18 août 2007 6 18 /08 /août /2007 09:28
Luna et la vieille tour
 
Il y a des jours comme ça où tout t’échappe : les situations, les mots, le temps, ta vie et ton vélo ! Alors autant se replier sur les valeurs sures. Tu prépares une petite rando en montagne, et hop tes dents disent fini de mordre ! T’avais du trop les serrer, elles t’échappent par la racine. Tu remâches la tristesse de ces vacances foutues, et puis tu te dis : partie de campagne familiale à la pépère.
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Et hop! Le mauvais temps qui transforme ta serviette de plage en serpillière. Le sable est là, l’océan est là, tu es là, mais l’alchimie ne prend pas les nuages sont là, le vent est là, le froid aussi. D’habitude la terrasse des surfeurs te sert une bière glacée qui te désoiffe à peine. Tu en redemandes. Ce jour là, à demi grelottant, tu n’oses pas demander un chocolat chaud. Bravache tu commandes ta bière spéciale comme tous les ans. Pas de frigo pété à force des portes tellement rouvertes qu’elles ne ferment plus. Du coup ta cervoise arrive façon banquise et tu cherches ta polaire en la buvant, les dents serrées à en casser le verre.
 
Puis tu as les petits et les grands soucis de ta famille, ceux qu’on t’apporte, ceux que tu installes. Le stress du vacancier, c’est réussir ses vacances. T’es tellement pressé que tu rates…
 
Alors tu changes tes plans, tu t’adaptes aux circonstances. Du coup t’improvises une rando VTT que t’as pas bien estimée. Et le vélo qui regimbe, la pente te surprend, tu bricoles tes manivelles, et la chaîne qui s’échappe ! Drôle de repli sur soi, que celui qui consiste à se laisser tomber sur le coté, les pieds bloqués par des cale-pied qui ne comprennent pas pourquoi tu pédales dans le vide. Il y a des feuilles mortes qui atterrissent plus légèrement. Rassures-toi, nul besoin de me ramasser à la pelle. Mais l’humiliation de le nième chute ! 30 ou 50, je suis sûr : une par an…
 
Alors tout d’un coup tu t’assois, tu prends ta bière et tu laisse le temps s’y faire. Luna, la chatte de ma grande fille, passe ses vacances avec nous. Pour elle tout va bien. Les huit cents kilomètres d’autoroute ont vite été oubliés. Faut dire que quand elle s’ennuie, elle s’endort. Enfin, je veux dire dans sa valise de transport. Parce que chez nous quand elle s’ennuie, elle pisse, elle griffe, elle dépoile, elle miaule, elle saute aux portes, elle arrache les tapisseries, elle déchiquette ses découvertes de hasard…et tout l’immangeable mangé elle te le vomit !
 
La petite maison près de la vieille tour, qui nous abrite, est une vraie maison de bastide. Elle s’est faite avec le temps, enserrée dans ses pierres. Le potager est devenu pelouse, le grenier n’a pas changé, même si l’atelier du chaisier est devenu la « vieille pièce », le fantôme du grand-père s’y reconnaîtrait.
 C’est là que dort Luna. Il a fallu du temps pour l’acclimater. Maintenant elle a son tour de propriétaire. Le matin, on lui ouvre la porte sur le petit jardin. Un premier parcours à humer les herbes et les mousses. Puis entrée rapide, presque pour s’échapper dans la cuisine. Petit tour des pièces, sans traîner, repasser par tous les recoins. Puis bondir comme pour se sauver encore, vers l’appentis. Là, un petit rebord d’une fenêtre de la maison mitoyenne, lui permet de sauter sur le mur et tirée par ses griffes d’atteindre la poutre du toit d’où elle entre au grenier.
 
Alors le temps est rythmé par les recherches des cachettes du chat. Tu l’as vu ?
non…
Je l’ai entendu la haut !
 Ha !
 Il doit être derrière les coffres de la tante.
 
Mais Luna n’est pas derrière la malle aux vieux trésors, elle est déjà sur le toit. Malhabile, elle bute sur les tuiles inégales, trouve un coin chaud dans l’angle du conduit de cheminée, regarde le soleil du soir nous amener son ciel de pluie. Deux tourterelles la débusquent. Surprise, elle nous voit, entend le son de nos voix. Que comprend-elle de nos yeux ou de nos voix ? Luna, Luna, viens….
Par petits bonds, retour au grenier, rapide passage dans le couloir, l’escalier et sprint vers la gamelle. Ah ! Le doux bruit des croquettes dans une gamelle en fer ! Aucun chat ne peut y résister. Mais bien sur, faut des croquettes, pas du mou, car le mou fait flop !
 
T’as compris que le mou qui fait flop, c’est pas chez le chat !
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L
Nostalgie, nostalgie....Mais le charme opére malgré tout, malgré nous. Et la tristesse est une belle princesse. L'automne et les mille soleils sur l'or des feuilles, couleurs chaudes, baume apaisant aux bleus de l'âme.Tendres pensées de votre fidèle concombre.
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