouvertes et se jette sur les places assises. Bêtement, le temps de valider ton ticket, tu piges que les places assises sont d'abord pour les resquilleurs. On ne doit pas être 5 cons à valider. C'est une nouvelle tradition qui s'est installée sur les lignes comme le PC, le 65 ou le 60, plus personne ne paye, enfin, je veux dire les gens qui voyagent, parce que question impôts, le Tram à le même goût que les embouteillages pendant les cinq ans de travaux. Du 800 mètres à l'heure en moyenne ! Les impôts locaux, eux, ne pratiquent pas le sprint façon tortue de la fable, mais le saut en hauteur.

 

Ce dimanche là, dans une circulation plus que timide, le tram mettra plus de 35 minutes pour la porte de Vincennes. Du 15 à l'heure environ, c'est pas de la perf. Faut dire que la première partie du parcours est plus que sinueuse. Le tronçon Porte d'Aubervilliers porte de Pantin, te rappelle feu le train du bois de Boulogne, sauf que tu longes des murs de béton et pas les sous-bois.

T'apprécies la passerelle, montée craintivement, au dessus du canal de l'Ourcq. Les piétons qui te regardent photographier le paysage urbain remodelé, sont interrogateurs sur tes intentions ? Fixes-tu la famille qui attend, ou le paysage de ton enfance dont il ne reste que des fantômes.

 

La crasse aussi reprend ses habitudes de quartier, sacs plastiques et canettes, jonchent les espaces où la végétation n'a pas eu le temps de pousser, le plus souvent pas encore plantée. Quel élu municipal se vantait d'avoir repensé l'espace entre la banlieue et Paris ? Le quartier de la Chapelle est à l'abandon, déjections sur les trottoirs, poubelles éventrées, détritus qui pourrissent entre passage piétons et caniveaux, gravas abandonnés devant les portes, meubles éventrés pour pimenter ta course d'obstacle.

Et les quémandeurs, installés tous les quinze mètres, qui te sautent dessus au marché quand tu payes. Ou tapis dans l'ombre des abri-bus, là où aucun Vélib ne vient plus, le panneau d'affichage en panne, il te surprend, son visage ravagé te regarde yeux hagards, son corps se balance, ses bras s'agitent pour valider l'histoire qu'une voix rauque répète encore : bien sur il sort de prison ou il a perdu son travail ; il a besoin de 10 euro pour manger ou dormir. La taxe SDF est autant en hausse que tes impôts locaux. Le frisson en plus !

 

Alors ce tram, ça t'a changé la vie ? A moi non ! Mais cette thune investie dans des travaux dont on sait que dans trente ans, bien loin d'être amortis, leur entretien, du fait des dégradations et de l'usure, va encore augmenter la facture, te fait baisser les épaules. A quoi bon ? Les travaux luxueux du tram n'apportent aucune réponse aux sans abris, aux sans travail, et à la crasse qui s'accumule et te pourrit la tête. T'as l'impression de vivre dans une poubelle éventrée.

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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 16:09

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Les belles photos faites pendant la jolie présentation, à Sauveterre en août 2012 , seront insérées dès que possible dans un album.

Pour ce soir, mes élucubrations sur la "Légende", sont venues à bout de ma fatigue.

En attendant, l'album de la "vraie histoire du pont de la légende".

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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 15:38

Premier souvenir d'il y a plus de vingt ans

et l'image actuelle lors du dernier Téléthon.

 

L'AlblogRJ présente à ses fidèles visiteurs ses meilleurs vœux pour les fêtes de fin d'année.

Pyramyde du Louvre - 16

Ce petit blog a célébré, lui, son sixième anniversaire. Sa fréquentation est régulière et en augmentation constante. Pourtant, pas de buzz, pas de tweet. L'AlbumRJ n'est abonné à aucun des liens dits « sociaux ». L'émotion simple, le souvenir, la colère ou la dérision, juste les petits sels de la vie.

