15 octobre 2011 6 15 /10 /octobre /2011 20:25

 

Comment le graffiti te fait rencontrer le bonheur du vivre ensemble.

 Dacruz - rue de la Marne - 011

Tu sais, je profite d'activités culturelles du 9-3, organisées le plus souvent par la ville de Pantin. Çà s'est déclenché par des petits sujets mis sur ce blog, autour de la démolition et de la reconstruction des Grands Moulins de Pantin. Chaque semaine du mois d'août, il y avait cette année des rencontres avec des graffeurs. Dans la liste, et en fonction de mes disponibilités, il y avait Dacruz. Longtemps j'ai cru que Dacruz était un acronyme pour un groupe de tagueurs. Là, dans les propositions que je reçois par mail, il y a Dacruz. La présentation succincte de la visite, précise que c'est un homme d'une trentaine d'années, du quartier.

 

Le rendez-vous commence avec une heure de retard. On se réchauffait comme on pouvait sur ce quai de l'Oise. Si aujourd'hui où je mets à jour mes notes, il fait un soleil radieux, propice à déjeuner dehors, ce jour là, engoncé dans le coupe vent, on se croyait loin dans l'automne.

 

L'homme est jeune, direct, heureux de nous accueillir pour nous parler de son chemin dans son quartier. Il rebondit sur chaque question, enrichissant son récit d'une anecdote, la hissant progressivement au niveau de l'épopée. Même pas dix minutes, il t'emmène dans son rêve de créateur, implanté dans son quartier, se nourrissant de la mixité et de la diversité des cultures.

 

Il a débuté du coté de Stalingrad (si t'es pas de Paris, la station de métro aérien) . C'est un carrefour entre le 19e et le 10e, à cheval sur le canal de la Villette, le canal st Martin descendant vers la Bastille. D'un coté tu montes au Butes Chaumont, de l'autre du descends vers la gare du nord). Coin populaire et déshérité s'il en est. Il y avait des palissades, des terrais vagues que des groupes se disputaient. « C'était un peu serré !». C'est là qu'est né, ce qu'il appelle l'origine du graffiti français.

 

Alors comme il le dira un peu plus tard, ici au bord du canal, c'est son quartier. C'est sa chance !

En l'attendant tu avais fais un petit tour et constaté que beaucoup de ses peintures murales étaient en mauvais état, et en plus que l'usine de chauffe, la CPCU était en cours de démolition. Tu l'interroges sur la destruction de ces bâtiments et la disparition de « son œuvre »

  • j'ai eu la chance de naître ici. Mes parents sont « montés à Paris » parce qu'il y avait du travail. Au début la CPCU, on ne pesait qu'à couvrir ces murs, couvrir les murs du quartier. On ne se souciait pas de ce que cela allait durer.

  • Progressivement l'espace ici est devenu mon périmètre, j'y ai accueilli plein d'amis.

    Dacruz - rue de la Marne - 005Il nous présente le crabe sur le mur derrière lui, fait par Paul Santoléri de Philadelphie. Ils sont nombreux à venir faire la couleur. Il y a des milliers de façon de voir le graffiti. La chance ici, c'est d'avoir pu partager ces murs et le boulot de huit ans existe encore. A paris et en France, des murs préservés si longtemps ça n’existe pas.

 

Le groupe se déplace lentement. Les voitures qui nous frôlent nous resserrent, de nouvelles questions, Il raconte encore, toujours dans l'enthousiasme.

  • on va aller vers l'usine. Où ça a démarrer. Forcément en vandales. Au départ c'est la seule façon possible. s 'exprimer, c'est lutter. mais je ne voulais pas intervenir comme ça, être avec les gens, pas apparaître contre eux. Il a fallu un changement radical pour pouvoir accompagner les gens, synthétiser toutes la richesse culturelle du quartier où il y a autant de nationalités.

  • En juin, j'ai fait une intervention au collège Mozart, j'avais passé trois semaines à repeindre les murs, avec trois classes de troisième. Dans une classe de 22 élèves, il y avait 13 nationalités, dans l'autre 15. Ma démarche ici où je suis né est de représenter toutes les cultures du monde. Ma signature tout le monde la reconnaît. Le décor appartient à tout le monde.

