12 septembre 2008 5 12 /09 /septembre /2008 11:48

Pluie de châtaignes.

(De St-Cierge-la-Serre à Saint-Michel de Chabrillanoux).

 

C'est ton premier jour de vacances. T'es en Ardèche, il pleut. Le vélo est dans ton coffre, il n'attendait qu'à rebondir sur ses amortisseurs gonflés, mais le vieux VTTiste, se dit qu'avec cette pluie et ce froid, les tendinites vont repartir de plus belles, et que ce sera adieu vélo pour la durée du séjour. Prudence donc !  Il n'est pas neuf heures quand tu entres dans la librairie à la Voulte, tiens, une nouvelle carte sur les Monts d'Ardèche ; bof, elle ne couvre pas bien la région, ah ! Mais là peut-être que ça vaudrait le coup un jour où il fait beau, sans forcer, mais ça te changerait.

En attendant, il pleut.

La jeune femme au comptoir vient de valider des dizaines de tickets de jeu : bingo, keno, loto, que sais-je ? Elle pose sa tête sur ses deux mains, les bras accoudés au comptoir. Lassitude, fatigue, ennui ? Dehors il pleut. Tu vas pas passer ta journée avec deux cartes IGN ? Tu tournes en rond dans la librairie. La « Dépêche », tu ne l'as jamais lue, alors pourquoi ? Pour rien, t'es aussi KO que la caissière, si le temps continue comme ça tu vas péter tes fusibles.  Les bouquins (les livres disent les auteurs) t'as pas trop suivi, t'étais dans le concret, remettre en état l'appartement pour que ton fils s'installe. Chez toi il y avait aussi du chantier, donc le temps libre, c'était pour frotter, peindre, ranger, nettoyer ; alors les bouquins !

Sur une petite desserte à part, deux petites piles, quatre ou cinq livres dans chacune, et un debout devant pour faire l'affiche. « Châtaignes au sang », l'auteur Michel Riou, la quatrième de couverture te parle de l'Ardèche profonde et de celle d'aujourd'hui, d'un polar qui te fait passer de l'une à l'autre. Et un autre bouquin d'un instit sur la région de Sainte-Agrève où j'avais fait du VTT il y a deux ans en remontant l'Eyrieux par le chemin de l'ancien chemin de fer départemental.

Avec mes cartes, la Dépêche et mes deux bouquins, je m'adresse à la jeune femme, au plus profond de son ennui. Je lui tends les livres et demande : « Ils disent que c'est écrit  par des gens de la région, vous connaissez ? »

-« Non, je lis pas ! Celui là, il y a des gens qui m'ont dit que c'était bien ! L'autre, je connais pas, c'est pas un instit qui l'a fait ? »


La caissière me donne un sac plastic où je me déleste, et j'emporte mon trésor jusqu'au petit café. Inutile de rêver d'un croissant, sauf à aller toi-même à la boulangerie deux rues plus loin. Mais te voilà installé, le café fumant, devant toi la grande place arrosée par la pluie, le pont qui enjambe le Rhône est à peine visible, le journal ouvert sur la table. La prison de Privas fête ses cent quatre vingts ans (excuse-moi si mon souvenir est flou), et c'est l'occasion d'un article sur l'origine de la prison, comment la décision de faire de Privas le chef lieu de l'Ardèche avait fait l'objet d'une mini guerre civile...

Avant de décider par lequel des deux livres achetés commencer, je glane de page en page, un coup dans l'un et puis dans l'autre.  Et là, voilà-t-y pas que le héros du polar se retrouve dans la prison de Privas !  Plus d'hésitation, le choix est fait. Ma tasse est vide, et je décide d'aller dans un petit patelin que je n'avais pas pu bien voir il y a deux ans : « Saint Cierge-la-Serre ». Trop fatigué par la chaleur, le VTTiste n'avait pas fait de photos. Il y a une petite route qui serpente, difficile d'y croiser en voiture. La pluie ne lâche pas prise et de la montagne ardéchoise tu ne vois que ton essuie-glaces. Tu t'arrête sur la petite place entre la mairie et l'église et tu prends le polar.