 

Depuis plus d'un an, le VTT est rangé, qui sait quand il reverra le soleil. Les carnets de voyage ont commencé à éplucher les premières découvertes des grands espaces. Revisiter ce qui était une « aventure », fait un bien fou. T'as eu des envies «d'ailleurs », t'as pu les vivre, t'as eu de la chance ! Même si rien n'est acquit, ces instants là, sont à toi, et t'as du bonheur à les partager.

 

Bonnes fêtes.

 

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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 11:36

Animations glaciales.

 Gospel telethon 2012 - 111

Tu as déjà expliqué ton aversion pour ce genre de manifestation. Le téléthon, c'est la première fois que tu le croises, et les gens qui se dévouent là, sont bien généreux. T'étais venu pour une chorale invitée là. La place du Palais Royal, en ce samedi, était balayée par un vent glacé. La chaleur de l'animatrice n'y pouvait rien. Tu devais arriver de bonne heure pour prendre tes repères et filmer le spectacle que t'avais choisi. Tes mains gelaient dès qu'elles croisaient le vent.

La première animation que tu repères, bien ciblée par les haut-parleurs, c'est les tartes. Peut-être l'envie te viendrait en les voyant. Raté. T'as préféré le pâtissier 100 mètres plus loin.

Un qui te paraissait avantagé par les circonstances climatiques, c'est le sculpteur sur glace. Même si son aigle a l'air de faire la gueule, ça tient, le coup de ciseau y est. T'avais pas repéré qu'il avait un compresseur par loin pour givrer les ailes de son oiseau et une scie à chaine pour lui graver ses rémiges. Quand les chorales des enfants puis celle du Gospel se mettront en scène, le bruit généré par les outils du graveur accompagnera, dans son rythme propre et son aigu dissonant, les efforts des chanteurs à rester à l'unisson.

Manquait plus que les anges ! Du haut de leurs échasses, ils te rappelaient ces statuettes de premier communiant, dans leur aube blanche, que le pâtissier ajoutait généreusement au sommet de la pièce montée. Peut-être qu'en se juchant au sommet de la pyramide de verre, derrière eux, ils auraient transmutés les losanges glacés en choux à la crème géants ?

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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 09:37

Concert en plein air, place du Palais Royal à Paris.

 

Gospel telethon 2012 - 08Qu'est-ce que tu fous là ? Si il y a un truc que t'as jamais kiffé, c'est la « hourra charité », les grands appels pathos pour te tirer ta thune, te faire payer deux fois, car t'as déjà banqué par tes impôts et ta Sécu !

Ce qui est démocratique, c'est les priorités de la « Santé ». Après, on peut discuter des ressources à y consacrer. Mais là, toutes ces campagnes, plus pleureuses et indignées les unes que les autres, te font franchement gerber. Juste, donner cinq minutes bonne conscience « aux enfoirés ».

 

T'es trop jeune pour te rappeler les « arnaques lacrymales » qu'on t'infligeait à « la communale », même en maternelle où le gosse ne peut pas se défendre. Demande à tes grands-parents, tous les trimestres la grande campagne, un coup la tuberculose, ensuite les paralytiques, enfin les aveugles. Il n'y avait pas de télé dans les années cinquante, alors c'est les instits qu'étaient investis de la mission de collecteur de fonds de la charité laïque. Et là, pas de justice, pas de démocratie, plus t'étais faible, plus on te chargeait des fameux carnets de timbres et des grandes vignettes qu'il fallait revendre, sinon ta mère devait payer tout. T'imagines les commerçants, le long du chemin de l'école, le nombre de titis en blouse grise qu'ils voyaient passer. Parfois cinq ou six s'engouffraient derrière les clients, qui pour se débarrasser de la grappe harceleuse achetaient qui un timbre à celui-ci, un autre à celui-là.

Encore, quand t'étais rapide, que tu connaissais les commerçants, tu ciblais, t'allais à celui un peu plus loin, être seul et le premier. Ça t'arrivait d'avoir tout vendu dans le trajet du midi. C'était sans compter sur le côté vachard et perfide de l'instit usant de son autorité pour abuser de ta candeur. L'après-midi, soulagé d'avoir tout vendu, tu donnais ta poignée de monnaie et la souche de ton carnet de timbres, et là, le salaud se foutait de ta gueule, « c'est trop facile pour toi, en voilà 2 autres, t'as jusqu'à mercredi ! ».

