31 août 2008 7 31 /08 /août /2008 20:39

La sieste au fond du jardin

 

Quelle chaleur ! Dans le garage bien fermé la bagnole affiche 34° ! Tu te sens un peu ralenti. Tu ne sais quoi faire, où te poser. Puis tu ouvres la porte donnant sur le petit jardin. La chaise longue est là, surement  ton épouse l'a installée. Tu te laisses aller et doucement tu parts. L'ombre du catalpa te calfeutre.

Tu n'es pas un farouche acteur de l'après midi couché, même si parfois quand tu bossais, le dimanche après-midi il t'arrivait de « te perdre » sur le canapé pendant parfois une heure. Mais là, tu es libre. Simplement tu as mal estimé ta ballade VTTiste, et du coup après le repas, tu es surpris par une sorte de torpeur qui en même temps exprime ta fatigue, mais aussi te maintient agité à la recherche d'un « quoi faire ? » qui ne se découvre pas. C'est ça aussi la retraite, t'es libre de faire quelque chose ou de ne rien faire.

T'as testé le canapé, mais sa proximité avec la rue et les plaques de fonte sur les nouveaux raccordements au réseau d'eau qui carillonnent au passage des bagnoles te lasse.

Tu optes pour la sieste sur la chaise longue sous le catalpa.

Il fait chaud. Les murs du jardin te revoient leur chaleur. La lumière est crue et l'ombre trop intense, presque envahissante. Tu fermes les yeux et tu lâches...


Tu repenses à ta ballade VTT. Pourquoi tu n'avais pas regardé les dénivelés des deux chemins forestiers du bois de Mixte ? Sur le retour ils t'ont cassé les cuisses et du coup trois quarts d'heure de selle dans la fatigue et la chaleur, t'es con !

Pas seulement. Le VTTiste a vieilli, et le plaisir d'une belle cote n'est plus le même. Ah ! Ces ballades depuis chez le pépé...Au retour tu ne prenais pas de douche, il n'y avait pas de salle de bain et juste une cabane au fond du jardin,  avec un seau pour les gros besoins. Des fois,  quand c'était trop chaud, comme aujourd'hui, t'enlevais ta chemise en arrivant près du lavoir, et tu  basculais tête la première jusqu'à la ceinture dans l'eau glacée des abreuvoirs. Pas malin, mais ça effaçait tout, d'un coup !


La sieste.

Les grands-parents par ces grosses chaleurs la faisaient complètement. Les volets des fenêtres n'étaient pas ouverts. L'intérieur de la petite maison n'était pas suffocant.. Sur la route le goudron fondait et collait aux roues. Pendant qu'ils se reposaient, tu déplaçais le banc vert en lattes de bois. Le plus souvent il était sous le tilleul, mais tu aimais mieux dans le verger sous le pommier. Une petite bataille d'ombres et de lumière se jouait entre les arbres. Le pommier, le cerisier et le prunier. Tu faisais attention avant de poser le banc où l'herbe avait été fauchée. L'herbe, c'était pour les lapins, et le soir vers sept heures quand le grand-père venait faucher de quoi remplir un petit panier, il ne fallait pas que l'herbe soit piétinée. Des fois, quand ton papa était là, il étalait une bâche sur l'herbe pour permettre aux petits de s'amuser et de tenter la sieste dehors. Tu n'aimais pas être couché dans cette herbe, trop d'insectes !

Sur le banc tu te sens protégé, inaccessible...