Pas trop d'humour dans le début du roman. Même un peu de méchanceté et quelques petites lâchetés ; les gendarmes sont jeunes, sans âmes, juste professionnels. Plein de réminiscences me revenait des vieux polars d'Exbrayat, comme ça, ancrés dans un terroir de la Haute Loire, avec des  gendarmes faussement patauds, très  bonhommes, et connaissant profondément chacun des villageois que l'histoire leur faisait rencontrer. Et bien entendu tous les secrets et la malice des vieux paysans, des clans familiaux.


Rien de cela en Ardèche. Des échoués sur les rives mouvantes du « progrès ». C'est en cela que le personnage est attachant. Son retour de prison à pied de Privas à Saint-Michel par les Ollières-sur-Eyrieux est une ballade nostalgique dans les métiers perdus, les lieux d'activité abandonnés, les châtaigneraies envahies par les genêts et  les ronces. On découvre l'Arcade, le petit bistrot /restau où les parties de carte, seules, rassemblent les rares êtres vivants.

J'y suis allé, le menu unique avec cuisses de grenouilles et gratin au fromage ne m'a pas arrêté. Je suis aussi repassé en vélo un jour de beau temps. Il y avait plein de monde...la patronne savait-elle qu'elle servait de modèle dans l'histoire ?


Les petits cailloux blancs de l'intrigue, ce sont les châtaignes. Quelle différence y a-t-il entre la châtaigne de Privas et celles de Saint-Michel de Chabrillanoux ? Tous les intéressés le savent, sauf les juges, bien sur !


La pluie s'adoucit, quelques grosses gouttes tombent encore des feuilles et tambourinent sur le capot. La voiture est complètement embuée. Tu poses le livre, baisses les vitres et démarres le moteur. Douze degrés. Un coup d'essuie-glaces et ici et là l'espoir d'un peu  de lumière. Tu prends la carte et décides de faire le parcours jusqu'à Saint-Michel. L'appareil photo est là, tu trouveras bien quelques châtaignes et des vieux murs.


Précédent: La voulte sur Rhone

Rappel : Ballades en VTT dans la vallée de l'Eyrieux


 

Partager cet article
Repost0

commentaires

En balade sur L'AlblogRJ

Tags et Graffitis

 

Rechercher

esaai module

Esaai de texte libre dans le module

 

Autres Articles Du Thème

  • Le cœur de Paris depuis le Sacré Cœur.
    Le cœur de Paris depuis le Sacré Cœur. T'as maintenu ton blog en activé pour quelques semaines et voilà qu'on te propose de le mettre à jour dans la nouvelle version. Tu ne sais pas trop ce que ça va te couter en réparation. Mais banco, tu verras bien,...
  • Du 104 a la tour de Romainville.
    Images vues de la Tour du sacré cœur à Montmartre. Il y a deux mois je dis que je ferme le blog, et puis ce matin un nouveau sujet. Non, ce ne sont pas des mémoires d'outre tombe, mais pas loin. Donc, j'ai remis un peu de thune dans mon abonnement. On...
  • Tour Eiffel depuis le Sacré Coeur
    Bonne annné 2014. Tu ne pensais pas mettre un post pour le passage à l'année 2014. Ton blog va finir, tu n'en renouvelleras pas l'abonnement. Il faut dire que tu n'as plus l'esprit à la légèreté d'une bonne ballade en VTT. Depuis le Roussillon, où il...
  • Canal de l'Ourcq tranquille.
    C'était un beau dimanche tranquille. Tu étais sorti de bonne heure. Quand tu arrives au bassin de la Villette, les joggers toniques y vont de leurs foulées allongées. Il y en a même en short et bras nus. Quelle température ? Pas plus de 6 ou 7°. Les conditions...
  • Montmartre – Paysage d'automne.
    Le Sacré Cœur tour d'observation. Tu venais de passer une semaine difficile, il fallait te bouger pour retrouver un peu de dynamisme. Ta balade favorite te conduit naturellement, à pied, vers le canal de la Villette et le canal de l'Ourcq. T'as usé presque...