Il y avait aussi le sournois, qui te feintait par derrière : « qui est d'une famille nombreuse ? » Tu levais la main. « Combien ? » Cinq ! « alors voilà 3 carnets, débrouille toi, de toute façon c'est vous qu'en profitez. » K.O.

T'imagines ma mère, quatre mômes en même temps à la communale, quand elle voyait arriver sur la table de la cuisine, la pile de carnets de timbres que chacun s'était vu attribuer, l'inquiétude où elle était. Elle avait vite fait le compte, c'était un jour de courses pour manger.

 

Alors, tout ce racolage pour te faire les poches, surtout aux plus nombreux, les plus pauvres, tandis que les pétés de thune se défaussent à l'étranger, c'est « citoyennement » insupportable.  

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4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 10:28

Vietnam, dimanche 23 janvier 2011, vers Chau Doc.

Mékong - Village Cham -05

Le plus dur un an et demi après le voyage est de retrouver le nom précis de ce que tu as vu. Le dernier jour, t'est moins rigoureux dans ta prise de notes, et dans l'utilisation de ton GPS. Depuis le matin, nous passons d’arroyo en arroyo des bras du Mékong autour de Chau Doc. Nous sommes tout près de la frontière cambodgienne où nous passerons le lendemain. Nous venons de quitter les « viviers » et producteurs de poissons pangas et autres carpes. Notre barque nous dépose au début d'un petit chemin, et par un lassis de digues et de passerelles au dessus des marais nous arrivons dans un village Cham, population essentiellement musulmane du Vietnam. Nous y sommes accueillis par les enfants qui font le job en nous proposant beignets et gadgets souvenirs. Notre guide, Tu, nous montre la marque peinte en bleu des crues récentes. Il nous renouvelle les explications sur le parcours du Mékong, sa séparation en 2 bras principaux depuis le Tonlé Sap, ce lac don la surface se multiplie par 10 en période de crues.

L'habitat doit donc s'adapter. C'est pourquoi, l'album photo est si large, images des enfants, images des habitation, et image des digues.

Mékong - Village Cham -26

Comment les Chams protègent-ils le métier à tisser, si la crue le dépasse ? Ce fut l'occasion de quelques souvenirs utiles, d'écharpes agréables et jolies.

Nous marchons à pied jusqu'à la mosquée. C'est là que ce fut dur pour moi, Tu n'en savais plus le nom, il prononçait phonétiquement « sasa » . Plus tard dans un commentaire, j'ai retrouvé construite en 1992. Sur Google Earth des images sont plantées qui représentent la mosquée Al Ehsan avec le libellé « Chau Giang ».

Donc je suis « fier » de planter avec certitude le petit repère sur la carte de Google Earth jointe, de la mosquée Masjid Al Ehsan .

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1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 13:53

 

Quand tu ne peux tout emporter, ou tout fuir ?

 