Le petit vent joue avec les feuillages, les feuilles agitées ont leur petit cri pointu que tu aimes tant. Tu clignes pour sentir les changements de la lumière, tu rêves de rien, tu penses à rien, juste s'il y avait une pomme de mure ? Tu connais le refrain, « les pommes, il faut prendre celles qui sont par terre ! » T'avais pas l'œil, des fois tu croquais, et tu recrachais aussitôt, sur, il devait y avoir un ver. Mémé dormait, alors tu sautais pour attirer une branche, attrapais la première pomme que ta main pouvait saisir et d'un petit tour de poignet tu la cueillais. Lentement, méthodiquement tu la frottais sur le devant de ta chemise. Elle brillait. Puis tu la sentais, le nez collé dessus. En même temps tu la tournais pour la regarder de partout : pas de ver. Les dents s'enfoncent, le bruit des craquements de la pomme t'emplit les oreilles. Elle est encore un peu verte, le jus ne vient pas tout de suite, mais au fur et à mesure que tu mâches l'acidité te remplit la bouche et ta salive suce chaque brisure comme un bonbon. Le parfum t'emplit le nez. T'es gourmand, tu enfonces toutes tes dents d'un coup, la peau de la pomme cisaille  tes gencives, et ta langue repousse tant bien que mal    le quartier pas encore détaché qui  te bloque la mâchoire et la respiration. Tu mords encore plus fort, ça se crispe derrière les oreilles, et tu décides qu'il faut l'arracher avec la main. Le craquement fait vibrer tes tympans. Mais tu ne peux mâcher, le morceau est trop gros, il te coince le palais. Tu vas quand même pas recracher ? Petit à petit tu en viendras à bout. Et le trognon ira loin dans le pré du voisin. La langue rappeuse, les dents « pointues ». Tu t'essuies le menton avec le gros mouchoir à carreaux mauve pris dans l'armoire.

A ce moment tu te rappelles ton parcours à  vélo, tu as gagné la minute que tu voulais, même plus ; mais il y a quelque chose qui frotte, il faudra regarder tout à l'heure, sans doute le porte bagage a encore tordu le garde boue quand tu as secoué le vélo pour monter en danseuse..



Aujourd'hui ton vélo est magique, tu peux rester un an juste avec un coup de jet d'eau et un coup de bombe d'huile siliconée. Mais tes parcours se rétrécissent et si tu calcules mal, la fin est pénible. Pourtant, tu sais que tu repars le lendemain !

Après quoi cours-tu ?

Après quelle nostalgie ?

Après quelle jeunesse ?

Après quel rêve ?

Tu sais justes que tu as besoin d'y aller. C'est profond, c'est dans tes gènes, c'est ton moteur !


Avant de plonger dans ta sieste, t'avais préparé ton tour. D'abord Orègue vers « ta bergerie basque », ta petite route en haut de la crête qui te laisse voir La Rhune et le pic d'Orhy. Mais au lieu de remonter par Bardos, tu veux revenir par les routes forestières du bois de Mixe. Sur la carte c'est tout vert, et tu ne fais pas attention aux côtes...

Avant neuf heures l'air est frais. Tu n'hésites plus sur les routes, les braquets : tu es passé tellement de fois ! T'as l'appareil photo en bandoulière, il cogne un coup contre le guidon, un coup contre ton bide, tu raccourcis la courroie. La montagne au loin est dans une légère brume matinale, quand tu tourneras la tête à ton retour, ce sera une grosse brume de chaleur.

T'as déjà fait des centaines de photos du coin, alors tu te jettes dans quelques chemins, s'il y a quelque chose à voir. Là, ce sera le chemin pavé de glands murs. Ici une grande prairie verte te fait t'arrêter. Tu cadres et un énorme tracteur réclame le passage. Derrière, il traine sa tonne de fumier.

Un peu avant le sommet de la crête, la route devient un billard en bitume. La première fois où tu y étais passé, il n'y avait qu'un chemin de cailloux concassés. Tu redescendais secoué  et les mains crispées sur les freins. La pente est si raide que tu sais que tu ne peux la remonter. Là tu te laisse aller, ton GPS te dit plus de 80 km heures, et sans un coup de pédale. Un virage pointu en bas et tu peux virer vers la route des bois. Le petit pont te saisit par sa lumière filtrée qui par la réflexion dans l'eau fait comme un halo. Le temps d'une photo, d'un biscuit et d'un bidon d'eau. Ça te rappelle, le pont de la Pichotte quand tu descendais les bois de Lyoffans, laissant ton grand-père à la sieste. Tu ne faisais pas de photos à ce moment là, tu ne pensais qu'à filer ! Le coin a été saccagé par les routes à quatre voies, il n'y a que ton souvenir qui en reconnaisse la lumière.

Sur le retour vers Arraute, les engins de terrassement sont là. Bien des grosses maisons sont à l'abandon, des lotissements sortent un peu partout. L'espace du VTTiste se rétrécit, pas seulement à cause de ses  muscles..

 

Rappel: la bergerie basque



 

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