4 janvier 2009 7 04 /01 /janvier /2009 22:39

le titre c'est boue boue.

Si  tu préfères gadoue gadoue...



Froid. Ciel gris. Il est plus de dix heures, ton VTT est rouge de colère.

-         « Quoi ? On a fait huit cents bornes, tu me plies en quatre dans ton coffre et c'est pour rester rouiller ! Non merci ! Il n'y a que là que je sens la terre. Le plus souvent tes ballades me piquent le cadre avec ton goudron fondu, j'ai les pneus qui gonflent au soleil, le long du canal de l'Ourcq, il y a plus de verre pilé que de sable ! Là, il n'y a personne, les tracteurs sont abandonnés par les paysans chasseurs ; les villages sont désertés par les habitants télétransportés. Même les camions sont en rupture de charge ! Et toi, tu pionces ! Tu fais comme si on avait le temps, comme si une heure de couette valait une heure de selle !

 Tu te prétends un vieux VTTiste, et tu calles dans ton lit plus facile que dans la cote ! Remue-toi un peu. Il t'en reste combien de ballades à faire ? »

-         « J'arrive, excuse-moi. Mais t'es le premier à me crier dessus, comme ça ! Des vélos j'en ai eu, mais me faire engueuler par une bécane qu'a pas deux ans, que je bichonne comme une pouliche ! Tiens, tu lui a demandé à la verte si je la lavais au jet ? Seize ans sans rien dire ! La boue je la cassais du bout des godasses. »

-         « N'empêche, elle avait fini par te mettre le dos en compote, mon pote ! »

-         « Tu crois que je suis plus à l'aise dans la cote avec tes amortisseurs mollassons ? T'as jamais grimpé les pentes de la verte, plus de seize cent mètres d'un coup ! Et la descente ! Hein ! Avec qui j'ai fait mon meilleur score, du 95 ! Avec toi jamais plus de 70 ! »

-         « Parce que c'est ma faute si Monsieur n'a plus ses jambes ! Et la tête ! Alouette ! Et le bec !»

-         « Bon, on change le programme, tu veux la merde, tu vas voir ! t'es une vraie garce, j'entends encore les grincements de la verte quand t'es arrivée dans la cave, que je l'ai poussée au fond. »

-         « Ouais, elle m'est retombée dessus à peine la porte fermée, dans un long raclement de ferraille elle me scie :  « Tiens la rousse, tu sens que j'ai encore des dents sur le plateau ! » Elle voulait m'écailler le vernis ! »




-         « Arrête de te plaindre et avance ! »

-         « Eh ! Me lâche pas comme ça, y a une bagnole, tu vas pas droit. »

-         « Avance je te dis, c'était le champ des aigrettes, elles s'envolent toujours quand j'arrive ; là, je les ai shootées en marche, on verra bien.

-         La route c'est la Bidouze après Bergouey, on va voir si t'es aussi rutilante dans la glaise des berges. »

-         « Tu as vu qu'à l'arrière j'ai plus de crampons, râle pas si ça glisse »



Le chemin est plus défoncé que tu ne l'imaginais. Faut dire qu'ils viennent de finir les maïs ; ils font ça maintenant avec des engins sur chenilles plus lourds qu'un char Leclerc. Peut être même qu'à Verdun, ils les avaient moins profondes leurs tranchées. Trop étroites ici, un poilu n'aurait pas tenu ; le vieux VTTiste est à la peine, c'est déjà dur d'avancer, mais quand les pédales s'enlisent à leur tour, tu te plantes raide.


Ta bécane se fait entendre : « t'es content de toi ! Tu m'as embourbé le pédalier, maintenant je coince de partout. Sors-moi  de là, même si tu dois  y laisser tes grolles. Moi, j'avance plus. »


Tu décroches ta fixation et envoie ta jambe aussi loin que tu peux, vers ce qui ressemble à  un talus. Tu tires la bécane qui se traine dans la boue et les feuilles décomposées. Tes pompes embarquent un kilo de glaise grisâtre. Tu remontes la pente, tapes tes pieds sur un coin herbeux et te relances. Le pédalier coince brusquement, t'as du actionner le levier dans la manœuvre. Nouvel arrêt. La Bidouze est la, quelques photos témoins de notre visite. Se préparer à remonter vers Came. Au bord de l'eau tu nettoies la mécanique, défait tes chaussures, enlèves la glaise de tes fixations avec un bout de branche ; petite vérif du dérailleur, tu vas en avoir besoin. Sur la carte, sans lunettes, les courbes de niveaux sont resserrées. T'as à peine commencé de grimper que tu ressens la réalité du terrain dans les cuisses. C'est pas le petit chemin dans la prairie, du décors en trompe l'œil pour opérette de quatre sous, faut juste te persuader que t'es heureux de grimper à l'aise...


Tu vois le haut de la bosse occupé par des chasseurs. Deux quatre-quatre immenses, tu penses que le paysan il garde la même sensation que sur son tracteur, sauf que ça bombe. Tu salues, ils te regardent comme au zoo, puis se détournent. La descente te projette au visage toute la boue accumulée sur les crampons. T'avais pas remis ton appareil dans le sac à dos, lui aussi se fait repeindre le capot. Heureusement que t'avais laissé le cache.


En bas de la descente, tu t'arrêtes pour ranger l'appareil. La bécane rouge reprend : « alors t'es content, on est crotté comme pas possible, et tout ça pour m'humilier ! On aurait pu faire la route des crêtes. »

Le vieux VTTiste repense alors aux matches de foot l'hiver, dans la boue des terrains de Bagatelle ; le lycée à Puteaux n'avait pas de salle de gym, alors deux fois par semaines on nous faisait patauger au prétexte  de foot ou de rugby, le VTT n'existait pas. Pas de douche chaude, tu te frictionnais à l'eau glacée, tu lavais à peine tes chaussures de peur qu'elles ne sèchent pas pour la prochaine fois.

 Quelles sensations cherchais-tu, ce matin, dans ces travers, ces glissades, ces efforts pour t'arracher de la boue sans poser le pied, lutter pour ton équilibre? Juste sentir que tu pouvais encore le faire ? Et quand tu pourras plus...


Bon, j'irai photographier les aigrettes avec un trépied pour pas bouger !



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