  • Ma démarche ? Au départ j'étais seul. J'ai travaillé des formes non reconnues par les puristes du graffiti. J'ai eu un peu de mal pour sortir d'un carcan hérité des américains. Or, à la base, le graffiti, c'est la liberté absolue. Si on entre dans un schéma, il n'y a plus d'expression libre.

  • L’inspiration ? Le voyage. Le voyage au Pérou m'a apporté la représentation Inca, la couleur. Mais plus que ça : la compréhension de la culture primitive, comme cette façon de représenter une main, un visage. On retrouve ça dans toutes les cultures, d'Afrique, d'Océanie, d'Amérique. Mais surtout, comme sur les masques, ne pas avoir peur de la couleur.

  • Au Pérou, il n'y a pas de bombe pour peindre, t'es obligé de préparer ta peinture de l’appliquer. C'est des gros bidons, il faut du matériel C'est l'occasion de la rencontre. T'imagines ici de retour au quartier, tu sens le besoin de la couleur de la création pour tous ceux qui vivent ici. Dans ce petit périmètre, il y a des mosquées, des synagogues, des églises : ma première victoire, les gens s 'arrêtent et se parlent. Ces peintures sont progressivement devenues l'identité du quartier, au moment où les travaux qui détruisent tout constituent une forme de violence. Beaucoup de gens sont « éjectés », pour ceux qui restent, on dirait une zone de guerre.

 

Dans l'album photos, quelques images de la rue de la Marne, sur le mur de la CPCU. Le long du chemin, nous passons devant un appartement en rez-de-chaussée avec une pièce entièrement décorée par la « bande » d'amis de Dacruz (on reconnaît les signatures de Madoff, Popof. A eux trois ils signent PODAMA.). Nous avions rendez-vous à 17 heures ce jour là, nous finirons vers 20 heures, dans le bistrot successeur des Barreaux Verts, pour une séance de dédicaces bien conviviale.

Je renvois aussi à un autre sujet sur l'art des rues, quelques tags le long du canal de l'Ourcq.

Tags canal de l'Ourcq 10   tags le long du Canal de L'Ourcq
 Dacruz - Bassin de la Villette - 009  Dacruz quai de l'Oise


Partager cet article
Repost0

commentaires

En balade sur L'AlblogRJ

Tags et Graffitis

 

Rechercher

esaai module

Esaai de texte libre dans le module

 

Autres Articles Du Thème

  • Le cœur de Paris depuis le Sacré Cœur.
    Le cœur de Paris depuis le Sacré Cœur. T'as maintenu ton blog en activé pour quelques semaines et voilà qu'on te propose de le mettre à jour dans la nouvelle version. Tu ne sais pas trop ce que ça va te couter en réparation. Mais banco, tu verras bien,...
  • Du 104 a la tour de Romainville.
    Images vues de la Tour du sacré cœur à Montmartre. Il y a deux mois je dis que je ferme le blog, et puis ce matin un nouveau sujet. Non, ce ne sont pas des mémoires d'outre tombe, mais pas loin. Donc, j'ai remis un peu de thune dans mon abonnement. On...
  • Tour Eiffel depuis le Sacré Coeur
    Bonne annné 2014. Tu ne pensais pas mettre un post pour le passage à l'année 2014. Ton blog va finir, tu n'en renouvelleras pas l'abonnement. Il faut dire que tu n'as plus l'esprit à la légèreté d'une bonne ballade en VTT. Depuis le Roussillon, où il...
  • Canal de l'Ourcq tranquille.
    C'était un beau dimanche tranquille. Tu étais sorti de bonne heure. Quand tu arrives au bassin de la Villette, les joggers toniques y vont de leurs foulées allongées. Il y en a même en short et bras nus. Quelle température ? Pas plus de 6 ou 7°. Les conditions...
  • Montmartre – Paysage d'automne.
    Le Sacré Cœur tour d'observation. Tu venais de passer une semaine difficile, il fallait te bouger pour retrouver un peu de dynamisme. Ta balade favorite te conduit naturellement, à pied, vers le canal de la Villette et le canal de l'Ourcq. T'as usé presque...