24 octobre 2007 3 24 /10 /octobre /2007 22:56
Les entrepôts du Canal de l’Ourcq.
Le dernier wagon pour Bondy.

-         Vous êtes acheteur ?

 

Je ne comprends pas ce que j’entends. Je suis monté sur la dalle en béton de ce qui reste d’un entrepôt de bois détruit par la tempête de 1999. Je suis en train d’enregistrer les images des différentes époques industrielles qui se croisent là. C’est un passage obligé sur la piste de l’Ourcq. Les démolitions reconstructions vont si vite que je voulais garder la trace de ce coin où j’avais vu sur plus de cinq ans se construire le Technicentre pour la réparation des TGV.

14-entrepots-DSC00485.jpg

 

Ce 6 septembre, la rentrée scolaire avait eu lieu. C’était une fin d’après-midi. Le temps était à l’alternance de moments lumineux, pas vraiment ensoleillé, et de grisaille provoquée par de gros cumulus noirs. Deux fois je prendrai la pluie. Quand je descends les escaliers du parc de la Villette, après le toboggan en forme de dragon, il y a le manège que je t’ai déjà montré. Ce qui frappe c’est le calme. Pas de cris. Pas de rires. J’arrive à la grande pelouse ornementée de cette bicyclette endormie dont je te montre la roue. Personne ou si peu. Tout cet été, parfois dès neuf heures le matin, elle était pleine de monde. Des familles autour des glacières, des allongées. Vers 13 h les grandes parties de bronzettes. Des gosses avec des ballons partout. Le dimanche matin c’est les costauds qui sont là. Des matches de foot sérieux, des grands sacs figurent les buts, ça shoote, ça crie des consignes dans tous les sens, ça s’engueule, un vrai bonheur.

 

La rentée avait fait le vide. C’était au tour de l’herbe de se reposer.

 

Le matin j’étais passé à vélo. Il y avait un mur bleu que je voulais filmer. Je l’avais vu plusieurs fois, j’avais, à la va-vite fait quelques photos. Il me rappelait les formes de la première tapisserie de la chambre des enfants. Et surtout, c’était un mur « réservé » aux tags et graffitis agressifs. Et là un motif simple avec des bulles bleues, des signatures qui ornent les formes. Quand j’arriverai à « mon mur », il y aura un petit crachin, et je me promettrai d’y revenir. Las, huit jours après il aura déjà été surchargé de couleurs criardes. Je n’aurai jamais la lumière que je cherchais.

 

Je voulais aussi photographier le vieil entrepôt. Sur le chemin les chantiers avancent vite, des photos témoignent des bâtiments détruits, usines, hangars, maisons plus ou moins abandonnées. Donc à un moment je me juche sur cette dalle et j’entends à nouveau, alors que je suis concentré sur mon viseur :

 

-         Vous êtes acheteurs ?

 

-      Non ! Je suis retraité et je capte ces images avant que tout ça disparaisse.

 

-         Si vous êtes acheteur, il faut voir la chambre du commerce !

 

Deux hommes au-dessous de moi à quelques mètres. L’un en combinaison bleue façon « mécano », plutôt jeune. C’est lui qui m’interpelle. L’autre petit, une casquette à rabat sur la tête, blouson de peau marron, col fourré bien relevé, surveille un petit chien.

 

-         Non vraiment je ne fais que de la vidéo ou des photos.

 

-         Si ça vous intéresse, j’ai la maquette !

 

-        

 

-         Venez !

 

Nous voilà partis tous les trois, suivi par le chien. Il ouvre la porte d’un entrepôt vide. Au moins 15 m de haut. Des rangées d’étagères métalliques vides, des grands cubes d’environ 2*2 mètres. Il fait sombre. Seulement un éclairage de secours. On entre dans une pièce qui avait du être un  bureau, petite fenêtre, armoires électriques Des gravats de tous ordres, enseignes, panneaux. Dans un coin une grande planche indéfinissable, un tableau sans couleur dont je ne vois pas ce qu’il représente. Il l’attrape, le redresse me le pose vers la fenêtre. Puis il ouvre la porte-rideau de fer donnant un vrai éclairage à ce qu’il présente comme le plan de tous les entrepôts bordant le canal. Il les explique; tellement l’image est délavée, il se trompe un peu…

 

On parle de tout ce qui travaillait sur la zone il y a trente ans. Il connaît le nom des entreprises. Le gros bâtiment rouillé en face a servi plusieurs fois pour tourner des films. C’est vrai qu’il a de l’allure ! Et lui il est le dernier. Le gardien de ces espaces abandonnées en attente d’un repreneur.

 

-         Le technicentre ?

 

Il l’a visité. Il a vu comment une rame complète de TGV était soulevée, et les bogies démontés par des automates. Il se rappelle : j’étais là quand on a commencé à fermer les voies de chemin de fer qui desservaient toute la zone. J’aime même poussé le dernier wagon vers Bondy.

 

En prenant mes photos j’ai rencontré les ferrailleurs occupés à couper les rails au chalumeau. Il n’y aura bientôt qu’un grand espace de loisir le long de la piste de l’Ourcq.

 



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L
Du Nil au canal de l'Ourcq. Votre cher concombre en a la tête qui tourne..Poésie urbaine, passage du temps et des hommes. La philosophie au coin de la rue...Une fenêtre ouverte
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