21 octobre 2009 3 21 /10 /octobre /2009 21:36

Les sources de la Bidouze

Jour 3

Uhart-Mixe : Bunus

 

Aujourd’hui où tu relis tes notes et sélectionnes quelques photos, tu te réconfortes du plaisir que tu as pris en pédalant à la découverte de ces petits coins de cette vallée basque. Le vieux VTTiste soigne un lumbago tenace qui lui a coupé les ailes. Le prix à payer de petits travaux domestiques : plus d’un mois sans vélo ! La double peine : d’abord t’as mal, ensuite la privation. Et le froid qui réveille la vieille tendinite. C’est pas juste !!

 

Ce début septembre, chaque jour t’apporte son petit bonheur de charme. Tu ne sais pas pourquoi tu voulais suivre le cours de la Bidouze, ou plutôt la remonter ? Mais en scrutant ta carte,  comme un « fourty-niner »  son tamis de chercheur d’or, des petits chemins recoupent la Bidouze pas loin de la grande route vers St jean Pied de Port. L’exotisme des variantes du GR 65 et la sécurité de pouvoir te rentrer sans souffrir, en cas de fatigue, en te laissant glisser le long de la 933.

 

Il n’est pas dix heures ce matin là quand tu sors le VTT du coffre, t’enduis de crème solaire, replis ta carte dans la poche du sac. Uhart-Mixe est ta base arrière, le cas où, il y a ce relais des pèlerins pour manger.

T’avais repéré un petit chemin pointillé qui semblait dépasser Ahransus et rejoindre Arros. Quand tu t’arrêtes sur le petit pont près d’une exploitation, Eyhera, l’homme qui travaille t’interpelle pendant que tu fais des photos.

- Pour Arros ? Vous avez meilleur temps de suivre la départementale !

- Bien sur mais l’enjeu n’est pas là, c’est le sentier qui y mène, je pense, après la maison là-bas que je cherche à suivre.

-    En vélo ? Enfin ! Oui il y a un chemin, mais il faut passer la barrière derrière la maison.

-         Merci !

Quand tu arrives là, c’est plus compliqué. Le sentier est bien là mais si la grille n’est pas infranchissable, les deux chiens qui aboient et ont déjà laissé une trace bien profonde à défendre les limites de la cour, ne te laisse pas d’espoir de passer. Les champs tout autour, ton premier enjeu t’échappe. Demi-tour.

 

Quand tu repasses, l’homme te questionne à nouveau. Si, si,  il y a bien un sentier, vous n’avez pas su trouver…

Quelques centaines de mètres et tu rebascules vers la Bidouze, nouveau pont, t’es attiré par le village devant et oublies de bifurquer vers Arros. Quand tu reconnais la croix des chemins de st Jacques si caractéristique tu réalises que tu es à Juxue, pas à Arros. Tant pis, la lumière est meilleure que l’autre fois, tu refais quelques photos. Encore un demi-tour, tu ne rates pas cette fois-ci la petite route d’Arros.

Quand tu y es, t’es un peu déçu. Juste de grosses exploitations agricoles à l’ancienne. Tu continues vite vers Cibits. Il ne te reste pas beaucoup de chemin pour Bunus.

Pourquoi t’avais choisi Bunus comme terme de ta balade ? Tu ne sais plus, juste pour te réserver pour la dernière étape où tu penses qu’il va vraiment falloir grimper.

 

-     Tiens, tu ne nous annonces pas tes perfs ! Ton  odomètre ne marche plus ? D’abord, pourquoi tu t’épuises comme ça, dans tes balades ? Qu’est-ce que tu cherches ?

-         Rien, ou plutôt tout ! Vivre ! Tu sais « vivre », c’est tout ce qui en toi résonne de sensations, de bonheurs minuscules, de ces petites craintes d’être perdu, d’en faire trop ! Ces heures où ton portable ne capte pas et où tu es livré à toi-même, tu ne dois compter que sur toi, sur ta confiance en tes propres moyens. Alors dans ces instants là, tu lâches prise avec le dur du réel, de l’instant concret, de l’obligation, de la nécessité de faire, du résultat à atteindre, du rendre compte de ton temps, de ce que tu devais atteindre…

-         Tout ton être devient vélo. Tu VTTistes dans ta tête. Tu n’es que sensations : le cœur est bien, le rythme est là, le souffle puissant et régulier, les cuisses comme  des bielles, t’as oublié le mot "tendinite". Chaque arbre est un signal de ta sensation de vivre. Te perdre, te retrouver, contourner, monter, descendre, regarder, voir, respirer, s’arrêter, contempler ; renifler la bouse, le crottin, l’herbe fauchée, la paille coupée, le bitume fondu.

-         L’eau que tu bois ! Jamais tu n’en bois tant. Amoureux de la première gorgée de bière, tu ne sais le gout de la dernière, ni si tu sauras la savourer. T’es pas pressé pour le compte ou le décompte…Les céréales, les biscuits que tu ingurgites comme un affamé devant une colline où ton regard cherche la récompense du chemin à parcourir.

-         Alors ces photos ? Toutes ces photos ? Rien ! Tu es  passé là. Elles témoigneront que t’étais juste heureux, que tu n’avais pas d’autres ambitions que de vivre ce court instant là où ton appareil déclenche et te restitue quand tu appuies sur le bouton de visualisation, l’image d’ombre et de lumière, de ciel infini, d’une eau insaisissable, de cette vie que tu veux emprisonner dans un cadre numérique, et qui s’égrène comme le tic tac des vieilles pendules ou la répétition des angélus.

-         La vie est un flux ; La Bidouze est un flux, tu sais où elle se termine, tu veux voir où elle nait. De toi tu sais juste d’où tu viens…

 

 

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