Table-raz 0197 modifié-1 copie modifié-1

  •  

    Salut ! Curieuse ta photo, quel rapport avec ton titre ?
  • La photo ? C'est une vieille photo, dont les couleurs sont de simples coloriages. Cette photo, tu l'as vue toute ta vie, Un grand cadre devenu terne et poussiéreux, dans la chambre de tes parents. Tu ne sais quand elle fût prise, ni pourquoi avoir fait faire ce travail si soigné, surement un peu cher. Tu l'avais récupérée quand les biens de tes parents furent dispersés. Tu voulais faire raconter son histoire, à ce regard. Et puis, voilà que le temps t'est compté, plus beaucoup de temps, alors tu tries, et tu abandonnes à la cave des cartons de souvenirs que tu ne peux plus porter. Tu dois lâcher prise. Même dans tes souvenirs chers. Te préparer à faire table raze.
  • Non ! Je ne te suis pas. Une photo, c'est une photo, un souvenir, un moment passé. Si ce sont des objets du passé qui encombrent ton instant présent et te prennent la tête, il est grand temps que tu t'en débarrasses. Si tu veux me parler de ta photo, tu peux, mais n'agites pas de grandes phrases ! Quant à « tout fuir ? » Là non plus je ne te comprends pas, et surtout je ne vois pas le rapport …
  • Tu as raison, ce que je je voulais te dire, c'est qu'à chaque fois que j'ai fait table raze, c'est une rupture dans les liens affectifs, sociaux, ou professionnels. Tu en as souvent été acteur, mais aussi un peu contraint. Combien de fois as-tu donné ta « dem », parce que c'était la seule issue ?
  • Mais là, pour ta photo, t'as rien à fuir !
  • Non, pas au sens propre, mais décider de refermer tout ce qui te reliait à une grande partie de ta vie, c'est physiquement et psychologiquement, une façon de faire table raze. « Qui se souviendra de mes souvenirs ? » Là, tu tranches, tu sens que tu ne peux plus trimbaler ta kyrielle d'images. Personne ne t'avais rien demandé, hein ! Comment t'es-tu inventé ce scénario de porteur de mémoire ? Il était temps de faire table raz. Pour toi.
  • Quand même, avec ta photo, que voulais-tu nous dire ?

 

La photo :

 

Tu n'en connais pas la date précise. Tu sais juste qu'elle était déjà au mur quand tu n'avais pas quatre ans. Aucun de nous n'a questionné les parents sur la photo, comme si, elle suffisait à tout dire. Donc probable avant 1950. Les seules indications que tu trouveras au dos, des annotations crayonnés, bordeaux pour les rayures et doré pour le médaillon. Ta mère avait déjà trois gosses. Regarde les épaules, effacées mais redressent le dos. Les joues conservent un coté post-ado. Le port de tête dans les canons des affiches de cinéma, n'est pas affecté, résolution, confiance.

Le châtain des cheveux repassé au crayon marron, le tain du visage est réinventé par une couche de couleur, proche d'un fond de tain de prisunic. Aucune fatigue visible, aune ride. Pourtant ta mémoire se souvient de la fatigue, des privations. Gommées !

Les yeux !Ah ! Les yeux ! Là, le photographe, a manqué la cible. Les yeux étaient clairs, d'un bleu proche de celui dans le médaillon. La photo ne restitue pas cette lumière. Bien sûr, il y a une part liée à la technique, celle d'un cliché très contrasté, colorié postérieurement. Mais quand même, le regard est essentiel à l'identification, il établit le lien. Voilà pourquoi, cette image dans son cadre de dorures fanées, n'a pas été interrogée : les yeux sont faux, trop noirs, trop durs, impersonnels.

Le premier matin, plus de soixante ans après, quittant l'hôpital où ces yeux se sont éteints pour toujours, t'es convoqué par un médecin, qui ne te dit rien avant d'être dans son bureau. Il te fait assoir et t'expose sa demande, récupérer le cristallin des yeux pour une greffe potentielle. T'as pas pu.

 

Sur la photo, t'as éclaici les yeux avec photoshop... Pas pu résister!

 

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24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 16:28

 

Du paradis tanzanien aux enfers des transports charter.

 Zanzibar28

J'ai mis dans l'album photos le détail de mes carnets de note du jeudi 27 juillet 1978 au mardi 02 aout.

Nous avions eu du mal à trouver notre avion pour Zanzibar, et les jours qui suivront ne seront que des alternances de bains de soleil et de douches glacées. Rien n'était préparé et sur place les arrangements n'étaient que des promesses verbales. Je ne reproduis pas le détail de nos soucis, je mets juste les grandes lignes.

 

Le jeudi 27 juillet est le grand jour. Levé à 4h le matin et au bus à 5h. Il est là! Pourquoi ? Après avoir tourné en rond dans Bagamoyo nous regardons les pêcheurs décharger les espadons. Quelques achats de pacotille et arrivée à l'aéroport.

 

On attend.

 

Finalement le petit avion de 5 places qui doit nous transporter, un piper, est prêt. Il doit faire des navettes. La notre sera à 15 h 00 ;

 

Retour à la plage et on attend.

 

Pendant ce temps Joël fait les comptes. Pour arranger tout le monde, le dépassement pour l'hôtel est fixé à 100 $. Là on est bien arrangé. Même si ce voyage « paradisiaque » type aventure + charter était réputé low cost. C'était bien plus de deux mois de salaire, et cette rallonge fait mal. Ce ne sera pas le seul « arrangement » !

 

Vendredi 28 journée « impec », dans le jargon de l'époque. A la douane, on te prélève le reste de tes médocs, et notamment la nivaquine. Visite des plantations de Coco, et on apprend tout sur le Coprah. Plein de fruits nouveaux à gouter et des saveurs exotiques : giroflées, cannelle, muscade, manguier, riz, cacao, papaye, tapioca, patates douces, manioc. Une effervescence papillaire.

Visite des lieux souvenirs de l'esclavage .

Et plage sous les mangroves. Des espèces de toutes sortes nous apparaissent, que nous ne savons pas nommer. Daniel ramasse un oursin, mal lui en pris, main enflée.

 

Le samedi après un vraie bonne nuit, balade en ville. C'est en relisant mes notes cette semaine, que je réalise qu'il y a des diapos qui manquent. Ou, peut-être ne les ai-je jamais reçues après avoir adressé la bobine pour la faire traiter. J'ai encore cherché cette semaine, et ma petite femme m'a confirmé la bobine perdue.

 

Le soir retour sur le continent africain, en contemplant du cockpit de l'avion les coraux de l'océan Indien. A l'aéroport, nouvelle arnaque. Les derniers shillings partent. On doit attendre vers 23 h notre départ pour le retour en France. L'avion n'est pas là, et le bar ferme, nous allons « camper » sur une pelouse devant l'aéroport. On nous ouvre alors une salle de transit ou nous sommes enfermés. C'est là qu'on nous annonce que l'avion vient de partir au Seychelles, qu'il repassera vers 10 h.

Donc le dimanche 30 juillet 1978 on embarque, pour atterrir quelques heures après à Addis-Abeba. Ethiopian Air Line nous débarque en Éthiopie. On nous y gardera sous contrôle militaire et sans presque un sous jusqu'au mardi 01/08/1978.

 

Le mardi soir après une escale éprouvante dans la chaleur du Caire, nous atterrissons à Heastrow, Londres donc ! La reprise du boulot était prévue le lundi, tu débarques à Londres le mardi, sans un sous et crad de chez crad. Les explications tombent, grève des aiguilleurs du ciel depuis le 28. Dans l'aéroport les gens se battent pour une place assise par terre. Ethiopian Air Line nous explique qu'elle nous laisse là, c'est maintenant aux britanniques de gérer. Les cabines téléphoniques sont prises d'assaut. Encore faut-il avoir de la tune. A sec !

Un peu avant minuit on nous indique la possibilité d'être hébergé dans un hôtel. Gratuitement. Combien de temps cela va-t-il durer ? En tous cas nos chaussures de montagne (plus de place dans les sacs à dos) font des belles empreintes de poussière sur les tapis de velours carmin. Dans la chambre quand tu poses ton sac, la poussière voltige. Tu n'as rien de propre, ce soir douche et petite lessive.

Le lendemain, discussion pour se faire adresser un mandat télégraphique à l'hôtel. Mais sans tune comment téléphoner. Reste l'appel payé par le destinataire. L’appel en PCV. T'entends l'opérateur – il y en avait encore- demander à ta mère dont la voix était assourdie, si elle accepte un appel en PCV depuis Londres. Tu l'entends répéter « un appel depuis Londres ? Mais je ne connais personne là-bas ? » Là, tu cries, pour que ta voix passe malgré l’atténuateur : « Maman, c'est moi, on est bloqué à Londres , accepte ! ». Avant midi l'argent était là, me permettant de faire une petite visite de la fameuse tour et de goutter au fish and chips.

Le retour à Paris se fera le jeudi 3 aout. La reprise du boulot, le vendredi ne sera pas qu'un simple retour de vacances. Cependant, ma mine flétrie et les huit kilos abandonnés en route, m'ont évité une sanction.

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